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culturevia Sud Ouest··4 min de lecture

L’entrée de Marc Bloch au Panthéon le 23 juin : ses cendres resteront au Bourg-d’Hem, dans la Creuse, lieu de refuge et d’inspiration pour l’historien résistant

Personnalités citées :Emmanuel MacronMarc BlochSimone VeilRobert Badinter
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Le contexte

Marc Bloch, historien et résistant juif, a été exécuté par la Gestapo en 1944. Son œuvre et son engagement durant la Seconde Guerre mondiale en font une figure emblématique de la mémoire nationale française. La demande de panthéonisation a été formulée par sa famille, soulignant son attachement à la Creuse, où il repose.

Ce qu'il faut retenir

Le 23 juin 2026, Marc Bloch sera panthéonisé, mais ses cendres resteront au Bourg-d'Hem, dans le caveau familial. Emmanuel Macron a annoncé cette panthéonisation en 2024, louant le courage et la lucidité de l'historien. Sa famille a choisi un cénotaphe pour préserver son lieu de recueillement en Creuse. La mairie et l'office de tourisme préparent des événements pour célébrer sa mémoire.

Ce que ça change

La panthéonisation de Marc Bloch est perçue comme une reconnaissance de son œuvre et de son engagement. Cela renforce l'importance de la mémoire historique en France et souligne le rôle des intellectuels dans la résistance. La mise en lumière de sa vie et de son travail pourrait également sensibiliser le public à son héritage.

L'article complet

Source originale sur sudouest.fr

Le 23 juin, Marc Bloch entrera au Panthéon mais ses cendres resteront en Creuse, dans le caveau familial au cimetière du Bourg-d’Hem, un village intimement lié à la vie comme à l’œuvre de l’historien et résistant juif exécuté par la Gestapo en juin 1944

Le fils de Marc Bloch, Daniel, décédé l’an dernier à 99 ans, avait écrit en 2023 au maire de Bourg-d’Hem, commune de 200 habitants du centre de la France : il lui demandait d’intervenir auprès de l’Élysée pour que son père, soldat des deux guerres mondiales, patriote antifasciste et fervent républicain, rejoigne le sanctuaire de la mémoire nationale. La requête fut transmise, et en novembre 2024, le président Emmanuel Macron annonçait la panthéonisation de l’auteur de « L’Étrange Défaite », louant sa « lucidité cinglante », « l’audace des mots et des idées » mais aussi le « courage physique » de celui qui fut torturé avant d’être fusillé près de Lyon, sa ville natale en 1886.

Comme celle de Robert Badinter, artisan de l’abolition de la peine de mort entré au Panthéon en octobre dernier, la famille de Marc Bloch a opté pour un cénotaphe, ne souhaitant pas déplacer ses cendres. « Il était profondément attaché à la Creuse, il y repose dans ce joli petit cimetière aux côtés de ses enfants, pourquoi l’en éloigner ? », explique à l’AFP sa petite-fille, Suzette Bloch. D’autant que le corps de Simonne Vidal, son épouse panthéonisée avec lui, manque déjà : à Lyon où elle s’était rendue après l’arrestation de son mari, elle mourut peu après à l’hôpital sous une fausse identité et fut enterrée dans une fosse commune.

« Nous ne l’avons jamais récupéré », ajoute celle qui voit là « une raison de plus » de ne pas déplacer les cendres de son grand-père. « Cela permet de conserver un lieu de recueillement en Creuse, c’est un peu nos racines », abonde Matis Bloch, arrière-petit-fils devenu historien, comme son aïeul.

Ces racines remontent à 1929 quand Marc Bloch fait l’éloge, dans la revue des Annales qu’il vient de fonder avec Lucien Febvre, d’un livre signé d’un avocat et historien creusois, Louis Lacrocq. Les deux hommes se lient d’amitié et l’année suivante, le second signale au premier une maison à vendre au Bourg-d’Hem. Marc Bloch l’achète et y passe désormais les vacances en famille. « Comme beaucoup de descendants d’Alsaciens qui avaient choisi la France après 1870, il avait perdu ses racines et en trouva de nouvelles dans la Creuse », explique Suzette Bloch.

Mais « il y avait toujours un aspect très studieux dans ses séjours » au hameau des Fougères, où le médiéviste qui enseignait à Strasbourg, puis à la Sorbonne, à Paris, rédigeait des « articles et ouvrages dans un bureau accolé à la maison », relate l’historien creusois Guy Avizou.

Pour l’historienne Annette Becker, la Creuse permet à l’intellectuel érudit de renouer avec le monde paysan rencontré dans les tranchées de 1914-1918, au moment même où il écrit sur le sujet. « Ce qui l’intéresse beaucoup, c’est la taille des champs, le parcellaire […] Il part du présent pour comprendre le passé », explique-t-elle. En 1931 sort un ouvrage fondateur de cette histoire « régressive », « Les caractères originaux de l’histoire rurale française », avant les deux tomes de « La Société féodale », son grand œuvre, en 1939 puis 1940.

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch se mobilise volontairement à 53 ans et met les siens à l’abri à Guéret. Il les retrouve à l’été 1940 au Bourg-d’Hem, où il rédige « L’Étrange défaite », analyse implacable du désastre militaire français, publiée seulement six ans plus tard. Les lois anti-juives du régime de Vichy et l’invasion de la zone sud l’excluent de l’université, après des postes à Clermont-Ferrand et Montpellier, et en 1943 il rejoint Lyon et la Résistance.

Durant ces années, il continue d’écrire dans les « Mélanges d’histoire sociale » – nom de la revue des Annales sous l’Occupation – en signant Marc Fougères, du nom du hameau servant de refuge familial, comme le révèle Lucien Febvre à la mort de son ami.

Marc Bloch est mitraillé avec 29 camarades – deux survécurent – le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de Formans (Ain). Les corps sont inhumés au cimetière communal, d’où ses cendres furent transférées, en 1977, au Bourg-d’Hem lors d’une cérémonie à laquelle assiste Simone Veil, qu’il rejoindra au Panthéon , selon l’ancien maire de la commune, Robert Deschamps.

La panthéonisation de l’historien résistant le 23 juin 2026 est une « incroyable fierté » pour le village, souligne Sophie Fournier-Gassie, conseillère municipale, qui y voit « une juste reconnaissance pour ses travaux et son parcours ». « Même ici, certains peuvent ignorer une telle figure. Mais on va tout faire pour mettre sa mémoire en lumière », ajoute l’élue.

La mairie retransmettra la cérémonie et l’ office de tourisme de Dun-le-Palestel, une commune proche, présente jusqu’au 30 novembre une exposition avec des lettres manuscrites, des photos de famille et, parmi d’autres publications, un exemplaire original de « L’Étrange défaite ».

Au Bourg-d’Hem aujourd’hui, la maison des Fougères est habitée par une arrière-petite-fille de Marc Bloch. Au cimetière, une courte épitaphe latine est gravée sur sa tombe, conformément au « testament spirituel » qu’il avait laissé dès 1941 : Dilexit veritatem (il a chéri la vérité).

Texte extrait depuis l'article original sur sudouest.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur sudouest.fr.

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