Début de tollé. Le Rassemblement national s’attire les foudres de nombreux responsables politiques pour s’être opposé, à l’Assemblée nationale, à un texte visant à améliorer la recherche contre les cancers et les maladies rares chez les enfants . « Ce vote est une honte politique et morale », dénonce par exemple Xavier Bertrand, ce vendredi 15 mai.
« Aucun calcul, aucune compromission, aucun intérêt partisan ne justifiera jamais qu’on abandonne des enfants malades », écrit le président (LR) de la région Hauts-de-France sur les réseaux sociaux, accusant les députés du parti d’extrême droite de s’être « opposés à l’espoir. » Avant lui, plusieurs élus de gauche avaient également dénoncé une « aberration . »
Au PS, on estime que la formation de Marine Le Pen et Jordan Bardella « a du sang sur les mains », avec un vote qui « dit tout » ce qu’elle est. « Lorsqu’il faut défendre les multinationales, les intérêts du capital face à la santé des Françaises et des Français, le RN répond toujours présent », a par exemple fustigé le député socialiste Romain Eskenazi, juste après l’adoption de la proposition de loi portée par sa collègue Marie Recalde.
Pour justifier leur vote mercredi dernier au Palais Bourbon , différent de celui de tous les autres groupes, qui étaient favorables au texte, les députés du Rassemblement national ont expliqué s’opposer à une taxe « modérée » sur des laboratoires pharmaceutiques, soit le mécanisme prévu pour abonder un fonds de recherche spécifique.
La recherche sur les cancers pédiatriques et les maladies rares infantiles est moins financée, les laboratoires privilégiant souvent les investissements « vers des secteurs où les perspectives de rentabilité sont plus prévisibles » , a rappelé Marie Recalde au cours des débats. Les cancers pédiatriques sont plus rares (environ 2 500 cas par an) et différents de chez l’adulte, réclamant donc des soins et une recherche spécifique.
La taxe en question serait donc prélevée sur les laboratoires pharmaceutiques assurant l’exploitation en France de médicaments remboursés par l’assurance maladie. Et fixée à 0,10 % du chiffre d’affaires hors taxes réalisé en France au titre de ces médicaments remboursés. Elle rapporterait « 40 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires des laboratoires autour de 30 milliards d’euros sur les médicaments remboursés » , a indiqué la rapporteure socialiste, qui défendait un taux « modéré » de compromis.
C’est cette idée-là qui est contestée par le parti d’extrême droite. Dans l’hémicycle, la députée RN Christine Loir a certes reconnu qu’il fallait « renforcer l’effort de rechercher sur les cancers et les maladies rares de l’enfant. » Mais elle a dénoncé dans le même temps « la logique qui consiste une fois encore à répondre à une difficulté par une taxe supplémentaire. » « Sur un sujet aussi grave, la bonne intention ne suffit pas », a-t-elle également plaidé, volant au secours des entreprises pharmaceutiques.
S’ils ont voté pour le texte au final, le centre, la droite, et le gouvernement ont également émis de larges « réserves » quant à l’opportunité d’alourdir la fiscalité du secteur. Un débat qui devrait maintenant gagner le Sénat, où la proposition de loi doit poursuivre son parcours.
