Lenteurs administratives et manque de suivi des plaintes : l’affaire Lyhanna met en lumière des dysfonctionnements majeurs dans le traitement des violences sur mineurs. Le point avec plusieurs associations de lutte contre les violences faites aux enfants
Lenteur des procédures, mauvais fonctionnement administratif, mauvaise information de précédentes victimes : l’affaire Lyhanna met en lumière une série de dysfonctionnements des forces de l’ordre et de la justice, selon des avocats et des associations.
Il y avait des « signaux d’alerte » qui auraient dû « conduire à regrouper tous les éléments de personnalité concernant le suspect et mettre en place une procédure en urgence », a expliqué l’avocate spécialisée Me Carine Durrieu Diebolt, membre de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) de 2021 à 2023. L’avocate pointe un « fonctionnement administratif archaïque », avec des « transferts de dossiers par voie postale à l’ère de l’informatique, ce qui entraîne nécessairement des délais de transmission de dossiers qui pourraient être réduits ».
Elle note également le manque d’information des victimes pendant le déroulement de l’enquête, relevant que la femme qui a déposé plainte en août 2025 a relancé à plusieurs reprises les enquêteurs et s’est vue reprocher de les harceler. « Il faudrait tenir régulièrement informées les victimes de l’évolution de la plainte, si des auditions ont été menées, si le dossier va être transféré à une autre juridiction », note Me Carine Durrieu Diebolt.
Dans cette affaire comme dans les violences sexuelles sur mineurs en général, l’avocate dénonce la « lenteur de la justice » et « le manque de priorité donnée aux affaires concernant les enfants ». Dans des affaires survenues dans le périscolaire ou des situations d’inceste, « nous devons relancer le parquet pendant plusieurs semaines ou mois pour obtenir simplement l’audition de l’enfant qui dénonce les faits », souligne-t-elle.
Dans ses préconisations rendues au gouvernement fin 2023, la Ciivise avait recommandé que les plaintes concernant les violences sexuelles sur mineurs soient traitées en priorité et que les victimes soient informées du déroulement de l’enquête. La plainte d’août 2025, pour laquelle le suspect n’a toujours pas été entendu, « dénote un manque de célérité dramatique de la justice », a également déclaré Me Mathias Darmon, avocat d’Innocence en danger. Sur ce type de plainte, qui concerne de très jeunes mineurs, « il faudrait mettre en place une procédure accélérée, avec placement en garde à vue du suspect dans les 24/48 heures ».
Arnaud Gallais, cofondateur de Mouv’Enfants, demande que la police et la justice disposent de « moyens supplémentaires et suffisants pour surveiller ces individus en liberté, comme on fait par exemple pour les fichiers S dans les affaires de terrorisme ». « Les enfants parlent mais il se passe toujours plusieurs mois, voire des années avant que les procédures n’aboutissent », regrette-t-il.
Le gouvernement a ordonné une enquête administrative pour identifier « d’éventuels dysfonctionnements » dans le traitement d’une plainte contre l’homme soupçonné de l’enlèvement de Lyhanna, collégienne de 11 ans dont on est sans nouvelles depuis vendredi. Cet homme avait été visé par plusieurs plaintes depuis 2017 pour des faits en relation avec des mineurs.
