Le calendrier électoral de 2027 est sur le papier très dépouillé avec uniquement l’élection présidentielle au programme. Dans les faits, tous les représentants politiques savent bien qu’un deuxième scrutin suivra celui pour l’Élysée : des élections législatives qui permettront de donner au nouveau chef de l’État une majorité. C’est en tout cas ce que prévoient les différentes chapelles , déjà bien attelées à la tâche.
Dans Le Parisien ce 23 mai, Gabriel Attal est catégorique. S’il accède à la présidence de la République, il dissoudra l’Assemblée nationale comme « tout candidat élu » . « Il faut sortir de ce marasme politique ! » appuie-t-il. Invité de C à Vous sur France 5 le même jour, Édouard Philippe estime lui aussi qu’une dissolution est quelque chose que « le prochain président de la République devra probablement faire ».
Le 10 mai, lors du Conseil national de son parti Horizons, le maire du Havre a plaidé pour une majorité « nouvelle, ouverte, rassemblant explicitement la droite et le centre ». Qui englobe les Républicains ? La question du périmètre, déjà au cœur des discussions avortées sur une éventuelle primaire de la droite et du centre, est au cœur des échanges.
La proximité idéologique entre le parti d’Édouard Philippe et la droite historique est criante. Nombre des cadres Horizons étaient membres des Républicains avant de changer d’écurie et malgré la candidature déclarée de Bruno Retailleau , les échanges se poursuivent avec des figures de LR qui, comme Gérard Larcher, plaident pour un candidat unique. La question centrale est toujours celle du ralliement derrière cette personnalité. Mais difficile d’imaginer que la constitution d’une future majorité en cas de victoire ne soit pas au programme.
Certains macronistes et alliés ne s’en cachent pas. « Il faudra éviter de se retrouver dans la situation actuelle, avec une Assemblée sans majorité. Moi, je me projette dans les élections législatives », a prévenu Élisabeth Borne sur Sud Radio. L’ancienne première ministre, qui a quitté la direction de Renaissance et se consacre à son microparti Bâtissons ensemble, échange de plus en plus visiblement avec le MoDem. Le 19 mai, elle a participé à un colloque sur l’importance de l’État de droit, coorganisé à l’Assemblée nationale avec le président du groupe Les Démocrates Marc Fesneau. Des personnalités de la macronie ont répondu présentes, comme Agnès Pannier-Runacher, Astrid Panosyan-Bouvet ou encore Agnès Buzyn. Sans oublier Bernard Cazeneuve qui avance ses pions pour 2027… ainsi que François Bayrou.
L’ex-maire de Pau désormais sans mandat est lui aussi à la manœuvre pour monter une « confédération centriste » qui regrouperait un ensemble de petites formations politiques. L’objectif n’est pas tant de désigner leur propre champion - François Bayrou ayant écarté une candidature - que de réussir à constituer un groupe assez fort au Parlement pour peser face au prochain gouvernement et pousser des idées communes. Et peut-être, aussi, revenir dans le paysage politique à la faveur d’un siège de député ? « Je ne pense pas que François Bayrou fasse tout ça pour rien », glisse un de ses proches, interrogé par BFMTV sur ses ambitions politiques, même si un élu MoDem tempère, indiquant que l’ancien édile n’a « pas d’idée arrêtée là-dessus » .
Bien qu’elle soit avant tout empêtrée dans ses débats sur la primaire (mal partie) , la question des législatives traverse aussi la gauche. L'écologiste Yannick Jadot, le socialiste Boris Vallaud et l’eurodéputé Place Publique Raphaël Glucksmann, engagés dans un processus commun , ont même fait des discussions législatives une étape préalable à la désignation d’un candidat unique de la gauche hors-LFI. Celle-ci ne peut intervenir avant « qu’on ait un programme sur lequel on est d’accord, (...) qu’on ait un accord aux législatives, (et) qu’on ait une équipe », a déclaré l’écologiste le 17 mai sur le plateau de Dimanche en Politique sur France 3.
Leurs discussions se poursuivent, le trio et leurs soutiens espérant pouvoir désigner leur champion au plus tard « pour la fin de l’été ». Si tout se passe comme prévu, un accord sur les législatives sera donc aussi conclu dans la foulée. Son périmètre semble assez évident, à l’image de celles et ceux qui participent aux échanges : la « gauche plurielle » dans laquelle Boris Vallaud inclut « celles et ceux qui sont engagés dans un autre processus, à Marine Tondelier, à Olivier Faure, à Clémentine Autain, à François Ruffin. »
De la France insoumise en revanche, il n’en est pas question puisque les insoumis font cavalier seul derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui ne les a pas empêchés, avant la désignation de leur leader, de proposer aux communistes et écologistes de bâtir « une nouvelle alliance populaire » sur la base du programme du NFP . Bien plus que la désignation d’un candidat commun, l’enjeu pour les mélenchonistes étaient surtout de se mettre d’accord « dans le même temps sur le programme et sur les candidatures aux élections sénatoriales et législatives » et, en cas de victoire, d’être mieux représentés dans les deux chambres du Parlement. Mais à peine mise sur la table, leur tentative s’est heurtée à un mur.
Enfin, à rebours de ces tentatives d’alliance, il y a ceux qui préfèrent ne compter que sur eux-mêmes. C’est le cas de Bruno Retailleau dont l’entourage veut croire au « fait majoritaire » rapporte Le Figaro . Cette logique électorale part du postulat que les électeurs donneront au candidat élu une majorité pour mener à bien son programme. Mais le pari est risqué. Si le « vote utile » ou un vote « de rejet » s’impose pour l’élection du chef de l’État, rien ne garantit que les Français en feront de même pour le scrutin législatif, ouvrant de fait la porte à une Assemblée bigarrée.
C’est tout le pari du Rassemblement national. Le parti d’extrême droite clame son désir de ramener les Français aux urnes et Jordan Bardella comme Marine Le Pen n’ont laissé aucun doute sur leur intention de dissoudre en cas de victoire. Le 21 mai dans Le Figaro , Sébastien Chenu va jusqu’à parier sur « une majorité forte si c’est nous qui arrivons au pouvoir » . Elle sera en revanche « plus composite si ce sont les autres » qui l’emportent, a fortiori en cas d’alliance du front républicain au second tour comme ce fut le cas en 2024, estime le vice-président du RN. Une Assemblée aussi morcelée et clivée qu’aujourd’hui rendrait la tâche du successeur d’Emmanuel Macron aussi compliquée que pour l’actuel chef de l’État. On ne prend peut-être pas les mêmes, mais on recommence ?
