Exposé des motifs
M esdames , M essieurs ,
En juin 2022, un collégien de troisième mourait écrasé sous un mur effondré lors d’un stage sur un chantier de démolition, près de Nantes. En juin 2025, Axel Darthenay, seize ans, élève de seconde générale, perdait la vie lors de son deuxième jour de stage d’observation dans un magasin de Saint‑Lô, dans la Manche, renversé par une palette de marchandises.
Ces drames ne sont pas des faits divers. Ils font système. Selon les chiffres du ministère du travail, au moins cinq mineurs sont morts en 2025 lors de stages ou de périodes de formation en entreprise. Pour Matthieu Lépine, auteur de l’enquête de référence sur les accidents du travail mortels en France, aucune série de morts d’une telle ampleur concernant des mineurs n’avait été observée jusqu’alors. Ces drames sont la conséquence prévisible et évitable d’un choix politique délibéré.
En novembre 2023, sans étude d’impact sur la sécurité des élèves et contre l’avis du Conseil supérieur de l’éducation, le décret n° 2023‑1111 du 29 novembre 2023, signé par la Première ministre Élisabeth Borne et le ministre de l’éducation Gabriel Attal, instaurait une séquence d’observation obligatoire de deux semaines en milieu professionnel pour les élèves de seconde générale et technologique, rendue effective à compter de juin 2024. Ce dispositif s’est ajouté au stage d’observation de cinq jours en classe de troisième, obligatoire depuis 2005, sans que les conditions d’accueil et de sécurité de l’un ou l’autre n’aient jamais fait l’objet d’une évaluation sérieuse. Le 14 avril 2026, le ministre de l’éducation nationale signait une nouvelle convention avec le Mouvement des entreprises de France (Medef) dont le premier axe visait à développer les stages d’immersion en troisième et en seconde. Le gouvernement a fait de l’envoi d’adolescents en entreprise sans aucune visée pédagogique une politique. Des enfants en sont morts.
En l’absence de tout dispositif public de mise en relation, les stages d’observation sont le plus souvent obtenus par les réseaux familiaux et professionnels des parents. Ainsi, 60 % des élèves indiquent avoir trouvé leur stage grâce à leurs parents ( [1] ) . Les élèves dont les familles disposent des relations nécessaires peuvent choisir des entreprises où les risques d’accident sont limités par leur type d’activité. Les autres, sans contacts, sans « piston », se retrouvent livrés aux seuls secteurs disponibles : le bâtiment, l’agriculture, la restauration, le commerce de détail. Ce sont les plus accidentogènes. La politique de multiplication des stages d’observation, présentée comme un instrument d’égalité des chances, est ainsi facteur d’aggravation des inégalités sociales. Les enfants des classes populaires sont envoyés dans les secteurs les plus dangereux. Ils sont les premières victimes des accidents frappant les stagiaires.
Les deux dispositifs supprimés par la présente proposition de loi sont par ailleurs dépourvus de toute pertinence pédagogique. La séquence d’observation de seconde générale et technologique ne fait l’objet d’aucune évaluation, d’aucun compte rendu obligatoire, d’aucune notation. Elle intervient après que les choix d’orientation ont déjà été arrêtés, de sorte qu’elle ne peut contribuer à l’élaboration du projet de l’élève. Elle n’a de fait été créée que pour occuper les élèves de Seconde pendant les deux semaines où leurs établissements sont mobilisés par l’organisation des nouvelles épreuves du baccalauréat. La séquence d’observation de troisième, quant à elle, pourrait présenter un intérêt si elle ne reposait pas exclusivement sur le réseau familial des parents pour l’accès au stage : un élève dont les parents n’ont pas de réseau professionnel ne choisit pas son stage, il prend ce qui est disponible, sans rapport avec tel ou tel projet d’orientation.
En troisième ou en seconde, aucun élève ne bénéficie des dispositifs de protection et des mesures de prévention pourtant indispensables. En dépit de la suppression par le décret Rebsamen de 2015 de l’obligation d’une visite de l’inspection du travail pour affecter un jeune sur des postes interdits aux mineurs, au lycée professionnel, les élèves en période de formation en milieu professionnel sont protégés par une convention‑type nationale comportant des mentions obligatoires précises, incluant l’évaluation préalable des risques, la fourniture des équipements de protection individuelle, la désignation d’un tuteur référent et prévoyant le suivi régulier d’un enseignant.
La réponse apportée par le gouvernement à la suite des décès de 2025 et 2026 ne prend pas la mesure du problème. Le ministre de l’éducation nationale a évoqué la possibilité de stages plus ponctuels dans plusieurs entreprises, ce qui pourrait aggraver la situation étant donné que les accidents surviennent le plus souvent au début de l’expérience. La circulaire de décembre 2025 a ajouté un volet santé et sécurité dans les conventions de stage d’observation, s’en remettant aux seules déclarations des employeurs sans aucun mécanisme de contrôle préalable ni sanction en cas de manquement. Ces mesures ne remettent pas en cause le principe d’un envoi non encadré de mineurs en entreprise. Elles ne créent aucune obligation vérifiable à la charge des organismes d’accueil. Elles ne remontent pas aux causes des accidents.
La présente proposition de loi vise à y remédier par trois mesures complémentaires.
L’article 1 er interdit toute séquence d’observation obligatoire en milieu professionnel pour les élèves de seconde générale et technologique, en insérant un article L. 333‑5 au code de l’éducation. Cette inscription dans la loi s’impose au décret n° 2023‑1111 du 29 novembre 2023 qui a instauré ce dispositif et oblige le gouvernement à en tirer les conséquences réglementaires. Un dispositif dépourvu de toute valeur pédagogique, qui consiste à envoyer des adolescents dans des entreprises sans aucune formation préalable aux risques professionnels, ne saurait être maintenu au prix de vies humaines.
L’article 2 supprime le stage d’observation obligatoire en milieu professionnel pour les élèves de troisième et le remplace par une semaine de découverte du monde professionnel, organisée par l’établissement scolaire, en insérant un article L. 332‑3‑3 au code de l’éducation. Cette semaine, dont les modalités sont précisées par décret, associe les représentants des organisations syndicales de salariés et d’employeurs à la découverte du monde du travail par les élèves. Elle permet à tous les élèves, indépendamment du réseau familial dont ils disposent, la découverte du monde professionnel dans des conditions égales et sécurisées, sous la pleine responsabilité de l’Éducation nationale.
L’article 3 encadre les stages en milieu professionnel que les élèves de troisième peuvent accomplir à titre volontaire, en insérant un article L. 332‑3‑4 au code de l’éducation. Ces stages, qui ne peuvent excéder cinq jours, sont subordonnés à la conclusion d’une convention nationale dont la loi fixe les obligations minimales non dérogeables à la charge de l’organisme d’accueil, de l’établissement scolaire et de l’élève.
L’article 4 gage la proposition de loi.
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proposition de loi