Près de 41 000 disparitions de mineurs ont été signalées en France en 2025. C'est 6% de plus que l'année précédente, d'après le dispositif d'écoute 116 000 Enfants disparus, qui publie son rapport ce lundi 25 mai. Un chiffre est particulièrement préoccupant : les « disparitions inquiétantes » – les mineurs qui courent un danger immédiat – ont doublé chez les moins de 15 ans. Julien Landureau est porte-parole du 116 000 Enfants disparus, le numéro d'urgence gratuit européen. Il s'exprime à RFI.
RFI : Comment caractérise-t-on une disparition inquiétante et comment expliquer leur hausse en 2025 ?
Julien Landureau : Légalement en France , toute disparition est considérée comme inquiétante. Mais lorsqu'il y a un risque avéré et immédiat pour l'intégrité physique de l'enfant, la police peut retenir la qualification de « disparition inquiétante », qui va lui permettre de déployer des moyens d'enquêtes supplémentaires pour retrouver l'enfant.
Les critères sont liés à son âge – s'il a moins de 13 ans – ou à des vulnérabilités spécifiques : s'il prend un traitement, s'il souffre d'un handicap, s'il a déjà exprimé des idées suicidaires, ou s'il est parti avec quelqu'un qui peut potentiellement être dangereux pour lui (cas de délinquance ou d'exploitation sexuelle). On constate cette année un rajeunissement des mineurs concernés par ce type de disparition. Les moins de 15 ans, pour la première fois, sont majoritaires. Cela prouve qu'il y a de plus en plus de dangers et de mises en danger des enfants lorsqu'ils quittent, même volontairement, leur domicile ou leur lieu d'accueil.
Les situations d'exploitations sexuelles sont présumées dans un dossier sur trois, lorsqu'il s'agit d'une disparition de jeune fille. Est-ce un phénomène nouveau ?
Non, cela fait plusieurs années qu'on le constate. Néanmoins, le lien entre fugues répétées et exploitations sexuelles suspectées ou avérées est de plus en plus clair. Lorsqu'une famille nous appelle pour nous dire que leur fille fugue régulièrement, c'est un des indices qui nous amènent à penser qu'il y a une situation d'exploitation sexuelle à l'origine de la fugue, ou qui en a été la conséquence à un moment.
Souvent liées à des phénomènes d'emprise, ces situations sont régulièrement requalifiées en « disparitions inquiétantes ». En France, 20 000 enfants seraient concernés. Cela concerne toutes les familles, tous les enfants, qu'ils soient placés ou non. Mais les jeunes filles ayant des vulnérabilités sont plus exposées encore. On se rend compte que celles qui ont subi des agressions sexuelles sont surreprésentées dans ces situations d'exploitation.
Quel premier réflexe doit-on avoir si un mineur disparaît ?
Si l'enfant disparaît, que ce soit volontairement ou non, il faut immédiatement le signaler aux policiers ou aux gendarmes le plus vite possible. Contrairement à une idée reçue, il n'existe pas de délai légal pour signaler une fugue. Les premières heures sont décisives pour retrouver le mineur et éviter qu'il se mette en danger.
Dans un second temps seulement, on pourra appeler le 116 000. Notre rôle est d'accompagner les parents, de les conseiller sur les façons de contacter leur enfant et d'identifier les causes de fugues, y compris lorsqu'il y a un risque de récidive. Si on soupçonne un danger pour l'enfant, il faut immédiatement appeler le 119 (Allô enfance en danger, numéro européen gratuit). Leurs équipes pourront ensuite éventuellement faire un signalement d'information préoccupante aux autorités compétentes.
