Elle est revenue pour dire qu’elle n’en sera pas. Presque dix ans après s’être retirée de la vie politique et médiatique française, Nathalie Kosciusko-Morizet a passé une tête dans les studios de France Inter le 1er juin pour une seule raison : faire savoir qu’elle ne soutenait pas Bruno Retailleau dans la course pour 2027 . L’épisode pourrait être anecdotique, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy étant restée en retrait de tous les rebondissements de LR depuis une décennie. Malheureusement pour le président du parti, il n’est pas isolé.
Le lendemain, c’est Laurent Wauquiez qui semble avoir oublié la date du premier meeting du candidat LR. Pique volontairement théâtralisée ou vrai trou de mémoire ? « Pardon ! Oulalalala ! J’avais oublié cette date fondamentale » , lâche-t-il tout sourire sur TF1, donnant ainsi un premier élément de réponse. Le président du groupe LR à l’Assemblée se garde bien de dire clairement si oui ou non il participera à cet évènement de lancement de la campagne LR. À la place, il glisse un petit « moi je rassemble » et explique refuser « d’alimenter une machine à diviser qui consiste dans la période actuelle à soutenir un candidat de droite contre un autre candidat de droite. »
Selon Le Figaro , il devrait bel et bien sécher le meeting du 20 juin au Parc Floral de Paris . La présence de Jean-François Copé semble elle aussi très compromise. Ce mercredi 3 juin, le quotidien de droite rapporte que le maire de Meaux a été sommé par la direction de « clarifier » sa position après des propos élogieux sur Édouard Philippe, « le mieux placé à droite. » À onze mois du scrutin, le maire du Havre est le principal concurrent de Bruno Retailleau. Au sein de son électorat et dans son propre parti.
« NKM » n’y est pas allée par quatre chemins : « Je vais soutenir Édouard Philippe. Je pense qu’il a cette capacité à rassembler, à rassembler dans le calme, à rassembler dans le dialogue » , a-t-elle fait savoir. C’est tout l’enjeu auquel est confronté Bruno Retailleau. Dans un sondage paru dans Le Parisien le 2 juin, le Vendéen n’atteint les 10 % d’intentions de vote que dans les configurations où Gabriel Attal remplace Édouard Philippe. Autrement, il oscille entre 7,5 % et 9 %. Pas de quoi rassurer les LR inquiets que le second tour se déroule sans eux, pour la troisième fois d’affilée.
Valérie Pécresse est de ceux-là. La présidente de la région Île-de-France participera au meeting de Bruno Retailleau le 20 juin car il est « le candidat légitime de sa famille politique » , a fait savoir son entourage à TF1. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à plaider pour « une grande alliance et à la désignation d’un candidat unique de la droite et du centre à l’automne. » Le président du Sénat est sur la même ligne. Lui a clairement indiqué « soutenir » Bruno Retailleau. Mais, ajoute Gérard Larcher sur TF1, « j’ai en même temps des contacts avec Gabriel Attal et Édouard Philippe. » Il renvoie les discussions à l’automne pour voir « où nous en serons » . L’important étant qu’« arrivé le moment du choix pour la présidentielle, la droite et le centre devront avoir un seul candidat. » On a connu soutien plus fort.
Pas en reste, l’ancien Premier ministre Michel Barnier manœuvre aussi dans son coin pour reconstituer son ancien « bloc central » . Il a lancé courant avril « Bâtir ensemble » une plateforme qui a vocation à « rassembler » autour d’une plateforme programmatique. Ou alors à soutenir sa propre candidature, qu’il n’exclut jamais catégoriquement. Mais aucune de ses deux options ne fait les affaires du Vendéen en course pour l’Élysée.
Isolé au sein des ténors de son camp, Bruno Retailleau fait mine de ne pas s’en préoccuper. « Les chiens aboient la caravane passe », a-t-il balayé sur Sud Radio le 13 mai, tout en étrillant « des individus qui ne représentent rien du tout mais qui ont une surreprésentation dans les médias. Ça fait beaucoup de bruit, mais ça ne représente rien ». Le message pourrait s’adresser aussi bien à Laurent Wauquiez, présent à l’Assemblée mais inexistant dans les instances internes qu’à Jean-François Copé.
À l’aune de ces réticences, le président de LR se félicite de sa stratégie qui a consisté à « passer au-dessus des chapeaux à plumes pour (s)’adresser directement » aux militants qui l’ont désigné candidat - grâce à une stratégie soigneusement montée pour tourner en sa faveur . En interne, il peut encore compter sur la direction… qu’il a entièrement refaçonné pour y installer sa garde rapprochée dès qu’il a récupéré la présidence. La députée Justine Gruet, l’eurodéputé François-Xavier Bellamy, le maire de Valence Nicolas Daragon qui l’avait suivi au gouvernement, l’ex-député Pierre-Henri Dumont... Ce dernier, propulsé secrétaire général adjoint, a défendu son champion en dépeignant Laurent Wauquiez dans Libération comme un enfant gâté qui agit par « caprice personnel. » Son absence annoncée au meeting « est surtout une marque de défiance vis-à-vis de tous nos militants », cingle-t-il pour mieux décrédibiliser l’ennemi juré interne.
Miser sur les militants et sur cette jeune garde permet à Bruno Retailleau de faire vivre son début de campagne, sans se soucier outre mesure des renâclements de figures plus installées. Lui veut croire à un croisement des courbes sondagières d’ici l’automne pour faire taire tout le monde. Le pari est osé. Si les sondages ne prenaient pas la direction espérée, le président du parti, qui martèle son refus de « se diluer dans le macronisme » et exclut à ce stade tout ralliement, risquerait de se retrouver un peu plus isolé. Et beaucoup plus contesté.
