En réussissant sa démonstration de force, dimanche, à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon a contraint le reste de la gauche à bouger. Englués dans une primaire de plus en plus hypothétique, le PS et les Écologistes peinent à sortir par le haut d’une crise qui les paralyse. À moins d’un an de l’élection présidentielle, ils n’ont ni candidat ni programme.
Sur le modèle des socialistes, qui doivent trancher en interne au début de l’été, Marine Tondelier a promis mardi soir à ses adhérents un vote « durant la première semaine de juillet ». L’idée étant surtout de faire valider aux militants écolos le chemin à emprunter si la primaire n’a pas lieu.
Officiellement, l’objectif est toujours d’organiser un processus qui « rassemble la gauche et les écologistes » , comme l’a réaffirmé le bureau politique du parti. Mais tout le monde est bien conscient qu’il faut réfléchir à un plan B. « Si cette solution devait ne pas aboutir, nous poursuivrons notre campagne pour la présidentielle autour de nos valeurs, nos idées, et de notre candidate, Marine Tondelier » , peut-on lire dans le communiqué diffusé mardi soir. En interne, on se prépare donc à une candidature en solitaire de la cheffe… sans vraiment l’assumer publiquement.
Interrogée sur franceinfo ce mercredi, l’élue des Hauts-de-France dit envisager « l’autonomie » mais prend soin d’ajouter aussitôt : « Sans jamais renoncer à l’union ». « Le temps que tout le monde revienne à la raison, nous continuerons à prôner l’union » , promet-elle. Un entredeux difficile à tenir pour celle qui a bâti l’essentiel de sa notoriété sur l’unité de la gauche, notamment lors de la création du Nouveau Front populaire à l’été 2024.
Marine Tondelier est confrontée à un dilemme : continuer de promouvoir l’idée d’une candidature commune tout en se préparant à se lancer en solo, et donc à rajouter une candidature à gauche. Tenir le fil de l’union est-il compatible avec le fait de se présenter coûte que coûte ?
L’accélération de Marine Tondelier est en tout cas mal perçue en interne. « Je suis extrêmement inquiète sur l’avenir des Écologistes , a exprimé Sandrine Rousseau lundi sur Sud Radio. Sans débat stratégique, la direction nous enferme dans une impasse dont il ne sera plus possible de sortir indemnes » . La députée de Paris craint « des purges » au sein de son parti avant 2027. « Plus ça va, pire ça va » , juge-t-elle.
Sous couvert d’anonymat, une membre du conseil fédéral des Verts estime que la candidature solitaire de Marine Tondelier « est une claque infligée à notre démocratie interne » . « Tout ce qu’elle essaie de faire, c’est imposer sa candidature à la présidentielle non seulement en dépit des instances, mais surtout du bon sens » , estime cette écologiste auprès de Politico . Les militants ont voté, en 2025, pour une candidature de Marine Tondelier à la primaire, pas à la présidentielle. Voilà la subtilité.
Aujourd’hui, jamais l’horizon de la primaire n’a paru aussi éloigné. La faute, en grande partie, aux socialistes qui n’arrivent pas à se mettre d’accord. « Si la primaire n’a pas lieu, ce sera la faute intégrale du Parti socialiste » , lâche Marine Tondelier sur franceinfo. Pire : les chefs à plume du PS se déchirent publiquement, Boris Vallaud ayant claqué la porte de la direction du parti fin avril, fâché par l’attitude d’Olivier Faure. Certains grands élus, tels que la présidente de la région Occitanie Carole Delga ou la sénatrice du Val-de-Marne Laurence Rossignol ont déjà annoncé qu’ils soutenaient Raphaël Glucksmann . Lequel, rappelons-le, refuse de se soumettre à la primaire.
« La primaire est finie. C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne », a clamé Jean-Luc Mélenchon dimanche, devant 26 000 personnes. Pas une surprise, évidemment, mais un caillou de plus posé sur la tombe de la primaire, qui n’en avait décidément pas besoin.
