Raphaël Glucksmann a affiché sa détermination à être candidat à la présidentielle, samedi 13 juin, lors de son premier meeting à Aubervilliers, près de Paris. Un succès auprès des militants, notamment socialistes, à la recherche d’une boussole. Bien que le programme politique, lui, soit encore loin d’être solide.
Il y a un sujet Glucksmann . Le leader de Place publique fait toujours la course en tête des sondages parmi les candidats de la gauche sociale-démocrate à l’élection présidentielle, dont la liste ne cesse de s’allonger. Son meeting du 13 juin aux Docks de Paris, certes n’a pas eu l’audience du rassemblement de Jean-Luc Mélenchon une semaine plus tôt dans les rues de Saint-Denis, mais a été un vrai succès auprès des militants, notamment socialistes, à la recherche d’une boussole. Son livre ( Nous avons encore envie , Ed. Allary), paru fin mai , est un essai sympathique dont on a peine à critiquer la moindre page, tant son héritage revendiqué de Pierre Mendès France et du Général de Gaulle appelant à un « pacte entre la grandeur de la France et la liberté du monde » ravira tout un chacun. Mais Raphaël Glucksmann a-t-il vraiment l’étoffe d’un chef d’Etat ?
« Il n’y a personne d’autre » , se consolait, mi-ravi mi-inquiet, ce militant à la sortie, sur le chemin du métro, reconnaissant cependant qu’il serait bon que son champion « quitte les habits de ministre des Affaires étrangères » . Car les avertissements incessants du candidat sur les menées de Poutine, pour impératifs et courageux qu’ils soient, ne font pas un programme politique. Et là, ça se gâte.
Oublions, pour être charitable, les diatribes contre « les subventions massives de l’Etat à l’école privée » ou pour la « taxation des super-successions et des patrimoines » … Promesses de meeting, qui n’engagent que ceux qui les écoutent. Car on ne devient pas président de la République en rallumant la guerre scolaire ou la lutte des classes.
Vient alors le corps du discours : « Les Français ne sont pas libres, parce qu’ils ne sont pas souverains » . Très bien. Vient le développement, abrupt : « Nous sommes drogués aux énergies fossiles, aux produits industriels chinois et à la technologie de la Silicon Valley. » Le premier point ne surprendra pas pour qui se souvient que le député européen est entré en politique par l’écologie, mais ne devrait pas rassurer ceux qui ont besoin de leur voiture tous les jours. A moins qu’ils croient au futur du leasing de la voiture électrique à 100 euros , financé par « la taxation des superprofits des multinationales pétrolières » … Le Parti communiste chinois, « qui a ratiboisé notre industrie secteur par secteur » , verra, lui, son compte réglé par une barrière aux frontières et un « Buy european Act ». Bon courage à Bruxelles ! Quant à la lutte contre « les oligarques de la Silicon Valley, que nous ne laisserons pas prendre possession de nos vies » , le propos, très applaudi, relève de la pure fantasmagorie.
Oui, assurément, Raphaël Glucksmann est un beau parleur. Et pendant ce temps-là, François Hollande « se prépare » …
Journaliste, né le 15 juillet 1953, Vincent Beaufils est diplômé de l’école des Hautes Etudes Commerciales (HEC).
Il devient rédacteur à 50 millions de consommateurs , rédacteur puis Chef d’Enquêtes à L’Expansion , rédacteur en chef des Forums de L’Expansion , rédacteur en chef adjoint de La Vie Française puis de L’Express , rédacteur en chef délégué puis rédacteur en chef du Nouvel Economiste , conseiller de la Rédaction en chef du Nouvel Observateur , rédacteur en chef du magazine L’Essentiel du management devenu Management , directeur de la rédaction, puis directeur de la publication du magazine Challenges .
