Il y a urgence. Si la santé mentale est officiellement « grande cause nationale » depuis 2025, beaucoup reste à faire en la matière . Le gouvernement est revenu sur le sujet ce mardi 2 juin sur franceinfo , avec notamment la promesse d’orienter immédiatement les élèves en difficulté vers un suivi adapté.
Pour détecter précocement les problèmes de santé mentale, chaque jeune qui sera « repéré » par l’Éducation nationale (médecins scolaires, infirmières scolaires, enseignants…) bénéficiera d’un « coupe-file pour avoir rendez-vous dans les 24-48 heures » avec un « psychologue, psychiatre ou pédopsychiatre qui pourra le prendre en charge » , a annoncé la ministre de la Santé Stéphanie Rist au micro de franceinfo .
Les professionnels de santé du territoire devront « s’organiser entre eux » de manière à « libérer des créneaux » pour ces « urgences » , a poursuivi Mme Rist, assurant que « quand on repère des troubles psychiatriques plus tôt, on évite des hospitalisations » .
Le fonctionnement exact de ce dispositif reste néanmoins à préciser, alors que la médecine scolaire comme la psychiatrie font face à un manque criant de personnel.
« Il y a de plus en plus de situations dégradées avec des événements graves, mais de moins en moins de médecins scolaires » , a prévenu auprès de l’AFP Jocelyne Grousset, cosecrétaire du syndicat de médecins scolaires SNMSU-UNSA Éducation, mettant en garde contre le risque « d’engorger » les médecins par un mauvais adressage.
La ministre Stéphanie Rist s’exprimait avant d’accueillir dans l’après-midi d’autres représentants du gouvernement - Éducation nationale, Citoyenneté, Numérique… - à son ministère pour dresser un bilan de la grande cause lancée en 2025 autour de la santé mentale.
Celle-ci avait été décidée par l’ancien Premier ministre, Michel Barnier, lors de son éphémère passage à Matignon, avant d’être prolongée pour 2026 par l’actuel chef du gouvernement, Sébastien Lecornu.
La santé mentale a largement gagné en visibilité ces dernières années, notamment face aux préoccupations pour l’état mental des jeunes dans la période post-Covid, et, plus largement, dans un contexte depuis longtemps difficile pour la psychiatrie, frappée par un manque de moyens et de bras. Mais, de l’avis général, la « grande cause » n’a guère donné de fruits, malgré l’annonce mi-2025 d’un plan interministériel. Fin mai, dans Le Monde , un collectif d’élus (dont M. Barnier lui-même ainsi que d’ex-ministres de la Santé) et de soignants regrettait un « manque de visibilité sur la mise en œuvre d’actions concrètes » .
Le gouvernement actuel met l’accent sur plusieurs réalisations ; l’essor des « premiers secours » en santé mentale, visant à donner à tout un chacun les techniques pour répondre immédiatement à une situation d’urgence psychique, et la poursuite de « Mon Soutien Psy » , un système qui permet de rembourser certaines consultations chez le psychologue.
Les deux sujets sont toutefois loin de faire l’unanimité. De nombreux psychologues refusent d’intégrer « Mon Soutien Psy » , jugeant insuffisants les tarifs remboursés et le nombre de séances, et plusieurs spécialistes ont mis en cause le sérieux de certaines formations aux premiers secours, soulignant qu’elles étaient souvent données par des praticiens de pseudo-thérapies sans base scientifique.
Grâce à la grande cause, « on parle beaucoup plus de la santé mentale et mieux » , a souligné auprès de l’AFP la psychiatre Rachel Bocher, cosignataire de la tribune du Monde. Mais « ça ne suffit pas : les mots ne suffiront pas à guérir les maux. »
