La contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, a rendu public son rapport annuel ce jeudi. Elle s’inquiète notamment de l’augmentation de la violence engendrée par la surpopulation.
« Entre fin 2024 et fin 2025, cinq détenus ont été tués par leur codétenu » écrit la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, dans l’avant-propos de son rapport annuel, rendu public ce jour*. « Une peur palpable traverse les coursives, ajoute-t-elle. Peur d’un mauvais coup, peur d’être esclavagisé en cellule, peur des bagarres en promenade. Peur des bestioles porteuses de maladie. Peur de mourir d’une crise, d’une maladie ».
En cause ? La surpopulation carcérale qui atteint, au 1er avril 2026, 171 % d’occupation moyenne en maison d’arrêt, avec 7 540 matelas au sol (contre 4 752 un an plus tôt). Plus de la moitié des 88 145 détenus sont hébergés dans des prisons dont le taux d’occupation dépasse les 150 %. « Imaginez la panique d’être parqué dans un espace minuscule en compagnie d’un être qui vous terrorise. Sans échappatoire, écrit encore D. Simonnot. Emprisonnés pour de petits délits, ils devraient être dehors aujourd’hui, les voilà enterrés ».
De cette suroccupation découle l’essentiel des problèmes qu’elle est chargée de constater et de rendre publics. En 2025, la CGLPL a effectué 138 visites de contrôle d’établissements et été destinataire de 2 942 courriers. Voici les constats :
— Espace individuel réduit à moins de 3 m²; on y vit et on y dort à 3, parfois 4 dans 9 m².
— Personnel en sous-effectif structurel, ce qui engendre heures supplémentaires et épuisement, absentéisme, saturation des services : il manque 5 000 surveillants et plus de 1 000 conseillers pénitentiaires.
— Établissements anciens et vétustes : rats, puces de lit, moisissures, équipements cassé ou inexistant.
— Conditions de détention indignes, impossibilité de garantir l’intégrité psychique et physique des détenus.
— Difficultés d’accès aux soins…
— Accès au travail défaillant (moins de 20 % des détenus sont occupés).
On apprend qu’un détenu coûte 3 900 euros par mois. « Sacré loyer pour de pareilles conditions » ironie la CGLPL. Encore un chiffre : 30 % des détenus sont atteints de graves troubles mentaux.
Tout cela est connu, il n’y a rien de nouveau dans le rapport annuel 2025 du CGLPL, juste des situations qui s’aggravent. Dans l’indifférence générale. Jusqu’au moment où éclate un scandale, mais pas celui auquel on s’attendrait quand on lit ce rapport. Non, le scandale, c’est celui par exemple de la présence d’une table de massage à la Maison d’arrêt de Nîmes qui conduisit, en août 2025, le garde des Sceaux Gérald Darmanin à repousser sa visite en raison de la polémique. « Il est extrêmement regrettable de se focaliser sur quelque chose d’aussi insignifiant qu’une table, notamment dans une prison où les gens s’entassent avec un taux d’occupation de 250 % », confiait alors D. Simonnot à nos confrères de France 3 Occitanie .
Le 13 mars dernier, Gérald Darmanin a suspendu les sorties culturelles et sportives en raison des évasions qui venaient de se produire à plusieurs reprises lors de ces événements. Décision invalidée en référé par le Conseil d’État qui l’a jugée disproportionnée au regard de l’objectif poursuivi (voir la décision et notre compte-rendu d’audience ). L’information a déclenché un nouveau scandale, révélant une fois de plus l’ampleur de l’ignorance par l’opinion publique de l’état des prisons .
Le rapport de la CGLPL sort en plein épisode de canicule. Et l’on songe à tous ceux qui, en plus de ce qu’on vient de décrire, vont devoir supporter des températures dépassant parfois les 40° dans des cellules dont les fenêtres ne s’ouvrent pas, et sans accès à une douche. Nous en parlions ici .
Pour autant, Dominique Simonnot garde espoir. Visite après visite, la sensibilisation fait son œuvre, et des améliorations, certes timides, insuffisantes, mais réelles surviennent. Par ailleurs, elle a combattu sans relâche pour limiter la surpopulation. Le 2 juillet 2025, le président de la commission des lois de l’assemblée nationale a promis l’élaboration d’un texte qui ferait sortir les détenus quelques mois avant la fin de leur peine (notre article ici ). Gageons que, là encore, la méconnaissance de l’état réel des prisons en France servira de terreau à une nouvelle et regrettable polémique…
Pourtant, l’information est largement disponible, notamment sur le site de la CGLPL. Mais journalistes et politiques le savent bien, la prison n’est pas un sujet « bankable ». Elle n’intéresse ni le lecteur de journaux, ni l’électeur.
*Le rapport annuel 2025 est publié chez Dalloz-Lefebvre et sera en ligne sur le site à compter du 9 juillet.
