Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils.
Pour des millions de Français, ce 25 mai 2026 est une journée de travail comme les autres. Un cas particulier qui rapporte des milliards aux caisses de la sécurité sociale.
«Le lundi au soleil, c’est une chose qu’on ne voit jamais» . La chanson de Claude François tourne peut-être dans les têtes de millions de Français ce 25 mai. Pendant que le pays connaît un pic de chaleur soudain , et alors même que lundi est un jour férié, nombre de personnes se rendent au bureau comme n’importe quel jour de la semaine. Car depuis plus de 20 ans, férié ne signifie plus forcément chômé. La faute à la «journée de solidarité », une mesure mise en place par Jacques Chirac suite à la canicule meurtrière de 2003. L’exécutif cherchait alors à trouver des fonds pour financer une Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). L’idée de faire travailler «gratuitement» les actifs s’est alors imposée. Elle rapporte environ 3,5 milliards d’euros par an.
Concrètement, l’idée est de demander aux employeurs de verser à la CNSA une contribution de 0,3% de la masse salariale. Les revenus du capital (0,3 % des revenus des placements et des revenus du patrimoine) y sont également soumis tout comme les retraités à hauteur de 0,3 % de leurs pensions. En revanche, ce n’est pas le cas pour les professions libérales. De fait, depuis 20 ans, les entreprises sont libres de choisir le jour férié qu’elles veulent, même si le lundi de Pentecôte est souvent celui sélectionné. Il a en effet le double bénéfice de ne jamais tomber le week-end (contrairement au 8 mai par exemple) et de ne pas être vraiment une fête religieuse, théologiquement parlant, la Pentecôte a lieu le dimanche précédent.
Au final, seule une minorité d’actifs travaillent ce jour-là. La seule étude disponible, réalisée par un groupe de services en ressources humaines, Randstad, pointe que 30% d’entre eux seulement se rendent au travail. Toutefois les chiffres datent de 2016. Au fil des années, cette «journée de solidarité» a été progressivement allégée. Depuis 2008, le lundi de la Pentecôte est redevenu férié et les entreprises fixent librement la date ainsi que les modalités de cette journée de solidarité. De fait, entre prendre un autre jour férié, un jour de RTT, un jour de congés payés ou encore fractionner du temps sur l’année, les options sont variées. Qu’importe, le mécanisme reste rentable pour les caisses de la sécurité sociale. Selon la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, la contribution des actifs a rapporté 2,5 milliards d’euros en 2025, tandis que la part versée par les retraités s’élève à 1 milliard d’euros.
Au point que l’idée a fait des émules ces dernières années. Fin 2024, en pleine tempête après les révélations du livre de Victor Castanet, Les fossoyeurs (Fayard, 2022), une réflexion nationale avait émergé sur le financement du secteur des Ehpad. Le ministre de l’Économie d’alors, Antoine Armand, a ainsi semblé séduit par la possibilité d’instaurer une seconde journée de solidarité . Selon le patron de Bercy, les Français travaillaient moins, au long de leur vie, que leurs voisins.
Plus récemment, le centriste François Bayrou, alors premier ministre, avait proposé la suppression de «deux jours fériés» . Il espérait viser un rendement de 4,2 milliards d’euros dès 2026. Cette mesure «n’est pas du tout la même chose» qu’ «une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises», avait pointé le locataire de Matignon.
