« Aucune discrimination n’a sa place dans le cinéma. » La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont annoncé, ce samedi 23 mai, engager une action en justice à Nanterre contre Canal+, qu’elles accusent de vouloir sanctionner les signataires d’une tribune anti-Bolloré soutenue par plus de 3 500 personnalités du 7e art . Le PDG Maxime Saada avait affirmé le 17 mai ne plus vouloir travailler avec les opposants de Vincent Bolloré, influent milliardaire conservateur et actionnaire majoritaire du groupe.
« Canal+ comparaîtra devant la justice pour avoir violé la loi » , affirment la CGT Spectacle et la LDH dans un communiqué où ils dénoncent le « choix brutal de discriminer » de Maxime Saada, président du directoire de Canal+.
Dans ce texte, les demandeurs sollicitent du tribunal judiciaire de Nanterre qu’il « enjoigne à la société Canal+ de s’abstenir de toute mesure d’exclusion, de refus de collaboration, de discrimination à l’encontre des signataires de la tribune » .
« Maxime Saada connaît le caractère incontournable du groupe dans le financement des films en France et la dépendance des différents acteurs de la filière , écrivent les signataires. Sa décision n’est donc pas une réaction à chaud mais un choix brutal de discriminer en raison d’une expression politique et syndicale pour museler les voix qui s’élèvent dans la profession contre l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur l’ensemble de la chaîne de fabrication et de diffusion du cinéma », estiment les deux organismes.
« Il est grand temps que les mondes de la culture et du savoir se coalisent et se révoltent contre l’œuvre réactionnaire du groupe Bolloré. L’action judiciaire est l’un des tremplins nécessaires à cette révolte » , a commenté auprès de l’AFP l’avocat de la CGT Spectacle et de la LDH, Arié Alimi.
La LDH et la CGT Spectacle indiquent également étudier « la possibilité d’un recours devant la Commission européenne pour sanctionner l’abus de dépendance économique de Canal+ ».
Le boycott des signataires de cette tribune du collectif « Zapper Bolloré », publiée le 11 mai dans Libération, a fait l’effet d’une bombe avant le début du festival de Cannes, qui referme samedi soir les portes d’une 79e édition mouvementée. L’acteur Swann Arlaud a dénoncé des « représailles » , l’ex-figure de Canal+ Alain Chabat « un coup de pression à deux balles » et le cinéaste Arthur Harari s’est justifié d’avoir signé le texte pour « questionner la dimension politique du groupe Bolloré » .
