Il est l’eurodéputé qui a alerté sur le scandale des Ouïghours et il défend corps et âme l’Union européenne et tous les sujets qui s’y rattachent. Mais que prévoit-il pour la France ? Avant d’officialiser sa candidature, Raphaël Glucksmann accélère sa précampagne. Avant son meeting prévu le 13 juin à Paris, il publie, le 28 mai son livre Nous avons encore envie » (Allary Éditions). Avec à l’intérieur ses premières pistes nationales.
Dans cet ouvrage dont Le Nouvel Obs révèle les bonnes feuilles ce dimanche 24 mai, l’eurodéputé esquisse des propositions. Avec un enjeu clair : faire taire les critiques en déconnexion et en entre-soi qui le poursuivent. « On ne va pas mentir aux gens. Raphaël est un intellectuel qui a grandi dans un milieu intellectuel, mais il est véritablement passionné et habité par la France » , assure l’ancien ministre macroniste Aurélien Rousseau, passé chez Place Publique, dans La Tribune Dimanche . Pour ce faire, Raphaël Glucksmann se saisit donc de sujets qui occupent le haut du classement des priorités des Français. À commencer par l’immigration, deuxième sujet de préoccupation (16 %, selon l’étude d’opinions YouGov pour Le HuffPost ).
« Non, l’immigration zéro n’est ni souhaitable, ni possible. Et non, s’installer en France n’est pas un droit universel » , écrit le député européen qui déroule sa solution : organiser une convention citoyenne sur l’immigration pour mettre un terme à « l’impression de ne plus rien maîtriser. » Il propose donc de confier à « des citoyens tirés au sort, représentatifs » une réflexion sur la base de « données démographiques, économiques ou sécuritaires » . « Tout sera public, débouchera sur des propositions votées au Parlement » , poursuit-il, invitant à « structur(er) » le débat sur l’immigration « sans tabou » .
Raphaël Glucksmann évoque aussi la réforme des retraites, qui sera au cœur des débats présidentiels. Il se prononce pour une « réforme juste et ambitieuse des retraites » prenant en compte les « bouleversements démographiques » et la « pénibilité ». Sur le rapport au travail, alors que le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des Français, il souhaite proposer un « nouveau contrat social et fiscal favorable aux travailleurs » , et un rééquilibrage de la « taxation entre le travail, le capital, la retraite et l’héritage » .
Autre proposition de l’eurodéputé : l’instauration d’un service civique obligatoire, occasion pour les Français de « se croiser à un moment donné de leur existence et de se mettre ensemble au service de l’intérêt général » , dans le cadre d’un « nouveau contrat patriotique » . Il met également dans le débat la création d’un « “passeport pour l’émancipation” garantissant à chaque enfant de partir en séjour collectif » , grâce aux colonies de vacances qui accueillent aujourd’hui « trois fois moins » de jeunes qu’au début des années 1980.
En parallèle, et alors qu’il est mis en concurrence avec Jean-Luc Mélenchon sur sa gauche - les deux hommes sont au coude-à-coude dans les différents sondages - Raphaël Glucksmann tente d’exister sur des thèmes peu abordés par son bord politique. Au-delà de l’immigration, il évoque ainsi la sécurité, consacre quelques lignes à « la France des Pavillons » que « la gauche a perdue » et entend même se réapproprier l’expression de la « fierté d’être Français » trop souvent laissée à l’extrême droite, en proposant « un nouveau contrat patriotique pour rendre à la France sa puissance et à redonner aux Français la maîtrise de leur destin. »
Ces pistes glissées dans le débat public réussiront-elles à lui conférer une image d’homme proche de tous les Français et de leurs préoccupations ? Dans son livre, il assure parler « depuis la gauche mais (...) bien au-delà de la gauche. » « Je ne parle pas ici de la gauche à la gauche, mais de la France aux Français », écrit-il. La tâche est d’autant plus ardue après la diffusion d’une note de son équipe de campagne lui conseillant « d’éviter » de s’adresser aux électorats populaires. Raphaël Glucksmann a assuré en avoir « immédiatement rejeté les conclusions ». Son livre et la campagne qui suivra lui permettront de prouver ses dires, ou pas.
