Vincent Bolloré peut se le tenir pour dit. Le gouvernement a chargé sans ambiguïté Xenia Fedorova, « journaliste » revendiquée et intervenante régulière sur CNews et dans la « bollosphère » . Cette ex-directrice de la chaîne de propagande pro-Kremlin RT France, interdite dans l’UE en 2022 dans la foulée de l’invasion russe en Ukraine, est au coeur d’un portrait-enquête du Monde et qui la présente comme la « protégée » du milliardaire conservateur.
Le cas Fedorova a été abordé ce mercredi 27 mai par des journalistes, lors du compte rendu du Conseil des ministres de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Cette dernière était interrogée sur la présence – toujours selon Le Monde – de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, à un dîner organisé par Vincent Bolloré, où la « journaliste » prorusse était présente.
Maud Bregeon n’a pas critiqué sa collègue du gouvernement pour sa participation « à titre personnel » à l’événement, assurant qu’ « elle ignorait » la présence de Xenia Fedorova « autour de la table » . La porte-parole du gouvernement a en revanche dénoncé les « propos très graves » tenus par Xenia Fedorova dans « un certain nombre de médias » et qui « inversent complètement [...] les responsabilités entre la Russie et l’Ukraine » .
« [Cela] me permet de rappeler un fait assez simple [...] : c’est la Russie qui a envahi l’Ukraine, déclenché cette guerre et l’entretient depuis plusieurs années maintenant et certainement pas l’inverse » , a insisté Maud Bregeon.
Relancée sur le point de savoir si Annie Genevard « partage [le] point de vue » du gouvernement sur le conflit ukrainien, la porte-parole assure n’avoir « aucun doute » sur le sujet. Revenant sur Xenia Fedorova, elle a de nouveau dénoncé des propos « graves » , estimant « qu’il est extrêmement choquant d’entendre [qu’ils] puissent être relayés à des heures de grande écoute aujourd’hui en France » . « Je crois et j’espère que nos citoyens ne sont pas dupes » , a conclut Maud Bregeon.
Il faut dire que le cas de Xenia Fedorova a de quoi préoccuper. Si la Russe de 45 ans se défend d’être le relais de la propagande du Kremlin en France, ses propos collent à l’analyse de Vladimir Poutine sur les questions internationales, qu’il s’agisse de la responsabilité ukrainienne dans la guerre, sur un supposé (et démenti) péril nazi dans les Etats baltes ou encore sur une soi-disant « censure » qu’exerceraient les démocraties libérales occidentales .
Ces positions résonnent aujourd’hui fortement au sein de la « bollosphère » , puisque Xenia Fedorova a son rond de serviette chez CNews et Europe 1, une « carte blanche » hebdomadaire dans le JDNews et un livre publié chez Fayard.
Le cas de l’ex-directrice de RT France alarme jusqu’au Quai d’Orsay, qui a détaillé son alignement avec les discours officiels du Kremlin dans une note interne consultée par Le Monde . La charge de Maud Bregeon ce mercredi n’est techniquement pas la première du gouvernement contre Xenia Fedorova. Le 15 mai, cette dernière s’était fait tacler sur le réseau social X par French Response , un compte qui dépend du ministère des Affaires étrangères et s’est fait connaître par ses messages grinçants et cinglants.
Après une chronique où la Russe évoquait la corruption en Ukraine, le compte du Quai d’Orsay avait répliqué : « le système est plus simple » en Russie, « pas de scandale quand il n’y a plus personne pour enquêter » . Cité par Le Monde , le porte-parolat du ministère décrit « Mme Fedorova » comme un « relais de propagande du régime » , mais considère qu’il « n’appartient pas » au ministre des Affaires étrangères « de commenter plus en avant les choix éditoriaux de tel ou tel média » .
La balle est renvoyée au ministère de l’Intérieur qui, avec la préfecture de police de Paris, ont renouvelé pour dix ans le titre de séjour de Xenia Fedorova en août 2024. Interrogés sur le sujet par Le Monde , Gérald Darmanin et Laurent Nuñez, qui étaient respectivement ministre et préfet, n’ont pas répondu.
