Au salon VivaTech, la France et l’Allemagne affichent une volonté commune de renforcer la souveraineté numérique européenne alors que la DGSI annonce son passage vers une solution française pour l’analyse de données
C’est en pleine course à l’intelligence artificielle (IA), teintée d’inquiétudes sur la dépendance technologique de l’Europe vis-à-vis des États-Unis , que s’est ouvert mercredi 17 juin à Paris le grand salon VivaTech. Peu après l’ouverture de la 10 e édition de cet événement, le plus grand du genre en Europe, la France et l’Allemagne, pays invité du salon, ont publié une position commune affirmant « leur vision partagée pour renforcer la souveraineté numérique de l’Europe ».
L’administration Trump a ordonné la semaine dernière à la start-up américaine d’IA Anthropic de suspendre à « tout ressortissant étranger » l’accès à ses deux modèles les plus puissants , Claude Fable 5 et Mythos 5, invoquant la « sécurité nationale ». Une injonction qui a provoqué en France une prise de conscience brutale de la vulnérabilité du pays et une volonté de renforcer la souveraineté technologique européenne.
La sécurisation de l’IA et la souveraineté technologique sont aussi au cœur des discussions au dernier jour du sommet du G7 à Evian, en présence du président américain Donald Trump et de patrons de la tech. Dans le souci de limiter la dépendance européenne, le Premier ministre français Sébastien Lecornu a annoncé lundi que la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure, NDLR) devrait abandonner les services de l’entreprise américaine Palantir, qu’elle utilise depuis une dizaine d’années, au profit de ChapsVision, une entreprise française spécialisée dans l’analyse de données. « Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié Sébastien Lecornu.
Dans les allées de VivaTech, le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, a précisé que ce déploiement prendrait « un certain temps, sans doute plusieurs mois ». « Ce sera probablement dans le courant de l’année 2027, mais on va voir. Il y a quand même un certain nombre de technicalités à regarder », a-t-il ajouté, sans préciser quand la solution de Palantir serait débranchée.
ChapsVision espère désormais signer avec d’autres pays européens, a annoncé son directeur général mercredi au salon VivaTech. « Nous sommes en discussion avec tous les États européens […] mais aussi, au-delà de l’Union européenne, des États d’Asie et du Moyen-Orient, qui sont des États qui souhaitent avoir une certaine indépendance technologique », a affirmé Silvano Sansoni, lors d’une conférence de presse organisée au lendemain de l’annonce de son accord avec la France. « Nous voyons l’Ukraine comme un marché potentiel. […] Nous regardons comment travailler avec les autorités ukrainiennes de manière proche », a poursuivi Silvano Sansoni, qui a également dit souhaiter trouver un accord avec l’Allemagne.
Malgré les craintes pour la souveraineté européenne, c’est un invité américain qui a tenu la vedette mercredi au salon : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon et de Blue Origin, venu parler conquête spatiale . L’espace est « un lieu dynamique et propice à l’esprit d’entreprise », a-t-il défendu, aux côtés du directeur général de Blue Origin, Dave Limp, et de Mike Massimino, ancien astronaute de la Nasa.
Sa société, qui développe pour l’agence spatiale américaine des alunisseurs pour acheminer sur la surface lunaire à la fois des astronautes et du matériel visant à établir une base, a essuyé fin mai un sérieux revers avec l’explosion spectaculaire de sa fusée New Glenn sur sa rampe de lancement pendant un essai. Un événement vécu comme un « coup de poing dans le ventre », a confié Jeff Bezos devant un parterre d’entrepreneurs et de journalistes, concluant que « le voyage spatial est difficile mais vaut le coup. »
Véritable fourmilière de la tech, le salon accueille fondateurs, investisseurs, représentants sectoriels et délégations. « Il devrait y avoir des annonces de partenariats, peut-être des levées de fonds, c’est assez classique », a anticipé Jean-Christophe Liaubet, associé au sein du cabinet EY.
Le chercheur français spécialisé en IA Yann LeCun, qui a lancé en début d’année une nouvelle société, le dirigeant du géant néerlandais ASML, ou encore le créateur de l’outil de création d’agents IA Peter Steinberger, sont attendus. Côté politique, le président français Emmanuel Macron est annoncé jeudi, en compagnie du Premier ministre indien Narendra Modi.
Le salon est passé cette année de 50 000 à 70 000 mètres carrés et espère dépasser l’affluence record de l’édition précédente, qui avait attiré 180 000 visiteurs. Après un parcours d’exposition organisé dimanche sur les Champs-Élysées, une première depuis la création du salon, VivaTech programme mercredi plusieurs démonstrations de robots sur l’une de ses scènes.
Les robots humanoïdes des entreprises chinoises Unitree et Agibot promettent d’émerveiller les spectateurs avec des prouesses en matière de déplacement, tandis que les start-up européennes de robotique, comme Genesis, Botiful ou Pal Robotics, présenteront elles aussi leurs dernières nouveautés.
