Face à la flambée des prix du gaz, l’exécutif mise sur l’électrification du chauffage pour décarboner les logements, un défi qui repose sur l’adhésion des particuliers
Face au gaz qui flambe avec la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement veut accélérer la machine à électrifier la France en appelant le secteur à installer un million de pompes à chaleur (PAC) chaque année d’ici à 2030. Le secteur, réuni mardi par le président Emmanuel Macron, assure être en capacité de produire ce million de PAC sur le territoire, pour tourner la page de la dépendance aux énergies fossiles dont les prix se sont affolés.
Cet objectif englobe en priorité les PAC air-eau, qui ont l’avantage d’utiliser le réseau d’eau de chauffage existant, mais aussi les PAC géothermiques et les chauffe-eau thermodynamiques. Rien que sur les PAC air-eau, « on pourrait doubler les ventes et les fabriquer toutes en France, donc passer de 170 000 unités aujourd’hui à 300 000 unités », un chiffre qui n’a plus été atteint depuis 2022, explique Arnaud Kautzmann, secrétaire de l’Association française pour les PAC (Afpac).
Encore faut-il que les clients soient au rendez-vous. Selon le groupe de travail sur l’électrification des bâtiments, lancé par le gouvernement, il y a au total près de 17 millions de logements à décarboner en France, dont une majorité de maisons individuelles, où il serait possible d’installer des PAC air-eau pour 80 % d’entre elles. En revanche, en copropriété, massifier les PAC risque d’être « un peu plus complexe » selon Corina Osadciuc-Mahé, responsable rénovation énergétique chez Foncia, qui assure des missions de syndic de copropriétés.
À Meudon (Hauts-de-Seine), une petite copropriété de quatre logements se chauffe désormais avec une PAC air-eau après un parcours du combattant pour réaliser les travaux d’isolation, nécessaires et coûteux. « On a un net gain de confort » et « un écart dingue » avec les factures de fioul payées auparavant, rapporte l’une des copropriétaires. « Mais on n’est pas encore gagnant » compte tenu du coût total de près de 200 000 euros de la rénovation, dont 23 400 euros de reste à charge par propriétaire après les aides de l’État, « qui n’ont pas encore été versées intégralement », déplore Céline.
Pour les copropriétés comme celle de Céline, qui ont déjà un chauffage collectif, les principales contraintes d’une PAC air-eau sont de trouver un emplacement qui ne crée pas trop de nuisances sonores ni esthétiques et d’avoir un bâtiment isolé. Mais si chaque logement a sa chaudière individuelle, l’installation d’une PAC nécessiterait « des travaux colossaux pour faire passer la tuyauterie d’une boucle de distribution d’eau dans le bâtiment », explique Maxime Ledez, chercheur à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE).
Corina Osadciuc-Mahé observe « une dynamique progressive sur les PAC depuis l’année dernière », mais cela reste limité avec quelques dizaines de projets sur les 400 copropriétés accompagnées dans leur rénovation. Chez l’entreprise de rénovation énergétique de maisons Effy, on sent aussi un frémissement : les demandes d’installation de PAC air-eau ont bondi de 140 % en avril par rapport au même mois de 2025.
Même constat chez PrimesEnergie, qui propose des aides aux particuliers via les certificats d’économie d’énergie (CEE) financés par les entreprises énergétiques, avec une multiplication par trois des demandes de primes pour des installations de PAC en avril, selon son fondateur Nicolas Moulin.
Il y voit un effet « du plan d’électrification de Sébastien Lecornu », annoncé en avril « et peut-être d’une prise de conscience des Français » du besoin de réduire les factures, chose possible avec les PAC, plus performantes que les chaudières fossiles classiques. Mais ce sont surtout des PAC air-air qui sont plébiscitées, car elles permettent aussi de climatiser. Or celles-ci sont majoritairement produites en dehors de l’Union européenne, contrairement aux PAC air-eau. Nicolas Moulin rappelle qu’aujourd’hui les PAC air-air représentent 70 % du marché. Soit 800 000 unités vendues par an, selon l’Afpac.
