Une solution à deux États, israélien et palestinien, discutée à Paris ce vendredi lors d’une conférence internationale. C'est la suite d'une initiative lancée l'année dernière par la France et l'Arabie saoudite : une volonté de raviver la solution à deux États pour mettre fin au conflit israélo-palestinien. Mais sur le terrain, la solution à deux États paraît de plus en plus improbable.
La création de deux pays vivant côte à côte, un État d’Israël et un État palestinien, envisagé en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec sa propre souveraineté dans les frontières d'avant 1967 et avec une capitale Jérusalem-Est. Pour Paris comme de nombreuses capitales, la solution à deux États reste la seule solution envisageable. De l'ONU, à l'Union européenne, en passant par les pays arabes et même Washington, c'est la position officielle de la majorité des chancelleries. C'est l'idée qui a guidé les multiples cycles de négociation, des Accords d'Oslo en 1993 aux discussions de Camp David, Taba, Madrid, etc. Tout au long de ce processus sans fin, la Palestine a obtenu la reconnaissance de 80% des pays membres de l'ONU, dont la France l'an dernier.
Un État palestinien viable suppose plusieurs éléments à commencer par une continuité territoriale et un contrôle des frontières notamment. La réalité sur le terrain dit tout l'inverse. Rapport après rapport les organisations internationales, palestiniennes et israéliennes énumèrent les obstacles, essentiellement du à la politique israélienne : l'expansion incessante des colonies illégales en Cisjordanie occupée, accompagnée des violences commises par les colons, les confiscations de terre et le déplacement des Palestiniens, à des niveaux jamais vu depuis 1967, l'assèchement des finances de l'Autorité palestinienne. Le tout, approuvé par le gouvernement Netanyahu qui ne cache pas son intention d'empêcher l'établissement d'un État palestinien. Et puis bien-sûr, il y a l'anéantissement de Gaza qu' Israël a annoncé vouloir contrôler à 70%, tout en entravant l'aide aux Palestiniens de l'enclave.
C'est que malgré tout, il n'existe pas aujourd'hui d'autre solution bénéficiant d'un aussi large consensus. À Paris ce vendredi, 150 membres de la société civile dont des Palestiniens et des Israéliens ont été conviés à penser et formuler des recommandations pour des pistes concrètes en matière de gouvernance notamment, ou de sécurité. L'idée est de soumettre ces pistes aux représentants des gouvernements présents, en vue du Sommet du G7 à Evian qui s'ouvre lundi prochain. Un des participants, palestinien, nous confiait son espoir de faire entendre aux dirigeants mondiaux des voix et des solutions venues du terrain.
Par ailleurs, plusieurs voix palestiniennes comme israéliennes non conviées à Paris ont qualifié le rendez-vous de « mascarade ». C'est le cas par exemple de la militante franco-israélienne Yaël Lerer interrogée par RFI. Pour elle, il s'agit là surtout de masquer l'absence de mesures fortes visant à contraindre Israël. La Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, de son côté, rappelle l'obligation des États dont la France, à agir contre l'occupation. Avec d'autres, elle appelle à aller au-delà des sanctions ciblées, comme celles prises par la France et plusieurs pays à l'encontre du ministre israélien Bezalel Smotrich par exemple. Et plutôt, comme l'a fait l'Espagne, de revoir ses liens commerciaux avec Tel Aviv. Sans cela, les États risquent dit-elle, de continuer à financer indirectement la colonisation à travers l'importation de produits fabriqués dans des colonies ou des investissements dans des sociétés actives sur ces territoires. Sur ces mesures, le consensus est loin d'être acquis en Europe.
Pour les autorités françaises, avec le rendez-vous de ce vendredi, il est surtout question de remettre sur la table une perspective politique pour les Israéliens et Palestiniens de bonne volonté à l'heure où la guerre en Iran a détourné l'attention internationale de la question palestinienne.
