DANS LES ARCHIVES – Série Guerre froide (4/6). Octobre 1962 : le monde vacille. De l’annonce du blocus américain au démantèlement des rampes de lancement soviétiques, « Sud Ouest » a été le relais d’une escalade qui a failli plonger l’humanité dans l’apocalypse nucléaire. Retour sur la crise des missiles de Cuba
Tout bascule dans l’ombre, peu avant que le grand public ne découvre l’ampleur du péril. Le 15 octobre 1962, un avion espion de Washington identifie une installation de lance-missiles aux portes de la Floride sur le sol cubain, pays alors communiste et allié de l’URSS. Le président américain Kennedy réagit immédiatement en organisant un sommet en urgence.
Le lundi 22 octobre au soir, lors d’une allocution radiotélévisée historique, les États-Unis annoncent l’instauration immédiate d’une « stricte quarantaine » pour intercepter tout matériel militaire en route vers La Havane.
Cette décision radicale marque le passage d’une surveillance aérienne à une confrontation directe. Elle est l’acte de naissance d’une démonstration de puissance qui va faire trembler la planète.
23 octobre 1962 : l’ultimatum de Kennedy. La crise éclate au grand jour à la Une du journal : « Épreuve de force engagée entre Washington et Cuba ». « Sud Ouest » rapporte que depuis la veille au soir, « la flotte US intercepte tout matériel militaire destiné à La Havane ». Le choix de l’image n’est pas anodin. L’imposant porte avion américain montre une escalade dangereuse, qui pourrait avoir des conséquences dramatiques. L’armée américaine se prépare au pire : « La base américaine de Guantanamo renforcée. »
24 octobre 1962 : la peur du choc frontal. La tension est à son comble. Le monde craint la première étincelle qui déclenchera le plus grand feu que le monde n’ait jamais connu. Le journal titre avec effroi : « Navires adverses en contact dans les prochaines 24 heures ». Les consignes données à la marine américaine font frémir : « Les unités US ont reçu l’ordre de couler tout forceur de blocus. » De son côté, Moscou réagit violemment à ce qu’il considère comme un « défi sans précédent ». À l’ONU, la diplomatie tente de s’interposer : le délégué soviétique demande « Négocions à trois ».
25 et 26 octobre 1962 : l’espoir d’un recul. Qui clignera des yeux le premier ? Le 25 octobre, une lueur d’espoir traverse les colonnes du quotidien : « Les bateaux russes renoncent-ils à forcer le blocus de Cuba ? » Khrouchtchev, cherchant une porte de sortie, se montre « favorable à une conférence au sommet ». Le Pentagone annonce que certains navires « semblent avoir changé de direction ». Le journal confirme le lendemain que « 12 navires russes ont fait demi-tour ».
Fin octobre - début novembre 1962 : la méfiance diplomatique. Si le pire a été évité, les armes sont toujours sur l’île. Pendant le séjour du secrétaire général de l’ONU U Thant à La Havane, « Sud Ouest » titre le 31 octobre sur une « Levée provisoire du blocus et de la surveillance aérienne de Cuba ». Mais les Américains sont intransigeants. Le 2 novembre, le journal annonce : « Cuba : blocus rétabli en l’absence de tout contrôle réel du démantèlement des bases ». Washington « durcit sa position et réclame le départ des bombardiers russes stationnés dans l’île ».
12 novembre 1962 : le réveil d’un cauchemar. La crise se dénoue enfin. L’URSS retire ses armes offensives. Le journal peut annoncer la nouvelle tant attendue : « Il n’y a plus de fusées soviétiques à Cuba. » Néanmoins, la méfiance reste de mise chez les Américains, car « Washington, pour en être certain, veut toujours inspecter sur place ».
L’onde de choc de cette crise traverse l’Atlantique et vient percuter une France déjà secouée par ses propres turbulences politiques. Alors que le spectre d’une Troisième Guerre mondiale plane sur le monde, les Français cherchent un homme fort pour tenir la barre du pays.
Fin stratège, le général de Gaulle saisit ce climat d’incertitude pour avancer ses pions : il dégaine un référendum visant à élire le président au suffrage universel direct. Son opposition réclame le report du scrutin, consciente que l’angoisse ambiante joue mécaniquement en faveur du général. La manœuvre échoue : le vote aura bien lieu le 28 octobre 1962, scellant l’ambition gaulliste par un « oui » retentissant avec 62,25 % des suffrages exprimés.
Cette crise, qui n’aura duré que quelques jours, modifiera durablement les relations internationales. Devant l’effroi d’une destruction mutuelle assurée, Washington et Moscou décideront de l’installation du « Téléphone rouge », une ligne de communication directe pour éviter qu’un tel malentendu ne se reproduise. L’apocalypse a cligné des yeux.
