Raphaël Glucksmann à Rouen le 1er mai 2026 - Lou BENOIST / AFP
Des doutes? Quels doutes? À moins d'un an de la présidentielle, Raphaël Glucksmann se voit un destin présidentiel et tente de le construire patiemment. La fusée a déjà décollé: Raphaël Glucksmann a dévoilé ses premières propositions ce mardi soir sur TF1 avant une annonce de candidature en bonne et due forme, puis un meeting à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) le 13 juin prochain.
La séquence est classique pour un prétendant à l’Élysée. Reste une question: ce scénario bien huilé suffira-t-il à s’imposer sur le créneau encombré du centre-gauche? Sur cette ligne, Raphaël Glucksmann n’est pas seul. Bernard Cazeneuve est là , François Hollande aussi, redevenu député en 2024 .
Pour essayer d'y répondre, Raphaël Glucksman se donne "trois mois pour silloner le pays et proposer (un) nouveau contrat patriotique, trois mois pour réunir ma famille politique", a-t-il déclaré ce mardi 26 mai au 20 heures de TF1. L'eurodéputé a assuré qu'il n'y aurait à la fin qu'"une seule candidature" de la gauche non mélenchoniste, celle de "la personne la mieux placée". Son "intime conviction" est que cet espace "est le seul qui peut vaincre l'extrême droite en 2027".
Pour l'instant, Raphaël Glucksmann garde une longueur d'avance. Si aucun sondage n'a pour l'instant testé en même temps ces trois candidatures possibles, une étude Elabe pour BFMTV donne le patron de Place publique à 10,5% au premier tour. Certes, c'est très loin d’une qualification au second tour, mais c'est néanmoins suffisant pour afficher un socle électoral relativement solide et se retrouver au niveau de Jean-Luc Mélenchon ou de Gabriel Attal.
Dans le camp des socialistes, peu importe qu'on soit proche d'Olivier Faure, de Boris Vallaud ou de François Hollande, l'enthousiasme ne saute pas aux yeux. Comme pour rassurer un PS méfiant, Raphaël Glucksmann, longtemps identifié à son combat européen, s’est remis à parler la langue de la gauche, jusqu’à reprendre à son compte des marqueurs. Avec, par exemple, une plus grande taxation sur les héritages, les hauts revenus et l'augmentation du salaire des enseignants.
Avec un objectif assez clair pour le député européen: s'adosser aux socialistes dont il a besoin à la fois pour financer sa campagne, obtenir 500 signatures d'élus locaux et disposer plus largement de leur force de frappe pour faire campagne.
En juin 2024, la liste conduite par Raphaël Glucksmann avait en effet recueilli 13,83% , davantage que ce que lui accordent aujourd’hui les sondages. À l’époque, il talonnait même le camp présidentiel, à 14,6%, avant que la dissolution ne vienne rebattre les cartes . Au moment des tractations entre les différents blocs, il s’était d’ailleurs montré particulièrement discret.
Bref, Raphaël Glucksmann est encore loin de s'imposer. D'autant moins que sa prestation ratée lors d'une longue émission sur LCI à l'automne dernier a jeté le trouble sur sa capacité à mener une campagne présidentielle, cette lessiveuse, qui nécessitera d'enchaîner émissions, déplacements et meetings pendant des semaines.
La parution d'une note d'un de ses conseillers, lui proposant d'"éviter" certaines cibles électorales, comme les habitants des banlieues, les faibles revenus et les jeunes, a aussi laissé des traces. Et tant pis si le candidat a immédiatement fait savoir qu'il était "à l'opposé" de cette note qui n'aurait sans "aucune valeur politique".
De quoi donc donner quelques idées à François Hollande. Comme pour éviter l'affrontement les deux hommes se tiennent à distance. Lors d'une rencontre en Ille-et-Vilaine il y a quelques semaines, ils échangent à peine un mot. En privé, pourtant, l'ancien chef de l'État n'en pense pas moins.
En attendant, l'ex-locataire de l'Élysée, qui a choisi de ne pas se représenter en 2017 , faute de croire en sa victoire, n'a guère engrangé de ralliement autour de sa candidature. Malgré tout, sa stature d'ancien président, qui a notamment fréquenté Vladimir Poutine, peut fragiliser Raphaël Glucksmann, lui qui n'a connu pour l'instant que le Parlement européen et n'affiche nulle part sur son CV la case "ministre" ou "député".
En face de François Hollande, on trouve Bernard Cazeneuve, tout aussi prêt à avancer ses pions. À la tête de son mouvement La Convention depuis 2023, son ancien Premier ministre, désormais reconverti comme avocat d'affaires, bande les muscles . Ses soutiens veulent montrer qu’il ne craint personne.
Des porte-paroles, des maires, un programme bientôt dévoilé... Promis, l'ex-locataire de Matignon est prêt à entrer dans la danse. J'ai "le désir" d'être président , a ainsi lancé l'ex-socialiste sur France inter mi-mai tout en laissant entendre, à demi-mot, qu'il pourrait s'effacer. "Dans un paysage politique tellement déraisonnable", quand "vous êtes déterminé à être sage, alors vous n'êtes pas déterminé à être président de la République", a-t-il ainsi immédiatement nuancé.
En réalité, dans l'entourage de Raphaël Glucksmann, on est persuadé que tout va se jouer dans les prochaines semaines, avec notamment son meeting organisé le 13 juin prochain.
Le mouvement espère rassembler entre 2.000 et 3.000 personnes là où François Hollande n'a dans les tuyaux aucun meeting de prévu et Bernard Cazeneuve se contente de réunions publiques en petit comité. Le patron de Place publique espère aussi parvenir à afficher des visages bien connus de la gauche comme l'ancien candidat écologiste Yannick Jadot et le président des députés socialistes Boris Vallaud .
Pour l'instant, le pari n'est pas gagné et Raphaël Glucksmann pourrait même avoir à souffrir de la comparaison avec d'autres candidats. Une poignée de jours avant son meeting, Jean-Luc Mélenchon organisera un grand rendez-vous à Saint-Denis avant que Gabriel Attal ne réussisse les siens à Paris .
Avec un risque évident: une salle moins remplie, une démonstration de force moins nette, et l’échec à imposer l’image qu’il recherche, celle de la seule alternative crédible à La France insoumise pour l’électorat de gauche.
Comme pour montrer qu'il est prêt à en découdre, Raphaël Glucksmann compte bien mettre dans l'air des idées qui pourraient faire tousser une partie de la gauche comme une convention citoyenne sur l'immigration ou l'instauration d'un service civique obligatoire , évoquées dans son livre.
Une façon, peut-être, de casser l’image d’intellectuel parisien des beaux quartiers que ses adversaires insoumis lui collent volontiers, jusqu’à le rebaptiser sur les réseaux sociaux "le nouveau Macron".
Avec un exemple en tête pas forcément facile à assumer quand on se réclame du peuple de gauche: Emmanuel Macron. Lors de son entrée dans l'arène présidentielle, le futur chef de l'État plafonnait autour de 10%, au milieu d'une offre politique déjà saturée. Avant de finalement décoller puis d'entrer à l'Élysée.
