À l’heure où les ministres de la Transition écologique, de l’Éducation nationale et de la Santé étaient réunis au Centre de crise sanitaire ce mardi 16 juin en prévision d’un nouvel épisode de chaleur, le phénomène météorologique de « canicule » s’apprêtait à souffler ses 50 bougies. À quelques jours prè...
À l’heure où les ministres de la Transition écologique, de l’Éducation nationale et de la Santé étaient réunis au Centre de crise sanitaire ce mardi 16 juin en prévision d’un nouvel épisode de chaleur, le phénomène météorologique de « canicule » s’apprêtait à souffler ses 50 bougies. À quelques jours près, puisque la sécheresse historique de l’été 1976 avait très exactement commencé à sévir le 22 juin en Europe. Récoltes détruites, rationnement de l’eau et création de l’impôt sécheresse : sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’affolement du thermomètre devient un sujet politique, tandis que, dans l’opinion publique, le concept de canicule est né.
Mais le véritable électrochoc se produit en 2003, et déplace la canicule sur le registre sanitaire, après le bilan de cet été meurtrier : près de 15 000 morts. En réponse, l a création du plan canicule en 2004, avec des niveaux d’alerte par couleur, ses ventilateurs dans les maisons de retraite et ses messages de prévention.
En vérité, nous n’avons rien inventé. Pas même la chaleur. À l’origine, le mot « canicule » n’est d’ailleurs pas lié aux vertiges du thermomètre mais aux astres : c’est ainsi – canicula, du mot latin signifiant « petite chienne » – que les Romains appelaient Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Le rapport ? À l’époque, Sirius se levait et se couchait en même temps que le Soleil entre le 24 juillet et le 24 août, les jours les plus chauds de l’année. D’où l’association d’idées.
Avec un terme qui répond désormais à des critères précis définis par les météorologues, Météo-France recense 51 vagues de chaleur depuis 1947. Et observe un très net phénomène d’accélération : la moitié de ces coups de chauffe (26) sont intervenus ces quinze dernières années. « Les vagues de chaleur ne sont plus des anomalies météorologiques exceptionnelles », déclare le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe, Hans Henri Kluge, ajoutant que la canicule a tué plus de 200 000 personnes en Europe en quatre ans.
C’est ici que la canicule change à nouveau de dimension pour entrer dans le débat sociétal. Au-delà des plans blancs, des alertes rouges et des incitations à boire frais, ne faut-il pas changer de paradigme ? Apprendre, enfin, à vivre avec la chaleur, en s’adaptant à ces nouvelles conditions atmosphériques ? Congé climatique, révision du calendrier scolaire et des examens, rénovation thermique des bâtiments, réflexion sur l’aménagement urbain, croissance des investissements écologiques etc. : les solutions ne sont décidément plus à chercher dans les étoiles qui aboient.
