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LE FIGARO DEMAIN - Avec la hausse des prix du carburant, le travail à domicile est tentant. Mais son réservoir d’économies est limité.
Comme un air de déjà entendu. De l’Agence internationale de l’énergie à la Commission européenne, les appels à favoriser le télétravail pour atténuer les effets de la crise énergétique se répètent, depuis le blocus du détroit d’Ormuz . Certains pays asiatiques et africains, confrontés à des pénuries de carburant, ont très vite pris les devants. Ainsi, l’Égypte a imposé un jour de télétravail par semaine et la Malaisie a lancé un programme de travail à domicile, rejoint par 155 000 fonctionnaires.
En France, la hausse des prix à la pompe (+ 20% pour le super sans plomb, + 30 % pour le diesel depuis le début de la guerre en Iran) est surtout une préoccupation pour les salariés. « J’ai fait mes calculs, avec la hausse de l’essence, cela représente entre 50 et 60 euros de dépenses en plus par mois, cela pèse forcément dans le budget » , explique Thierry, qui travaille dans un entrepôt logistique en Île-de-France, situé à une vingtaine de kilomètres de son domicile. Ce surcoût est inévitable pour les salariés qui vivent en milieu rural ou dans les petites communes, où la voiture est généralement l’unique moyen de se rendre à son travail, alors qu’elle n’est utilisée que par 54 % des actifs dans les communes densément peuplées.
Dans ce contexte, le télétravail apparaît comme une solution pour réduire la facture énergétique, car près des trois quarts des trajets domicile-travail sont effectués en voiture. C’est ce que montre une enquête de l’université Savoie Mont Blanc, selon laquelle les télétravailleurs ont en moyenne réduit d’un tiers leurs émissions annuelles de CO2, liées à leurs déplacements pour se rendre à leur travail. À l’Office national des forêts, avant même la circulaire de Bercy, le mot d’ordre a été donné d’autoriser un accroissement temporaire du distanciel pour ceux qui utilisent leur véhicule personnel. « Pour moi,c’est d’abord un confort, mais c’est aussi un avantage économique étant donné le coût de l’essence » , témoigne Denise, qui travaille au service commercial d’une PME de la région nantaise, distante d’une quinzaine de kilomètres de chez elle.
Cependant, le réservoir d’économie est restreint. D’abord parce que pour nombre d’actifs (commerçants, ouvriers, artisans, aides à domicile…) cette pratique n’est pas compatible avec l’exercice de leur métier. Selon une note du Commissariat général au développement durable de juillet 2024, l’expansion du télétravail représenterait un potentiel limité de réduction des émissions de CO2, liées aux déplacements professionnels de 2 % à 10 %. Cet impact doit en outre être relativisé, car il ne prend pas en compte les effets rebonds du télétravail, comme la hausse du chauffage du domicile (entre +3,5 % et +7 % par jour, selon l’Ademe) ou celle des déplacements privés, à l’image de ces cadres qui profitent du télétravail pour partir quelques jours à l’étranger ou à la campagne.
Idéalement, pour optimiser l’efficacité énergétique, le télétravail devrait s’accompagner d’autres mesures comme la fermeture des bureaux, afin de réduire les dépenses de chauffage et d’éclairage. Une expérimentation menée par l’Ademe évalue alors à 25 à 35 % les économies d’énergie par jour. Néanmoins, cette disposition semble peu réaliste aux yeux des entreprises, qui privilégient des stratégies de sobriété énergétique associant réduction de la surface des bureaux (en général de 20 à 25 % grâce à une meilleure prise en compte du taux d’occupation réel) et nouvelles technologies pour piloter plus finement la consommation d’énergie.
Comme lors de l’épidémie de Covid ou au début de la guerre en Ukraine, le télétravail généralisé apparaît donc davantage comme une mesure d’urgence pour répondre à une situation de crise que comme un outil structurant d’une politique d’indépendance énergétique. D’autant que cette pratique est désormais moins appréciée par les dirigeants d’entreprises qui l’associent à une perte de productivité et cherchent souvent à en limiter l’usage. « Le télétravail n’est jamais considéré comme un mode d’organisation du travail à part entière, il se développe toujours par réaction, et non par anticipation » , observe Nicolas Cochard, directeur de la recherche chez Kardham, spécialisé dans l’accompagnement des projets immobiliers des entreprises.
Finalement, c’est peut-être d’une autre évolution dont il faut attendre à terme une substantielle réduction de la dépendance aux énergies fossiles. La crise pétrolière a en effet offert un coup de pouce inattendu à un marché de la voiture électrique qui a longtemps peiné à décoller. Plusieurs constructeurs font état d’une hausse spectaculaire des commandes de véhicules électriques depuis le début de la guerre en Iran.
