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gouvernementvia France Info··6 min de lecture

"La faute est collective" : Bruno Le Maire défend son bilan à Bercy

Personnalités citées :Bruno Le Maire
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Le contexte

Bruno Le Maire a été ministre de l'Économie et des Finances en France, période durant laquelle il a été confronté à des critiques concernant la gestion de la dette publique et des réformes nécessaires. Le débat sur la réforme des retraites et la situation économique actuelle est un sujet central dans la politique française.

Ce qu'il faut retenir

Bruno Le Maire défend son bilan en tant que ministre de l'Économie, affirmant que la dette publique a augmenté après son départ. Il souligne que la responsabilité de la situation économique est collective et liée à un système plutôt qu'à des individus. Il insiste sur la nécessité de réformer le modèle social et le système de retraite pour faire face aux défis démographiques. Le Maire critique le retrait de la réforme des retraites, la qualifiant de criminel, et plaide pour un âge de départ à la retraite décalé à 65 ans.

Ce que ça change

Les déclarations de Bruno Le Maire soulignent les tensions politiques autour de la gestion de la dette et des réformes nécessaires en France. Son appel à une refonte du système de retraite et à des économies dans le système de santé pourrait influencer les débats futurs au sein du gouvernement et de l'Assemblée nationale, en particulier dans un contexte de fragmentation politique.

L'article complet

Source originale sur francetvinfo.fr

Ancien Ministre de l'Économie, Bruno Le Maire revient sur cette expérience dans "Le Temps d'une décision" (Gallimard). Il est l'invité de "Tout est politique", dimanche 24 mai, et répond aux questions de Myriam Encaoua et Laurent Joffrin.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

Laurent Joffrin : Moi j'ai une question qui fâche. Vous en parlez longuement dans le livre, vous avez été blessé par toute la campagne qui a été dirigée contre vous. Pour investir il faut avoir de l'argent et on n'a plus d'argent parce qu'on a 1 000 milliards de dettes en trop. Et le responsable, c'est vous.

Bruno Le Maire : J'aimerais que ce soit moi. Ça fait deux ans que je suis parti. Depuis deux ans, la dette a augmenté de 250 milliards d'euros. Il n'y a ni Covid, qui nécessitait du soutien, ni l'inflation aussi significative qu'après la guerre en Ukraine.

Laurent Joffrin : Mais vous-même, vous dites : "On a commis une erreur." Puisque vous dites : "J'ai tiré la sonnette d'alarme, je n'ai pas été entendu."

Bruno Le Maire : Si nous n'avions commis aucune erreur, le pays ne serait pas là où il en est aujourd'hui.

Myriam Encaoua : Mais vous ne faites pas un mea culpa personnel dans le livre, il est collectif.

Bruno Le Maire : Parce que la faute est collective et que mon départ n'a malheureusement pas réglé le problème de la dette. Tout simplement parce que la dette n'est pas un problème d'hommes, c'est un problème de système. Vous pouvez mettre le cador des cadors en ministre des Finances, de toute façon la dette augmentera.

Pourquoi ? Parce que nous avons un modèle social et un système de retraite qui fait exploser la dépense publique année après année. Donc il faut, comme pour l'Europe, une refondation complète de notre modèle social. Tout le monde le sait, il faut juste le dire avec beaucoup de clarté : notre démographie nous interdit de garder un système de retraite par répartition tel qu'il existe aujourd'hui, sauf à baisser les pensions pour augmenter massivement les cotisations sur ceux qui travaillent. Notre démographie fait que nous allons vieillir plus longtemps, que ça va coûter très cher. Ça nous interdit de garder le système de santé tel qu'il est aujourd'hui. Il faut aussi le refonder.

Laurent Joffrin : Vous aviez lancé une réforme sur la retraite. Elle est tombée dans les sables.

