Le vote venait à peine d’être annoncé que les applaudissements ont laissé place aux slogans. Ce mercredi 17 juin à Strasbourg, le Parlement européen a adopté une réforme majeure de sa politique de retour des migrants déboutés du droit d’asile.
Le texte, approuvé par 418 voix contre 218, vise notamment à faciliter les expulsions et ouvre la possibilité pour les États membres de conclure des accords avec des pays tiers afin d’y installer des centres destinés à accueillir les personnes visées par une mesure de renvoi. Mais dans l’hémicycle, c’est surtout l’ambiance qui a marqué les esprits.
Depuis les rangs de l’extrême droite, plusieurs élus ont lancé des « Send them back ! » , que l’on peut traduire par « Renvoyez-les chez eux ! » . Face à eux, des eurodéputés de gauche ont immédiatement répondu par des « Shame on you ! » , soit « Honte à vous ! » .
Cette réforme est l’une des conséquences directes du virage engagé ces dernières années par plusieurs gouvernements européens sur les questions migratoires.
Aujourd’hui, seule une minorité des décisions d’expulsion prononcées dans l’Union européenne est effectivement exécutée. De nombreux États réclamaient donc depuis plusieurs mois de nouveaux outils pour accélérer les retours.
Le règlement adopté mercredi répond à cette demande. Il permet notamment aux États qui le souhaitent de créer des structures hors du territoire européen afin d’y transférer des migrants en attente d’expulsion. Plusieurs pays, dont la Grèce, le Danemark, les Pays-Bas, l’Autriche ou encore l’Allemagne, réfléchissent déjà à de tels dispositifs.
Pour ses soutiens, le texte constitue une réponse à ce qu’ils considèrent comme l’impuissance européenne face à l’immigration irrégulière. L’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy a ainsi salué « une étape historique pour l’Europe » et la preuve que « le changement est possible » . Le ministre français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a lui aussi évoqué « une avancée majeure » pour renforcer la maîtrise des frontières et des flux migratoires.
À gauche, la lecture est radicalement différente. Les opposants au texte dénoncent depuis plusieurs mois les risques liés à la création de centres situés hors de l’Union européenne. ONG et élus craignent des atteintes aux droits fondamentaux ainsi qu’une externalisation croissante de la politique migratoire européenne.
Après le vote, plusieurs responsables de gauche ont prolongé la contestation sur les réseaux sociaux. L’eurodéputée socialiste Chloé Ridel a accusé l’Union européenne d’importer « la politique migratoire de Donald Trump en Europe » , dénonçant notamment des mesures qu’elle juge hostiles aux libertés individuelles et aux droits des exilés. Elle a évoqué « un jour sombre pour l’Europe et ses valeurs » .
L’élue insoumise Leïla Chaibi a fustigé une droite et une extrême droite « main dans la main » et dit ressentir « la nausée » face aux célébrations observées dans l’hémicycle.
Sa collègue Manon Aubry s’en est prise directement à Sarah Knafo, accusant la députée européenne de Reconquête ! de célébrer « la déportation massive de familles et d’enfants » .
L’eurodéputée Emma Fourreau a quant à elle dénoncé des élus « fiers » d’un texte qui, selon elle, permettra d’envoyer des milliers de personnes hors du territoire européen.
À l’inverse, plusieurs responsables nationalistes ont présenté ce vote comme la confirmation de leur influence croissante à Bruxelles. À la veille du scrutin, Jordan Bardella estimait déjà que le groupe des Patriotes pour l’Europe avait été « l’aiguillon idéologique » des négociations.
Après l’adoption du texte, l’eurodéputé hongrois András László s’est félicité de voir le Parlement approuver des règles plus strictes et a appelé les gouvernements européens à passer rapidement à l’application concrète des expulsions.
Le Suédois Charlie Weimers est allé encore plus loin, saluant l’arrivée prochaine d’« expulsions massives » en Europe.
