Thomas Ménagé, député RN du Loiret, est l'invité des "4 Vérités", jeudi 14 mai 2026. Il revient sur l'échange tendu entre Kylian Mbappé et Jordan Bardella, le programme du RN en amont de la présidentielle mais surtout sur l'inquiétude liée au hantavirus après l'audition de la ministre Stéphanie Rist.
Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
Gilles Bornstein : Échange aigre-doux entre Kylian Mbappé et Jordan Bardella. Alors, Kylian Mbappé a dit qu'il savait ce qui se passait lorsque des gens "comme eux", c'est-à-dire comme vous, arrivent au pouvoir. Ça a énervé Jordan Bardella, qui lui a répondu : "Je sais ce qui arrive quand Kylian Mbappé quitte le PSG, le club gagne la Ligue des champions", ce qui n'est pas faux. Il n'a pas le droit de s'exprimer Kylian Mbappé ? Pourquoi est-ce que ça a énervé Jordan Bardella ?
Thomas Ménagé : Bien entendu, il a le droit de s'exprimer. Bon voilà, on est sur le foot. Il y a eu un tacle, une réponse par un autre tacle. Il y a une liberté d'expression. Après, quand on est le capitaine de l'équipe de France, je pense que c'est dommage de diviser. Jordan Bardella l'a dit, il y a une forme de division de la part de Kylian Mbappé. On aimerait plutôt, quand on est capitaine de l'équipe de France, rassembler autour des valeurs du sport. Après, c'est une liberté.
Gilles Bornstein : Peut-être que lui trouve que le Rassemblement national, justement, ne rassemble pas autour des valeurs de la République.
Thomas Ménagé : Il se trompe. Et je l'invite à venir nous voir, à venir rencontrer Marine Le Pen, Jordan Bardella, à se dire qu'il doit plutôt utiliser, dans une société de plus en plus clivée, sa popularité. Et nous, on aime Kylian Mbappé, on a envie qu'il nous fasse rêver au moment de la Coupe du Monde, dans quelques semaines.
Gilles Bornstein : Vous avez envie qu'il brandisse la Coupe du Monde en tant que capitaine de l'équipe de France ?
Thomas Ménagé : On a envie que la France soit rassemblée, que tout le monde puisse se rassembler autour des valeurs du sport.
Gilles Bornstein : Comme tout Français, il a le droit de s'exprimer et de donner ses opinions politiques.
Thomas Ménagé : Il n'a aucune interdiction légale de s'exprimer. Il est libre. C'est un principe fondamental, la liberté d'expression. Mais comme dans certaines fonctions, certains fonctionnaires, certains militaires, il y a un devoir de réserve. Ce n'est pas son cas. Mais il y a peut-être une forme de devoir de réserve morale qui devrait peut-être s'imposer, parce qu'il y a 50 % de la population qui prévoit de voter pour le Rassemblement national, dont une grande partie qui doit l'adorer, l'aduler, parce que, bien entendu, c'est une star et qui fait rayonner la France. Et c'est ce qu'on attend de lui, qu'il nous fasse rêver.
Gilles Bornstein : Réquisitoires sévères en appel contre Nicolas Sarkozy, aussi sévères qu'en première instance, laissant peu d'espoir de relaxe. Ça se confirme donc : les cours d'appel sont rarement plus clémentes que les tribunaux de première instance. Quelle conclusion en tirez-vous concernant Marine Le Pen, qui attend la décision le 7 juillet ?
Thomas Ménagé : Aucune, parce que ce sont des réquisitions. C'est comme ça que se passe un procès. Il y aura des juges du fond qui vont regarder en fonction de ce que disent les réquisitions. Mais du fond du dossier, ce sont deux dossiers différents. Ce n'est pas le même cas.
Gilles Bornstein : Vous avez encore espoir que Marine Le Pen puisse se présenter ?
Thomas Ménagé : Bien entendu. Nous, on a espoir et on souhaite pour les Français. C'est aux Français de décider si Marine Le Pen sera présidente de la République.
Gilles Bornstein : Parce qu'elle est mieux préparée que Jordan Bardella ?
Thomas Ménagé : Non, parce que c'est notre candidate. C'est la candidate naturelle de notre formation politique. Elle s'y est préparée. Jordan Bardella se prépare à être Premier ministre.
Gilles Bornstein : En ce moment, on a plus le sentiment qu'il se prépare à être candidat qu'à être Premier ministre.
Thomas Ménagé : Il y a une nécessité, dans tous les cas, à se préparer à être au plus haut niveau de fonction. Que vous soyez président de la République ou Premier ministre, ce sont des fonctions importantes qu'il faut préparer. Le Rassemblement national se prépare parce que la situation du pays en matière de santé, de sécurité, d'immigration est tellement catastrophique qu'il y a une nécessité à se préparer pour changer les choses, changer le quotidien des Français. C'est ce que les Français attendent.
