« Le compte n’y est pas. » Lors d’un comité interministériel ce vendredi 29 mai, Sébastien Lecornu s’est montré insatisfait des mesures qui lui ont été proposées pour poursuivre la lutte contre le narcotrafic. Le Premier ministre a par conséquent annoncé la reprise en main du dossier par Matignon, avant la présentation de nouvelles mesures.
« Les propositions formulées sont techniques et insuffisantes. Il faut un changement de braquet. Matignon va s’investir dans le dossier car cela ne saurait être seulement que le sujet du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et du garde des Sceaux Gérald Darmanin » , a déclaré le chef du gouvernement, selon son entourage à l’AFP.
Son entourage a tenu à préciser qu’il ne s’agissait « en aucun cas » d’un recadrage des ministres de l’Intérieur Laurent Nunez et de la Justice Gérald Darmanin, tous deux en première ligne sur ce sujet. Mais ils ne peuvent pas le porter « tous seuls » , selon la même source. Le locataire de la place Beauvau plaide depuis plusieurs semaines pour une action plus globale, estimant que cette « guerre » , comme il la nomme, ne peut pas être menée par son seul ministère.
Le comité présidé par Matignon avait pour objectif de mettre en place une action globale du gouvernement dans le domaine, allant de la prévention (éducation, santé, travail) à la répression (police, justice, lutte contre le blanchiment). Ce, alors que les meurtres liés au narcotrafic sont de plus en plus nombreux , avec une implication croissante de mineurs, en tant que victimes ou auteurs. Fin mai, le procureur de Grenoble a ainsi dressé un bilan effroyable des six derniers mois : dix hommes tués par balle dans la ville et ses alentours depuis le 1er décembre 2025.
En novembre, le président Emmanuel Macron avait organisé à l’Élysée une réunion en urgence, après plusieurs faits criminels dont l’assassinat en pleine rue à Marseille de Mehdi Kessaci, le jeune frère d’Amine Kessaci , un militant très engagé dans la lutte contre le narcotrafic et désormais élu municipal à Marseille. Quatre réunions au total se sont tenues à l’Élysée sur le sujet, la dernière le 17 mars. Celle de ce vendredi devait, selon Le Parisien, aboutir à une conférence de presse avec des annonces. Qui ont donc été reportées.
Un nouveau comité interministériel se tiendra « prochainement » avec « une méthode différente » . Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray, « qui a dressé l’état de la situation dans les établissements scolaires, sera également une partie prenante de première ligne sur ce dossier » , a ajouté le Premier ministre.
L’ensemble des services compétents et les ministres présents (douze en tout, des Affaires Étrangères au porte-parolat) ont ainsi souligné les « profondes mutations en cours » de la criminalité organisée marquée par sa « mondialisation » , sa « numérisation » , son « rajeunissement » , et sa « désinhibition » .
