Le même maillot… Et c’est bien tout. Après la taxation des superprofits ou la réforme des retraites, Marine Le Pen et Jordan Bardella affichent une position sensiblement différente sur un autre sujet, pourtant récurrent à l’extrême droite : le cas Gérald Darmanin . Alors que le ministre de la Justice est soumis à une intense pression sur l’affaire Lyhanna , les deux têtes du Rassemblement national n’appréhendent pas son rôle de la même manière.
Le président du RN a effectivement estimé ce jeudi 11 juin que le garde des Sceaux aurait dû proposer son départ. « L’affaire est d’une particulière gravité et, au regard de ce contexte, le chef de l’administration, c’est-à-dire le ministre de la Justice, aurait, à mon sens, dû par honneur présenter sa démission au président de la République » , a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse en Belgique, aux côtés de ses alliés d’extrême droite.
Problème : Marine Le Pen disait autre chose… Deux jours plus tôt. Pour la candidate du RN à l’élection présidentielle (jusqu’à la décision de justice dans l’affaire des assistants parlementaires), son camp ne « peut pas faire des appels à la démission en permanence. » « Et il va être remplacé par qui ? » , avait-elle répondu aux journalistes qui l’interrogeaient, à l’Assemblée, pour balayer les questions sur la stratégie de défausse de Gérald Darmanin.
Pas sur la même ligne concernant l’attitude que le locataire de la place Vendôme devrait adopter, la figure de proue du RN et son dauphin s’accordent malgré tout sur les défaillances globales et le rôle de l’exécutif dans son ensemble.
« L’État a très largement été défaillant » , a ainsi jugé le président du RN, ce jeudi. En présentant sa démission, Gérald Darmanin aurait donc pu « reconnaître la faute de l’administration dans cette affaire, ce qui ne veut pas dire reconnaître sa responsabilité personnelle » . « C’est à la tête de l’État qu’il faut surtout changer les choses » , avait pour sa part indiqué Marine Le Pen depuis les travées de l’Assemblée.
Peut-être anecdotique, ce nouvel épisode vient garnir la liste des désaccords plus ou moins vifs qui alimentent la relation entre les deux figures d’extrême droite. Le plus significatif est sans doute à retrouver du côté des retraites.
Jordan Bardella a déjà indiqué (à la presse allemande) son souhait de revenir sur la réforme portée par Marine Le Pen depuis 2022 - en supprimant l’épineuse question de l’âge légal de départ. Elle, maintient mordicus sa promesse de revenir à 62, voire 60 ans - avec 40 à 42 années de cotisation. Les deux doivent se retrouver vendredi 12 juin, avec leurs entourages respectifs, pour régler, sinon gommer, ces dissensions. L’ordre du jour de la réunion vient tout juste de s’allonger.
