Marine Tondelier, Gabriel Attal et Bruno Retailleau à Paris le 28 août 2025 (illustration) - XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
La dernière fois qu'ils avaient débattu ensemble, c'était en août dernier lors des universités d'été du Medef . François Bayrou était toujours Premier ministre et ni Gabriel Attal ni Bruno Retailleau n'étaient officiellement candidats pour la présidentielle de 2027. Bref, presque un autre monde. Depuis, la course élyséenne a vraiment commencé, au point que le rendez-vous organisé ce jeudi matin à Bourg-en-Bresse (Ain) par Les jeunes agriculteurs, la branche "jeunesse" de la FNSEA, a des allures de match de boxe.
Jugez plutôt: Bruno Retailleau va être le premier à prendre la parole. Lui qui tente de s'imposer dans les sondages, sans pour l'instant guère y parvenir . Ce sera ensuite au tour de Gabriel Attal, après son premier meeting le week-end dernier , de prendre la parole. La patronne des écologistes Marine Tondelier qui, face à la primaire de gauche déjà presque enterrée , se prépare à descendre en son nom dans l'arène présidentielle.
Et pour finir cette affiche électorale, Jean-Luc Mélenchon sera représenté par la députée Aurélie Trouvé (LFI), économiste de métier et ancienne présidente de la commission des Affaires économiques à l'Assemblée. Son collègue Jean-Philippe Tanguy, le monsieur économie du Rassemblement national, sera aussi présent au nom de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, dont le sort reste suspendu à la décision de justice prévue le 7 juillet prochain .
Le tout a lieu trois jours à peine après le vote du projet de loi d'urgence agricole, annoncée dès 2024 et finalement adopté dans une ambiance explosive dans l'hémicycle après plusieurs vagues de colère agricole.
Chaque candidat vient clairement avec une idée derrière la tête, à commencer par Gabriel Attal. À peine arrivée à Matignon en janvier 2024, auréolé du titre du plus jeune Premier ministre de la Ve République, le macroniste avait été confronté à la colère des agriculteurs. Le locataire de Matignon s'était alors rendu dans une exploitation en Haute-Garonne pour tenter de calmer la colère des agriculteurs, feuillets de son discours posés sur une botte de paille.
Il avait alors dû apprendre très vite, lui qui n'avait pas de connaissances particulières sur les sujets agricoles, souvent très techniques, sur fond de procès en déconnexion du camp présidentiel mené depuis 2017.
Depuis, Gabriel Attal s'est fait à nouveau discret sur ces questions. Mais depuis quelques semaines, le président de Renaissance tente de se détacher de son profil d'élu très urbain élevé dans les beaux quartiers et passé par la très prestigieuse École alsacienne en plein cœur de la capitale.
Pour preuve, le patron des députés macronistes a déclaré mi-mai sa candidature très loin de Paris, en Aveyron à plus de sept heures de train de la capitale. Autant dire que quelques applaudissements d'agriculteurs ne feraient pas de mal pour continuer sa mue de candidat à la présidentielle.
Le patron des Républicains, Bruno Retailleau, vient lui avec un tout autre agenda. Historiquement, les agriculteurs ont toujours voté massivement pour la droite. En 2022, dans un sondage Ifop pour la FNSEA , les agriculteurs assuraient avoir l'intention à quelques semaines de la présidentielle vouloir voter au premier tour pour Emmanuel Macron à 30% contre seulement 11% pour Marine Le Pen. Valérie Pécresse, alors la candidate de la droite, récoltait pas moins de 13%, soit près 3 fois son score au niveau national.
Mais comme le reste des Français, le monde agricole est de plus en plus tenté par un vote RN. Surtout, l'ancien ministre de l'Intérieur, en difficulté dans les sondages , doit commencer à grimper dans les études d'opinion s'il veut éviter qu'une partie de son camp ne finisse pas rejoindre Édouard Philippe, largement mieux placé que lui dans les intentions de vote pour l'instant .
Moins que les voix agricoles, assez faibles en terme de population - moins de 2% des actifs - c'est bien les votes ruraux et périurbains que le sénateur de Vendée cherche à obtenir.
Le message a été reçu cinq sur cinq par le Rassemblement national. Sans candidat officiel pour l'instant, c'est Jean-Philippe Tanguy qui sera présent. Le député joue sur du velours. L'immense majorité des circonscriptions détenues par le RN sont rurales. Les élus du parti à la flamme n'hésitent d'ailleurs pas à adopter certains codes de la contestation agricole.
Pour tenter d'engranger des soutiens et dénoncer un monde qui "marche sur la tête", un slogan très entendu dans les blocages de ronds-points des agriculteurs en 2024 et en 2025, une poignée de députés RN avaient symboliquement retourné leur photo sur les réseaux sociaux. Ils mettaient ainsi leurs pas dans ceux du monde agricole qui avaient retourné des dizaines de panneaux de noms de communes à l'entrée des villes .
Et tant pis sur le parti à la flamme reste très critique de l'Union européenne, grand pourvoyeur de subventions agricoles pour les agriculteurs français. Au RN, personne n'a oublié la poussée en mars 2023 aux Pays-Bas du BBB, le mouvement agriculteur-citoyen.
En moins de quatre ans, ce parti lancé à la faveur de manifestations agricoles a raflé près de 20% des sièges. Un exploit dans ce pays qui ne compte qu'à peine 1,5% d'agriculteurs dans sa population active. Surtout, cette percée a permis à l'extrême droite de Geert Wilders de largement l'emporter aux législatives en 2023 avant d'être bien plus en difficulté lors des élections suivantes en 2025. De quoi donner donc quelques idées au RN, qui sait que, même en cas de victoire à l'Élysée au printemps prochain, les législatives n'auraient rien d'évidentes.
Quant à Marine Tondelier, la patronne des Écologistes, elle n'a, elle, rien à perdre. Dans un monde agricole qui ne vote que très rarement pour les Verts, la secrétaire générale du parti sait bien qu'elle ne risque guère de renverser la vapeur. Mais cela ne l'empêche de chercher à se construire une image de femme courageuse qui n'a pas peur de débattre face à des interlocuteurs pas conquis d'avance.
En 1999, l'écologiste Dominique Voynet qui était alors ministre de l'Environnement, avait vu son bureau mis à sac par des agriculteurs élus de la FNSEA, entre ordinateurs fracassés, urine sur son bureau et fumier répandu sur les sièges. À l'époque, la Verte voulait créer une taxe générale sur les activités polluantes qui aurait pénalisé toute utilisation d'engrais, d'herbicides, de pesticides et de produits phytosanitaires.
Dernière invitée: l'insoumise Aurélie Trouvé. Là non plus, le parti de Jean-Luc Mélenchon n'arrive pas en terrain conquis. Le fondateur de La France insoumise déserte d'ailleurs depuis plus d'un décennie le Salon de l'agriculture, pourtant considérée comme un passage incontournable par le monde politique, particulièrement en période présidentielle.
Régulièrement, celui qui se lance dans une 4e candidature élyséenne profite de ce moment pour organiser "un contre-salon" et visiter à la place des exploitations avec des modèles proches de la paysannerie. Mais chaque année, une délégation insoumise vient toujours rendre visite aux agriculteurs, souvent avec à leur tête Manon Aubry, députée européenne et cheffe de file du mouvement à Bruxelles.