Bruno Le Maire : C'est regrettable. Et ce n'était qu'à partir de 2024, mais je n'étais plus au gouvernement, donc je n'assume pas cette responsabilité-là. Mais c'est criminel d'avoir retiré cette réforme des retraites, parce qu'elle était indispensable. Et surtout du point de vue politique, le message qu'on envoie à nos compatriotes, c'est qu'un jour on leur dit : "C'est vital pour les finances publiques", ce que je crois, "C'est vital pour garantir la solidarité entre les générations", ce que je crois. Mais c'est tellement "vital" que deux ans plus tard, on laisse tomber. Donc ce n'est pas si "vital" que ça. Moi, je persiste et je signe.

Myriam Encaoua : C'est tellement vital qu'il fallait pouvoir avancer et trouver une majorité dans un paysage fragmenté à l'Assemblée nationale.

Bruno Le Maire : Mais il y a des compromis dont le coût est excessif. Ce ne sont pas des reproches à qui que ce soit. C'est essayer de voir ce qui va être nécessaire demain. Vous allez devoir refonder notre système de santé, faire un certain nombre d'économies, comme je l'ai fait sur le médicament, pour pouvoir aider ceux qui sont les plus âgés, ceux qui sont les plus malades. Vous allez devoir demander aux Français de travailler plus longtemps. Je crois qu'il faut garder un âge légal de départ à la retraite.

Je pense qu'il faut le décaler jusqu'à 65 ans. Soixante-cinq ans avec peut-être une surcote après si vous restez plus longtemps, une décote si vous partez avant. Vous pouvez garder la liberté mais avec un âge de référence pour qu'on se dise, avec cet âge-là, on garantit l'équilibre.

Et il faut évidemment une part de retraite par capitalisation, et je l'ai fait. J'ai mis en place un produit d'épargne-retraite. À l'époque tout le monde me disait : "Ça ne va pas marcher, ça n'intéresse personne." On visait, à Bercy, trois millions de souscripteurs. Il y a aujourd'hui plus de 13 millions de compatriotes qui ont ouvert un produit d'épargne retraite. Ça représente 150 milliards d'euros. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ils sont inquiets. Ils savent très bien qu'il va falloir économiser pour eux-mêmes. Donc disons la vérité, clairement et sereinement.

Myriam Encaoua : À vous lire, vous avez un très bon bilan économique, puisque vous avez amorcé un certain nombre de choses et puis vous avez choisi de partir. Il n'empêche, et tout n'est pas dû à la crise des carburants, les indicateurs économiques sont très mauvais. La croissance est nulle, on parle peut-être même d'un risque de récession, une croissance négative. Vous avez parlé de l'inflation. Le chômage, et ça, ça ne date pas non plus du détroit d'Ormuz, est à 8 %. La promesse du plein-emploi est à la poubelle. Vous prenez votre part ?

Bruno Le Maire : Non. Pardon, mais je prends toute ma part sur ce qui est de ma responsabilité. Mais à partir du moment où on fait un "U-turn" (demi-tour, Ndlr), un virage à 180 degrés sur la politique économique en 2024, il ne faut pas s'étonner des résultats. Lorsque j'étais ministre de l'Économie et des Finances, on peut me reprocher plein de choses et on peut débattre de l'opportunité de la politique économique que j'ai conduite, mais elle n'a jamais varié.

Nous avons garanti la stabilité fiscale. Je n'ai jamais bougé le niveau d'impôt sur les sociétés, jamais bougé le prélèvement forfaitaire unique. Je ne suis jamais revenu sur la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes, aussi impopulaire que cela soit. Je n'ai jamais varié sur la nécessité de simplifier la vie des entreprises. Et le bilan, c'est qu'avant 2024, nous ouvrions plus d'usines que nous n'en fermions. Nous avions enfin commencé à recréer des emplois industriels, 120 000. Et surtout, surtout, surtout, parce que pour moi, ça reste la préoccupation majeure, nous avons créé 2,6 millions d'emplois. Depuis 2024, on fait une surtaxe à l'IS (impôt sur les sociétés, Ndlr)...

Laurent Joffrin :...Depuis 2024, vous avez perdu les élections. C'est ça le problème ?

Bruno Le Maire : Bien sûr. Moi, j'en ai tiré les conséquences. Je suis parti.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.

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