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justicevia Challenges··4 min de lecture

Affaire Lyhanna : Gérald Darmanin face à l’inacceptable dysfonctionnement de la justice

Personnalités citées :Gérald DarmaninEmmanuel MacronCharles Pasqua
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Le contexte

L'affaire Lyhanna met en lumière des défaillances au sein de la justice française, notamment en ce qui concerne la protection des enfants. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a reconnu ces fautes et a été critiqué pour sa gestion des services publics concernés. Cette situation soulève des questions sur la responsabilité des ministres et l'efficacité des institutions.

Ce qu'il faut retenir

Gérald Darmanin a admis des dysfonctionnements graves au sein de la justice, de la police et de l'éducation suite à la mort de Lyhanna. Il a exprimé des excuses à la famille de la victime et a promis des sanctions après un rapport d'inspection. Le ministre a également souligné la nécessité de prendre au sérieux la parole des enfants et des femmes. Malgré ses promesses de fermeté, les réformes annoncées semblent n'avoir eu que peu d'effets jusqu'à présent.

Ce que ça change

Cette affaire pourrait entraîner des changements dans la manière dont la justice et la police traitent les cas de vulnérabilité, notamment ceux impliquant des enfants. Elle soulève également des interrogations sur la responsabilité des dirigeants politiques face aux défaillances de leurs administrations. Les promesses de Darmanin pourraient être mises à l'épreuve, et la pression sur le gouvernement pour agir pourrait augmenter.

L'article complet

Source originale sur challenges.fr

La mort de l’adolescente Lyhanna a révélé des fautes de la justice, a admis le garde des Sceaux. Mais en pointant des défaillances, Gérald Darmanin met en cause sa propre gestion du ministère. Sa « révolution » promise, avec plus de fermeté, n’a pas eu lieu.

Cette fois, jusqu’au sommet de l’Etat, tous les ministres sont d’accord, y compris le président de la République , pour considérer comme « inacceptables » les multiples dysfonctionnements de la justice, de la police et de l’éducation qui ont particulièrement ému l’opinion après la disparition de Lyhanna, cette jeune fille de 11 ans. Le principal suspect a bénéficié d’incroyables fautes alors qu’il était déjà mis en cause dans plusieurs affaires. C’est ce qu’a confirmé le ministre de la Justice, Gérald Darmanin remonté, furieux comme il le fait dire depuis plusieurs jours. Il y a de quoi, en effet. Le garde des Sceaux en a d’ailleurs convenu d’emblée. Et comment pouvait-il en être autrement. « L’institution judiciaire a pour but de protéger les plus vulnérables. Elle n’a pas su protéger cette petite fille. Toutes mes excuses à la famille choquée devant de telles défaillances », a-t-il lâché.

Il y a bien eu défaillance. Le ministre de la Justice reconnaît la faute des magistrats, mais d’autres aussi. Car s’il y a eu défaillance de la Justice, il y a eu aussi défaillance de la police et d’autres services publics… Face à tant de « défaillances » se pose une interrogation majeure : à quoi servent les ministres ? Dans un pays où les dirigeants politiques seraient réellement responsables de leur administration, la démission de Gérald Darmanin pourrait en effet être envisagée. Dans cette société rêvée, on n’admettrait pas que le ministre de la Justice puisse se dire « terrifié » en apprenant les ratages de ses services. Qui plus est un ministre ayant le record de longévité ministérielle sous Emmanuel Macron - plus de huit années aux plus hauts postes (le Budget, l’Intérieur et donc la Justice). Si les commentateurs avaient eu le cœur à se moquer, ils auraient pu relever que Darmanin ne pouvait donc être « furieux » que contre… lui-même. La plupart de ces « dysfonctionnements » proviennent en effet d’administrations qu’il a lui-même régentées. Il faudrait aussi rappeler qu’un de ses célèbres prédécesseurs à l’Intérieur, Charles Pasqua, prétendait lui « terroriser les terroristes » et n’aurait jamais concédé être « terrifié » par qui que ce soit.

Gérald Darmanin est certes un homme, un père de famille, mais aussi un ministre qui veut partager ses émotions et accompagner par là celle des Français. C’est un politique qui a décidé de réagir, de montrer que le pouvoir est solide. Car ne pas reprendre l’initiative d’une façon ou d’une autre revient à laisser l’extrême droite seule sur ce terrain de l’insécurité où elle fait son marché électoral. Il fallait donc commencer par se montrer clair et net sur ces responsabilités qui n’ont pas été assumées comme sur les conséquences qui en seront tirées.

Des sanctions devraient être prises dès le reçu du rapport d’inspection, a assuré Gérald Darmanin, promettant davantage de fermeté et la priorité désormais à la parole enfantine et féminine. En principe, cette « révolution » était en cours depuis plus d’un an. Elle n’a donc pas été suivie d’effets. Ce qui laisse aux prédateurs, comme aux auteurs de féminicides hélas, tout le temps de commettre leurs crimes. D’autres pays européens, l’Espagne par exemple, sont plus efficaces que la France. Sans doute magistrats, policiers et gendarmes ont-ils eux aussi leurs responsabilités dans ces dysfonctionnements évidents. Ainsi serait-il bon que policiers ou gendarmes ne menacent plus de poursuites les parents qui s’inquiètent de l’absence de leur enfant.

Il faut s’attendre aussi à ce que les magistrats protestent, à juste titre, de leurs manques de moyens, même si Emmanuel Macron estime cette protestation déplacée. Si les magistrats sont débordés, parfois submergés, ce n’est pas en raison de leur manque d’ardeur au travail, mais parce que la délinquance n’a cessé de prendre toujours plus d’ampleur. Au point qu’ils ont l’impression que les chefs politiques leur demandent une mission impossible qu’on leur reproche ensuite d’être incapables d’accomplir.

Autre question : ce pouvoir sur sa fin peut-il faire encore quelque chose ? Il va de soi qu’on le voudrait. Mais il faudrait pour cela que toutes les autorités concernées se mobilisent, que le #MeToo des enfants, que leur parole, soit enfin prise en considération comme celle des femmes. Nous avons vécu pendant des siècles avec quelques idées bien arrêtées mais qui ne sont rien moins que civilisées. La femme et les enfants doivent obéir à l’homme, la cellule familiale ne regarde personne que le seigneur et maître. Or voilà, qu’on demande à la justice, à la police, à l’école aussi, de considérer comme des individus à part entière les femmes et les enfants. Maintenant il faudrait prendre au sérieux, vraiment au sérieux, la parole des femmes et des enfants.

Nicolas Domenach est un journaliste politique qui a travaillé à la fois en presse écrite, au magazine Marianne dont il a été le directeur adjoint et à la télévision sur Canal + . Il est l'auteur de plusieurs enquêtes politiques dont Nicolas Sarkozy : Off (ed. Fayard, 2011) avec Maurice Szafran . Nicolas Domenach est éditorialiste au sein de la rédaction de Challenges depuis 2014.

Texte extrait depuis l'article original sur challenges.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur challenges.fr.

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