À un an de la présidentielle, les socialistes s'enlisent dans les querelles de personnes et les batailles d'appareil, incapables de s'accorder sur une candidature commune. Pendant que leurs rivaux sont déjà en campagne, le PS semble rejouer un scénario qui l'affaiblit depuis plus d'une décennie.
Incapables de s'entendre pour désigner un candidat commun pour la prochaine présidentielle, les socialistes sombrent dans la crise. La crise de nerfs ou la crise de rire, c’est selon, après la nouvelle trouvaille du Premier secrétaire du PS, Olivier Faure : deux primaires pour le prix d’une ! Une première pour départager les prétendants socialistes et l’eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann ; puis une seconde dans laquelle le lauréat remettrait son titre en jeu face au reste de la gauche hors LFI : François Ruffin, Marine Tondelier, Clémentine Autain et les autres.
Cette suggestion saugrenue a évidemment été rejetée en bloc, par Raphaël Glucksmann, jeudi 4 juin , comme par le patron des députés socialistes, Boris Vallaud, et beaucoup d’autres. Personne n’y croit, mais ça occupe les socialistes. À chaque présidentielle, c'est un peu la même histoire.
Cette désignation crée des problèmes. D’abord parce que, dans ce vieux parti devenu une coquille vide, il n’y a plus que ça qui intéresse les chefs : le contrôle de l’appareil ! Un peu comme dans les AG de syndic, quand l’immeuble s’écroule, que les boîtes aux lettres sont défoncées et l’ascenseur en panne, et que les copropriétaires pinaillent sur des clauses du règlement. Au PS, les militants ont fui, les débats de fond ont disparu, l’ambition de "changer la vie" a cédé la place à celle de garder les mairies. Au prix de tête-à-queue tactiques initiés par Olivier Faure, un jour debout face aux "propos antisémites intolérables" de Jean-Luc Mélenchon, le lendemain soumis aux insoumis pour essayer de sauver quelques municipalités, le plus souvent en vain.
Le Premier secrétaire reste néanmoins assis sur la caisse du parti, indispensable pour mener une campagne présidentielle. Patron du PS depuis huit ans, sa cote de popularité est toujours au plus bas. Qu’importe, Olivier Faure s’emploie à couper les têtes qui dépassent, et d’abord celle de Raphaël Glucksmann, pour imposer sa propre candidature.
C’est le vrai drame des socialistes. Ils sont confinés dans un huis clos mortifère et ne se parlent plus qu’entre eux, plutôt que de parler aux Français. Jean-Luc Mélenchon est entré en campagne, Jordan Bardella aussi, Édouard Philippe et Gabriel Attal accélèrent, Bruno Retailleau s’active. Et pendant ce temps-là, chez les socialistes, Olivier surveille François qui épie Raphaël qui discute avec Boris qui ne parle plus à Olivier : un vrai sitcom. Il ne manque plus que les rires enregistrés, et encore... Et ça fait 12 ans que ça dure ! Depuis la rébellion des députés frondeurs, qui se sont employés, à partir de 2014, à plomber le quinquennat de François Hollande. Avec un certain succès, puisque ce naufrage collectif a offert dix ans de pouvoir à Emmanuel Macron. Et qu’il pourrait bien contribuer à offrir, en 2027, un premier quinquennat à l’extrême droite.
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