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internationalvia France Info — Monde··8 min de lecture

REPORTAGE. "Le faste à la France, le néfaste à la Suisse" : à Genève, les contraintes liées à la sécurité du G7 d'Evian laissent un goût amer aux Helvètes

Par Tom Levy · Fondateur & directeur de la publication

Personnalités citées :Emmanuel MacronGuy ParmelinMauro PoggiaCarole-Anne Kast
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Le contexte

Le sommet du G7 se tient à Evian, en France, et implique des mesures de sécurité strictes qui affectent la Suisse voisine. La ville de Genève, bien que non impliquée dans l'organisation, doit gérer les conséquences de cet événement international. Les relations entre la France et la Suisse sont mises à l'épreuve par cette situation.

Ce qu'il faut retenir

Le sommet du G7 à Evian entraîne des mesures de sécurité qui perturbent la ville de Genève, avec des contrôles aux frontières et des fermetures de routes. Les autorités suisses expriment leur mécontentement face à l'absence de concertation avec la France. Les habitants de Genève ressentent un impact économique négatif, avec des annulations dans les hôtels et des perturbations dans le trafic. Le président suisse a écrit à Emmanuel Macron pour demander une aide financière pour couvrir les coûts de sécurité liés à l'événement.

Ce que ça change

La situation met en lumière les tensions entre la France et la Suisse concernant l'organisation d'événements internationaux. Les frustrations exprimées par les élus suisses pourraient influencer les relations bilatérales à l'avenir. Les pertes économiques pour Genève soulignent l'importance d'une meilleure coordination entre les deux pays lors de tels sommets.

L'article complet

Source originale sur francetvinfo.fr

La sécurité drastique mise en place durant le sommet va affecter, durant quelques jours, la ville suisse, où la plupart des délégations vont atterrir. Au point d'irriter certains habitants et élus.

Une dizaine de dirigeants, environ 5 000 journalistes et membres de délégations, et plus de 14 000 policiers. Lundi 15 juin, la ville d'Evian, en Haute-Savoie, va devenir le centre d'une intense activité diplomatique, à l'occasion du sommet annuel du G7 . Mais de l'autre côté du lac Léman, à Genève, cette agitation est observée avec un certain agacement. Car si la Suisse ne participe pas à la grand-messe du Groupe des sept, elle doit cette année contribuer à son bon déroulement. Et pas vraiment par choix.

Selon un rapport officiel relayé par le média suisse Blick , la Confédération helvétique a découvert que le sommet se déroulerait à Evian via une annonce d'Emmanuel Macron sur Instagram, en juin 2025, "sans la moindre concertation préalable" de Paris avec Berne. La rencontre se tient "à proximité immédiate de la frontière suisse" , mais "le canton de Genève n'est ni décisionnaire, ni associé à sa planification" , résume Carole-Anne Kast, conseillère d'Etat genevoise en charge de la sécurité. Problème : avec la venue d'une quinzaine de dirigeants – en comptant les pays invités –, le dispositif de protection du G7 dépasse très largement les limites de l'Hexagone.

Les contrôles aux frontières ont ainsi été rétablis entre la Suisse et la France, en amont du sommet et jusqu'au 19 juin. A peine le devine-t-on à l'arrivée en gare de Genève, samedi 13 juin. En plus des habituels contrôles aléatoires des bagages, il est demandé aux passagers de montrer leur pièce d'identité. Debout de chaque côté du couloir des arrivées, deux militaires jettent un rapide coup d'œil au passeport qu'on leur tend, sans même le prendre en main. "C'est bon, allez-y !" , lancent-ils d'un ton impatient.

La situation est plus complexe sur les routes. Vendredi matin, des files inhabituellement longues se sont formées à l'entrée du territoire suisse, rapporte La Tribune de Genève . En cause, la fermeture de 28 postes douaniers sur 35, pour centraliser les contrôles, ce qui a concentré le trafic. "Cela retarde les passages, et oblige notamment le secteur sanitaire à annuler et reporter de nombreuses interventions" , déplore Mauro Poggia, conseiller d'Etat issu du parti régionaliste et populiste Mouvement citoyen genevois.

Une portion de l'autoroute contournant Genève est aussi coupée à la circulation pour faciliter les déplacements des délégations, qui atterrissent pour la plupart à l'aéroport de la ville. Celui de Lyon, plus éloigné d'Evian et moins rodé aux protocoles diplomatiques, n'a pas été retenu dans l'organisation. " [On aurait] dû fermer aux participants au G7 la sortie de l'aéroport sur territoire suisse" , grince Mauro Poggia. Quitte à leur faire emprunter l'accès français, à Ferney-Voltaire, leur imposant un long détour jusqu'à Evian.

"L'élémentaire respect à l'égard d'un pays voisin aurait dû amener la France à examiner avec la Suisse les implications de l'organisation d'un tel sommet, à côté d'une ville qui accueille 40 organisations internationales."

Pour l'élu suisse, "cette privatisation [de l'autoroute] au profit du sommet du G7 (…) va générer un chaos routier". Les Genevois n'en avaient encore rien vu, samedi. "Tout le monde est arrivé en avance : on pensait que ce serait le bazar, mais ça roule bien !" , s'étonne Maëva, responsable du restaurant Chez ma cousine. Même constat dans un hôtel du centre-ville, qui a quand même anticipé les éventuels embouteillages. "Des chambres ont été réservées pour les employés qui habitent loin, et qui pourraient avoir du mal à rentrer chez eux" , confie une hôtesse d'accueil. La sécurité est aussi renforcée, notamment la nuit.

