Cet ex-haut fonctionnaire au ministère de la Culture est mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les forcer à uriner en sa présence. Des victimes présumées demandent réparation
Cinq femmes ont demandé jeudi au tribunal administratif de Paris de condamner l’État, reprochant au ministère de la Culture d’avoir été inactif face à Christian Nègre, un ex-haut fonctionnaire mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les forcer à uriner en sa présence.
À l’audience, leurs avocates ont demandé une indemnisation de 90 000 à 180 000 euros. Mais la rapporteure a préconisé une réparation à une dizaine de milliers d’euros chacune. « Le comportement détestable de M. Nègre » relève d’une « faute personnelle », d’un « homme avec ses faiblesses, ses passions, ses imprudences », a fait valoir la rapporteure, écartant la responsabilité du ministère.
Elle a ainsi évalué à 1 000 euros le préjudice corporel des requérantes - « sensation de malaise, bourdonnement pendant 24 heures » pour l’une, « douleurs à la vessie » pour une deuxième… Mais n’a pas retenu les « effets secondaires » au-delà des 24 heures, jugés non « établis ». Elle a recommandé au tribunal d’ajouter 1 000 euros pour « les difficultés » persistantes « de la vie quotidienne », comme le « manque de confiance » et estimé à 10 000 euros le préjudice moral, comme « la panique bien réelle » ressentie par les femmes.
En revanche, la rapporteure a « écarté les autres préjudices », comme « l’arrêt des activités sportives » ou « le préjudice sexuel » évoqué pour l’une d’entre elles, estimant là aussi ces effets non « établis ». Des sommes insuffisantes, aux yeux des avocates.
« Il a été question d’administration de diurétique pour contraindre à uriner et à exhiber son sexe. Ce n’est pas juste une blague, c’est la violation de l’intimité de toutes ces femmes », a fustigé Lisanne Chamberland-Poulin. Cette « méthode de prédation a pu être mise en place grâce aux moyens du ministère », a insisté Me Chamberland-Poulin. Il faut avoir « une vision sérielle » des faits : sur « huit ans », « une à trois femmes par semaine », « sur les heures de service », avec « une circulation » au sein et en dehors du ministère « où on le voyait », abonde Cécile Kurz.
En 2023, plusieurs femmes avaient déjà obtenu une indemnisation, mais sans reconnaissance d’une faute du ministère. « 2023 était une victoire à moitié », a confié l’une d’entre elles, venue « en soutien » à l’audience. Son entretien en 2011 devait être « le rendez-vous de sa vie », où elle voulait « donner le meilleur ». Mais devant son envie intenable, elle a culpabilisé. « Qu’est-ce que j’ai bu avant ? Pourquoi je ne sais pas me tenir ? »
En 2019, elle est convoquée par des policiers qui l’ont identifiée sur un tableau Excel, retrouvé dans l’ordinateur de Christian Nègre. La clôture de ces investigations pénales est attendue fin 2026, d’après la procureure de Paris, qui avait, en février, décompté près de 250 victimes.