Gilles Bornstein : Est-ce que le gouvernement a trouvé la bonne mesure concernant l'hantavirus ?
Thomas Ménagé : Le gouvernement a pris les bonnes mesures, une vraie fermeté avec une mise en quarantaine à l'hôpital. Par contre, cette inquiétude qui existe autour de l'hantavirus nécessite qu'on tire un peu plus le bilan de la gestion catastrophique du Covid-19, où le gouvernement macroniste de l'époque et les gouvernements qui ont succédé n'ont pas été dans la transparence.
C'est la raison pour laquelle, avec mon groupe, en tant que vice-président de la commission des Affaires sociales, j'avais demandé l'audition de Stéphanie Rist hier, qui a eu lieu à l'Assemblée nationale. Et malheureusement, force est de constater qu'on n'est pas totalement rassurés sur la préparation de la France, parce qu'elle a refusé de donner le nombre précis de masques que nous avons actuellement en stock, la date d'opérations, les lieux de fabrication, pareil pour les blouses, les surblouses... Et donc, on ne sait pas, certains disent en off que c'est parce qu'il y a une situation géopolitique qui interdit de donner les chiffres, mais je pense qu'il y a besoin de transparence pour rassurer les Français.
Gilles Bornstein : Qu'est-ce que vous suspectez derrière ce refus de donner les chiffres ?
Thomas Ménagé : Je ne comprends pas. C'est mon rôle en tant que parlementaire de contrôler l'action du gouvernement, de s'assurer, puisque gouverner c'est prévoir, que tout est prévu. Même si on est très loin d'une pandémie, qu'il ne faut pas faire peur aux Français aujourd'hui, il n'y a pas d'élément aujourd'hui rationnel qui explique le refus de la part du gouvernement de donner des chiffres précis. Parce que la transparence permet toujours de rassurer la population.
Gilles Bornstein : Vous avez parlé des élections, beaucoup de points restant en suspens dans le programme du Rassemblement National. Je voudrais vous parler du port du voile dans l'espace public. Dans votre programme, vous souhaitez l'interdire. Est-ce que vous ne craignez pas que ce soit considéré comme une déclaration de guerre par les millions de Français musulmans qui vivent leur religion dans les lois de la République ?
Thomas Ménagé : Nous l'avions dit au moment des élections législatives, oui, il y a cette volonté d'interdiction à terme, mais ça passera par des étapes, par un débat à l'Assemblée nationale, avec notamment l'interdiction aux mineurs. Par contre, vous posez une vraie question : est-ce que derrière, ce sont les musulmans qui sont ciblés ? Pas du tout. Ceux qu'on cible avec cette mesure, ce sont les islamistes. Parce qu'il y a des millions de musulmans qui ne portent pas le voile.
Gilles Bornstein : Si vous interdisez le voile, ça s'appliquera à des millions de musulmanes qui ne sont pas du tout intégristes.
Thomas Ménagé : Mais aujourd'hui, on le sait, il y a une volonté de propagation d'une idéologie islamiste qui force les femmes à porter ce voile.
Gilles Bornstein : Toutes les femmes qui portent le voile sont forcées de le faire ?
Thomas Ménagé : Il y a un conditionnement. Il y a des femmes qui sont aujourd'hui forcées de le faire. Il y a toujours des cas particuliers.
Gilles Bornstein : Vous voulez l'interdire à toutes les femmes.
Thomas Ménagé : Il y a toujours des cas particuliers, c'est le programme du Rassemblement national aujourd'hui, il y aura un débat au Parlement, il y aura la nécessité déjà de l'interdire pour les mineurs, l'interdire à l'université. Mais il y a des cas, comme à Mayotte où clairement ce n'est pas une idéologie islamiste qui est propagée par un petit voile qui est porté, c'est culturel et donc il faudra bien entendu faire la différence entre les deux.
Gilles Bornstein : Le voile mais pas la kippa ? Ou il faudra interdire la kippa aussi comme signe religieux ?
Thomas Ménagé : Non, parce qu'il n'y a pas d'idéologie islamiste. Ce que l'on cible, ce n'est pas la religion en tant que telle, c'est l'idéologie islamiste, celle qui veut séparer les hommes des femmes, celle qui veut attaquer les minorités, les homosexuels. Derrière, il y a une vision qui est une vision contraire aux valeurs de la République, contraire aux principes fondamentaux de ce qu'est la France. Et quand les pays qui, aujourd'hui, forcent le port du voile, c'est le cas en Iran, ce sont les mêmes pays qui sont contre les homosexuels, contre les femmes, et ce n'est pas la France.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
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