Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Wired
Les pays d'Europe sont dépendants des technologies numériques américaines et ils le savent. Avec le retour de Donald Trump au pouvoir et les tensions croissantes entre le Vieux Continent et les États-Unis, ils semblent donc s'accorder dans leur volonté de troquer les technologies américaines contre des alternatives locales, dans le but d'atteindre au plus vite une forme de souveraineté numérique.
Selon le média Wired , il n'y a pas de meilleur exemple que la France pour illustrer cette ambition. Ces derniers mois, le gouvernement français a accéléré ses efforts pour développer et déployer ses propres technologies à destination des fonctionnaires avec un objectif affiché: réduire de toute urgence sa dépendance aux technologies américaines, en raison de préoccupations liées à la sécurité des données, à l'imprévisibilité de l'administration Trump et à la fluctuation des prix.
L'État français a donc mis en place sa propre plateforme de visioconférence intitulée Visio, dans le but de remplacer les applications américaines telles que Zoom ou Microsoft Teams. Selon Stéphanie Schaer , directrice interministérielle du numérique (DINUM), 40.000 fonctionnaires français utilisent déjà Visio, tandis que les autres devraient suivre d'ici 2027. «Nous avons suffisamment confiance en Visio pour l'utiliser au quotidien et nous ne sommes pas dépendants d'un seul acteur qui nous imposerait d'utiliser sa plateforme de visioconférence» , insiste-t-elle.
La France développe ainsi depuis au moins 2023 une suite d'outils baptisée LaSuite. Outre Visio, celle-ci comprend la messagerie instantanée Tchap, une alternative à Gmail intitulée Messagerie, le logiciel Fichiers pour la gestion et le partage de documents, ou encore le logiciel de traitement de texte Docs et le tableur Grist . Certains d'entre eux n'ont pas encore été déployés auprès de l'ensemble des fonctionnaires français. Cependant, Stéphanie Schaer affirme que Tchap compte déjà 420.000 utilisateurs actifs, avec 20.000 nouveaux utilisateurs par mois.
«Nous utilisons des logiciels libres: nous ne développons donc pas l'intégralité du code» , continue Stéphanie Schaer. Cependant, le code de ces nouveaux logiciels libres est publié sur GitHub , une plateforme d'hébergement et de gestion de développement de logiciel appartenant à Microsoft. Toutes les données traitées par les solutions alternatives françaises doivent toutefois l'être en France et être stockées chez des prestataires agréés par l'agence française de cybersécurité (ANSSI).
«C'est sans doute la France qui a progressé le plus rapidement sur ce terrain» , affirme Martha Bennett, analyste principale chez Forrester , une entreprise américaine indépendante qui suit l'évolution des logiciels libres depuis les années 1990. «La France possède une solide tradition en matière de développement logiciel et de contributions aux logiciels libres , poursuit-elle . Son avantage réside notamment dans son système très centralisé.»
La France n'est pas la seule à avoir emprunté ce chemin. Partout en Europe, depuis le début du second mandat de Donald Trump , les responsables politiques se font de plus en plus soucieux d'abandonner les technologies américaines. Les Pays-Bas, l'Autriche, la Belgique, le Danemark et la Finlande ont d'ailleurs tous des initiatives en cours en faveur de leur souveraineté numérique.
Malgré cette dynamique, les efforts européens pour s'affranchir des technologies américaines ont leurs limites. Selon un rapport européen récent, «les entreprises américaines dominent encore toutes les principales couches logicielles» . De plus, les services cloud de Google, Microsoft et Amazon sont utilisés par environ 70% du marché de l'Union européenne et 80% des dépenses logicielles des entreprises européennes sont consacrées à des entreprises américaines. Plus inquiétant encore, selon une étude du groupe de réflexion Future of Technology Institute, au moins 23 pays dépendent des entreprises technologiques américaines pour des «fonctions critiques de sécurité nationale» .
