Le sommet Choose France et son cortège d’annonces d’investissements industriels vient de clore son édition 2026. Antoine Gaudron, du cabinet parisien de conseil stratégique et financier Eight Advisory (1 000 collaborateurs), dresse un état des lieux critique de l’industrie française, loin du ton résolument optimiste de l’événement
P ourquoi, au lendemain du sommet Choose France qui a mis en évidence l’intérêt des investisseurs pour la France, pensez-vous qu’il faille mesurer notre enthousiasme ?
L’industrie, c’est quand même un sujet un peu particulier en France, qui a longtemps été un peu ou mal aimé, mais qu’on a redécouvert avec le Covid et l’importance d’une certaine souveraineté industrielle dans des...
L’industrie, c’est quand même un sujet un peu particulier en France, qui a longtemps été un peu ou mal aimé, mais qu’on a redécouvert avec le Covid et l’importance d’une certaine souveraineté industrielle dans des secteurs sensibles, comme la santé, la défense… On redécouvre aussi que l’industrie concerne les territoires. L’industrie fait vivre les villes, les grandes comme Bordeaux ou Toulouse mais surtout des villes moyennes, voire petites, des communes rurales… Mais nous partons de loin et il est difficile de dire que nous sommes à la relance côté industrie. Après un rebond il y a une dizaine d’années, force est de constater que nous marquons le pas et depuis deux ans notre industrie est à la peine. Ça, c’est la réalité du moment.
Pourtant cette année le gouvernement met en avant pas moins de 93 milliards d’euros d’investissements industriels notamment étrangers, un montant qui fait de la France un champion européen ?
À l’occasion de Choose France, 93 milliards d’euros d’investissements ont été mis en avant, c’est vrai, mais de quoi parle-t-on ? Pour intéresser le public, on a tendance à annoncer des montants massifs, qui sont une addition d’opérations parfois anciennes. Par ailleurs, on parle surtout d’investissements liés à l’Intelligence artificielle, aux data centers, des infrastructures… On parle peu d’investissements productifs, générateurs d’emplois ou de valeurs. On parle d’agrandissements, de nouvelles lignes de production pour maintenir à niveau l’outil… Pas vraiment de créations d’usines. Il y a assez peu d’annonces dans l’aéronautique par exemple, aucune dans l’énergie renouvelable…
Quels sont les principaux handicaps de notre industrie ?
Nous avons, à la fois, des problèmes de modernisation, mais aussi de financement, de rentabilité et de productivité. Nous souffrons historiquement de notre positionnement moyenne gamme qui ne permet pas de dégager des marges qui compensent le coût du travail élevé. Historiquement, les entreprises françaises sont moins rentables. L’économie française traverse une mauvaise passe, les défaillances d’entreprise frôlent la barre des 70 000 sur douze mois. C’est au-delà de ce que nous connaissions avant le Covid. Le futur de l’industrie française pourrait venir de la robotique chinoise.
La robotisation de notre industrie est en retard car pas assez rentable pour se payer les robots allemands ou suisses aux prix élevés. Or, désormais elle peut s’offrir les robots chinois et tenter d’améliorer sa compétitivité.
Notre industrie a-t-elle des points forts ?
En France, ce qui marche bien, ce sont des industries haut de gamme comme l’aéronautique ou la défense. Mais sur la défense justement, il faut tempérer les choses. Ce sont des industries qui nécessitent énormément d’investissements en amont pour une production qui est assez limitée. On ne peut parler de production de masse.
