Si la bande dessinée Persepolis et son adaptation en film ont marqué de manière indélébile l’engagement militant de Marjane Satrapi pour la liberté en Iran, elles n’étaient qu’une partie du combat de l’artiste, dont on a appris la mort à 56 ans ce jeudi 4 juin, contre le régime de Téhéran.
Dès sa plus tendre enfance, elle avait été marquée par la Révolution islamique de 1979, qu’elle racontait dans Persepolis , la bande dessinée qui l’a révélée en France et à l’international et dont les quatre tomes, sortis entre 2000 et 2003, ont été interdits en Iran.
En 2007, l’adaptation cinématographique de sa BD, présentée au Festival de Cannes, avait provoqué la colère du régime iranien. Téhéran avait accusé le plus grand festival de cinéma au monde « d’acte politique ou même anticulturel » pour avoir sélectionné le film Persepolis en compétition.
« C’est une histoire qui est universelle. Je souhaiterais que les Iraniens le voient, comme tous les gens du monde, mais surtout que les autres le voient, parce que les Iraniens savent très bien qu’ils ne sont pas des clichés. Mais les autres doivent le savoir » , disait-elle en interview, quelques jours avant de recevoir le Prix du jury cannois pour son film, coréalisé avec Vincent Paronnaud.
« Le vrai ennemi de la démocratie, ce n’est ni une personne, ni un régime, ni un gouvernement. Le vrai ennemi de la démocratie, c’est la culture patriarcale. C’est cette culture-là qu’il faut combattre. La démocratie, ça passe par l’émancipation des femmes, et l’émancipation n’est possible que par l’éducation, l’instruction et le travail » , prônait-elle encore.
Elle continuait depuis la France, où elle s’était installée en 1994, son combat pour son pays natal . Elle était notamment l’une des voix du mouvement « Femme, vie, liberté » après la mort le 16 septembre 2022 de la jeune Mahsa Amini , décédée trois jours après son arrestation par la police des mœurs iranienne pour « port de vêtements inappropriés » . Marjane Satrapi avait alors réuni 20 dessinateurs et experts pour raconter cette véritable révolution féministe dans un roman graphique.
En dehors de son travail d’autrice, réalisatrice et peintre, Marjane Satrapi était de toutes les manifestations pour la liberté en Iran. « Cette question, à savoir si le peuple iranien veut la démocratie, il le crie haut et fort : “je veux la démocratie”, sauf que ce cri n’est jamais entendu. Là, ça commence à être entendu par la Terre entière, par le monde entier donc il est temps aussi qu’il y ait une solidarité internationale. La paix en Iran, la prospérité en Iran, c’est la paix dans la région et c’est la paix dans le monde. Donc même si les gens, ils s’en foutent complètement des Iraniens, pour leur propre paix, pour leur propre vie, il faudrait qu’il y ait la paix dans cette région » , déclarait-elle lors d’un rassemblement pour le peuple iranien sur la place de la Bastille, à Paris, en 2009.
Voix puissante pour la liberté en Iran, elle avait également marqué les esprits en 2025 lorsque le président français Emmanuel Macron avait proposé son nom pour recevoir la Légion d’honneur . Distinction qu’elle avait refusée en dénonçant « l’attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran » , qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.
« Depuis un moment, j’ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l’Iran » , avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de « jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas » .
« Le refus de la Légion d’honneur n’est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j’aime profondément ce pays qui est le mien. Au contraire, pour que la France reste fidèle à elle-même. Je serai honorée lorsque tous les défenseurs de la liberté le seront à mes côtés » , avait tenu à préciser celle qui avait obtenu la double nationalité en 2006. Alors que la révolte contre la République islamique d’Iran n’a jamais été autant d’actualité, son combat artistique et politique perdure.
