La famille de la victime et la députée du bassin d’Arcachon se mobilisent pour faire évoluer la loi. Mais le vote d’un seul amendement cette semaine n’a pas fait bouger les lignes. Le combat se poursuit
C ’était il y a un an. Le mercredi 21 mai 2025, en milieu d’après-midi, Benjamin Mano naviguait à bord de son Optimist devant le Cercle de voile d’Arcachon . L’enfant a été heurté par un bateau piloté par un marin-pêcheur professionnel sous alcool et cocaïne. Le petit garçon est décédé sur place. Il avait 8 ans.
Cédric Mano, le père, et la députée du bassin d’Arcachon Sophie Panonacle se battent depuis pour faire évoluer la loi. Objectif : punir plus sévèrement la conduite sous alcool ou stupéfiants de véhicule nautique et créer un homicide maritime, à l’instar de l’homicide routier. Une pétition a été lancée en février sur Internet sur la plateforme Change.org ( « Il rêvait de faire le Vendée Globe » ) pour pousser le gouvernement à se mobiliser sur le sujet. Près de 100 000 personnes (92 615) ont soutenu la démarche. La pétition sera débranchée ce jeudi 21 mai, date du triste anniversaire.
Malgré l’énergie déployée, le dossier est encalminé. « C’est poussif », résume le père endeuillé. Seule petite avancée : le Sénat a approuvé cette semaine, dans le cadre de l’examen du projet de loi Ripost (réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public), un amendement visant à élargir, dans le Code des transports, le champ d’application relatif à l’alcoolémie à bord des navires pour les gens de mer. « Les contrôles d’alcoolémie pour les plaisanciers n’ont pas été pris en compte. D’autre part, les contrôles de stupéfiants sont absents de l’amendement », regrette la députée Sophie Panonacle.
« Ce n’est pas suffisant », juge Cédric Mano. Le père de Benjamin ne baisse pas les bras : « Nous allons y arriver, c’est non négociable. » La famille va rencontrer la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, le 3 juin pour lui remettre symboliquement la pétition et remettre le dossier sur le haut de la pile. La balle est désormais dans le camp des parlementaires. La famille compte aussi solliciter le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, « pour éviter toute reculade ».
L’accident de mai 2025 s’est produit à 50 mètres de la plage, dans la bande des 300 mètres où la vitesse est normalement limitée à cinq nœuds. À l’issue de sa garde à vue, le pêcheur a été mis en examen pour homicide involontaire et usage de stupéfiant. Il a été remis en liberté, sous contrôle judiciaire, dans l’attente de son procès. L’homme âgé de 31 ans avait fait l’objet de deux condamnations en 2015 et 2024 pour conduite sous l’empire de stupéfiants.
La famille Mano et la parlementaire considèrent qu’il faudra aller beaucoup plus loin lors de l’examen du texte à l’Assemblée nationale : modifier le Code des transports pour considérer comme un délit la conduite, sous l’empire de l’alcool ou de stupéfiants, de véhicules nautiques dans l’espace maritime, procéder à la suspension du permis mer et à la rétention du véhicule nautique du conducteur mis en cause, et instaurer un régime aggravé en cas de récidive serait légitime.
