Quatre jeunes hommes ont été inculpés et écroués, le week-end du 23-24 mai à Paris. Ils sont soupçonnés d'être impliqués dans une tentative de meurtre contre l'opposant algérien Hichem Aboud, en février 2025 dans le nord de la France. Ancien officier algérien et journaliste très critique du pouvoir en place, Hichem Aboud est visé depuis plusieurs années par un mandat d'arrêt international. Ce n'est pas la première fois que la vie du journaliste est menacée.
Parmi les suspects, trois ont été inculpés pour tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. Le quatrième l'a été pour complicité de cette tentative de meurtre et association de malfaiteurs terroriste criminel. Ils ont été placés en détention provisoire. Les enquêteurs avaient découvert un contrat sur la tête de l'opposant algérien Hichem Aboud, dans le cadre d'investigations pour une toute autre affaire.
Après avoir remonté un groupe sur la messagerie cryptée Signal, ils avaient retrouvé une équipe d'exécutants qui avait pour consigne de se rendre à Roubaix pour tuer le journaliste, en échange d'une somme de 10 000 euros. Le plan avait finalement échoué, Hichem Aboud ne se trouvant pas à Roubaix – il n'était même pas en France – comme l'avait prévu par le groupe d'exécutants. C'est par voie de presse que Me Dalil Essakali, avocat de Hichem Aboud, a appris cette tentative d'assassinat, il y a plus d'un an. Il s'agit déjà de la quatrième, selon le journaliste, qui affirme avoir été pris pour cible en Belgique à Liège en 2021, et plus récemment en Espagne, du côté de Madrid et Barcelone.
Avec la décision d'inculper et écrouer les suspects, l'avocat espère que justice pourra être rendue : « Vu les faits reprochés aux personnes qui ont tenté d'enlever et assassiner mon client depuis 2021, aujourd'hui, je suis persuadé que ces quatre tentatives d'assassinat vont être traduites rapidement devant la justice de mon pays. »
Pour Hichem Aboud, l'ouverture d'une information judiciaire pour des faits liés au terrorisme marque une reconnaissance de la gravité de sa situation par la justice française. Son avocat souligne qu'il est enfin « pris au sérieux », ajoutant que « jusqu'à maintenant, ses plaintes n'avaient pas abouti ». Deux d'entre elles avaient d'ailleurs été classées sans suite par le Parquet national antiterroriste (Pnat) en mai 2023, comme l'ont confirmé les avis consultés par l'AFP.
Malgré ces obstacles, Hichem Aboud a persisté dans sa démarche. Il a déposé une plainte avec constitution de partie civile en février 2025, ce qui a conduit à la saisine récente d'un juge d'instruction pour enquêter sur les événements survenus à Liège et à Paris, toujours selon son avocat. Parallèlement, vendredi 22 mai encore, il a porté plainte pour provocation publique à commettre un crime, accusant « un islamiste businessman » désormais « aux services du régime algérien » d'avoir « appelé à le tuer », sur Facebook le 18 mai, d'après sa plainte dont l'AFP a eu connaissance.
Hichem Aboud est l'auteur de La mafia des généraux, paru en 2002, un ouvrage interdit en Algérie . Très critique durant sa carrière des arcanes du pouvoir algérien, le journaliste et ancien officier des services secrets algériens a été condamné par contumace en 2021 à sept ans de prison ferme, avec l'émission d'un mandat d'arrêt international pour « atteinte à l'unité nationale », par le tribunal de Chéraga à Alger. Il avait effectué un bref retour en Algérie en 2011, à la faveur d'une accalmie politique durant laquelle il a créé deux journaux, finalement suspendus en 2013
L'homme de 70 ans dit aujourd'hui ne pas se sentir en sécurité en France, malgré plusieurs demandes de protection, et vit désormais entre l'Hexagone et le Maroc. « Si j'ai échappé à la tentative de février 2025, c'est parce que j'ai trouvé protection au Maroc , confie le journaliste au micro de Sophiane Amazian . Je suis rentré au mois de mai. Si j'étais rentré en France, je ne serais plus de ce monde . » Son avocat doit rencontrer, mercredi 27 mai, le procureur anti-terroriste pour réclamer des mesures de protection, car « la vie de (son) client est en danger, il y a urgence absolue ».