Car la principale préoccupation des habitants, à l'approche du sommet, est l'organisation d'une manifestation anti-G7 à Genève , dimanche. La ville avait déjà accueilli un défilé altermondialiste en 2003, lorsque le Groupe des huit – la Russie en faisait encore partie – s'était réuni à Evian. Les débordements et les dégradations de commerces de l'époque ont laissé un souvenir cuisant aux Suisses. "La France savait pertinemment qu'en faisant d'Evian un château-fort, la seule ville à proximité qui offrait la visibilité souhaitée [par les organisateurs du rassemblement] était Genève" , proteste Mauro Poggia.

La préfecture de Haute-Savoie a bien proposé aux militants No-G7 de se rassembler à Annemasse, pour un contre-sommet de deux jours. Mais les organisateurs ont refusé, refroidis par les importantes contraintes de sécurité qu'on leur imposait, relaie France 3 Auvergne-Rhône-Alpes . Les autorités suisses ont, de leur côté, validé le principe d'un défilé cantonné à la rive droite de Genève, loin du centre et de ses boutiques de luxe. Mais, d'un côté comme de l'autre du Rhône, la ville s'est préparée à tout risque de casse.

Dans une boulangerie du quartier des Pâquis, Yasmina observe des ouvriers occupés à monter des planches en bois sur la vitrine. La frontalière de 34 ans n'est pas particulièrement inquiète. "J'ai grandi à Paris, on a déjà vu bien pire !" , déclare-t-elle. "Mais les Suisses sont habitués au calme, alors ça leur fait peur." Sur la principale artère commerçante, les grandes enseignes se sont barricadées sur plusieurs mètres de haut, au point qu'on ignore quelles boutiques se cachent derrière certaines portes. Pour s'y retrouver, les clients doivent se pencher sur des feuilles scotchées ici et là, sur lesquelles on peut lire le nom du magasin et la promesse : "Ouvert pendant le G7".

"Ça ne donne pas envie…" , râle Ikram, une hôtesse de l'air belge, face au ballet incessant des voitures de police et des gendarmes qui patrouillent en gilet pare-balles . "D'habitude, on profite de notre escale à Genève pour faire un peu de shopping, mais c'est triste à voir, on ne va rien acheter !" Un peu plus loin, des touristes photographient la place de Longemalle, qui semble prête pour un siège, ou un Starbucks aux allures de cage, protégé par d'imposantes grilles métalliques. Faute de moyens pour abriter leurs devantures, des artisans y ont, eux, affiché des messages demandant aux casseurs de bien vouloir "respecter leur entreprise familiale".

Les commerçants n'ont pas eu le choix. "Les assureurs nous ont dit qu'ils ne rembourseraient les éventuels dégâts que si on protégeait nos vitrines" , explique Hervé, employé d'un loueur de voitures. "Cela fait un coût en plus, alors qu'on a des clients en moins." Malgré le soleil éclatant de ce samedi de juin, Genève tourne en effet au ralenti. "Les entreprises qui le peuvent ont appelé leurs salariés à télétravailler, et beaucoup d'habitants sont partis pour le week-end" , soupire Samir, un retraité croisé au bord du lac. Début juin, la Société des hôteliers de Genève disait enregistrer 10 à 15% d'annulations dans les établissements de la ville, à cause du G7, selon la RTS .

"Toute cette sécurité refroidit les clients. On peut tenir quelques jours comme ça, mais il ne faudrait pas que ça dure."

"Tout cela implique des millions de francs de [pertes] , observés avec indifférence" par Paris, affirme Mauro Poggia. Pour l'élu, la situation se résume en une phrase : "Le faste à la France, le néfaste à la Suisse !" Loin de se limiter à Genève, la frustration a atteint le plus haut niveau de l'Etat. Le président suisse, Guy Parmelin, a écrit à Emmanuel Macron en mai pour critiquer l'organisation du sommet et les dépenses qu'il engendre dans son pays, rapporte Le Canard enchaîné .

En 2003, la facture totale du G8 s'était élevée à 25 millions d'euros pour la Confédération. La France en avait payé un peu moins de la moitié. Cette fois, la coopération avec Paris est moins fluide. Berne a demandé "une participation financière (…) aux frais très importants de sécurité relatifs à cet événement, estimés à 25 millions de francs suisses" , soit 27 millions d'euros, rappelle Carole-Anne Kast. Son voisin a "répondu à ce jour par la négative" , assure la conseillère d'Etat genevoise.

Malgré les dissensions, la cité de Calvin assumera son rang de "ville internationale par essence" et veillera "à faciliter (…) le bon déroulement et la réussite d'un sommet organisé par la France" , garantit Carole-Anne Kast. Dans les rues de Genève, on est tout aussi résigné. "La diplomatie, c'est le fonds de commerce de la Suisse" , souligne Hervé, assis dans son agence désespérément vide. "On bénéficie tous des retombées économiques du rayonnement de Genève. Alors si on a des pertes pendant trois jours, on survivra."

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