Au revoir Paris et les couloirs de l'Assemblée nationale, bonjour l'Aveyron. Gabriel Attal a officialisé ce vendredi 22 mai sa candidature à la présidentielle dans ce département parmi les moins peuplés de France, à plus de 7 heures de train de la capitale.
Pas question d'acter son entrée dans la course à l'Élysée, pourtant dans les tuyaux depuis des semaines, sur un plateau de télévision ou sur les réseaux sociaux. À la place, direction le village médiéval de Mur-de-Barrez , entouré de citoyens venus pour débattre avec le maire Renaissance de la commune.
D'ailleurs, le parti l'assure, les habitants n'étaient pas au courant de la venue de l'ancien Premier ministre. De quoi montrer que celui qui dirige Renaissance n'a pas peur d'aller à la confrontation et le faire sortir au passage de son image parisienne.
Passé par la très prestigieuse École alsacienne en plein cœur de la capitale, élevé dans les beaux quartiers , le député des Hauts-de-Seine n'a pas d'emblée l'image d'un homme d'un territoire. Et pourtant, c'est bien ce que semble bien vouloir dire Gabriel Attal en choisissant l'Aveyron.
Pour justifier ce choix, l'entourage de Gabriel Attal évoque notamment les élections municipales de mars, pourtant mal parties sur le papier , qui se sont finalement soldées par un relatif bon bilan pour le mouvement en mal d'ancrage territorial depuis 2016.
Rodez, où l'ex-locataire de Matignon, se rendra samedi pour serrer des mains sur un marché et Mur-de-Barrez, où il s'est déclaré ce vendredi, ont désormais un maire estampillé Renaissance. Le président des députés macronistes avait aussi longuement échangé avec des agriculteurs de l'Aveyron lors du dernier salon de l'agriculture et leur avait promis de leur rendre une visite.
L'exercice n'est cependant pas totalement nouveau pour lui. En pleine crise agricole, fraîchement arrivé à Matignon, Gabriel Attal s'était rendu dans une exploitation en Haute-Garonne pour tenter de calmer la colère des agriculteurs, feuillets de son discours posés sur une botte de paille.
Le Premier ministre le plus jeune de la Ve République avait dû apprendre très vite, lui qui n'avait pas de connaissances particulières sur les sujets agricoles, souvent très techniques, sur fond de procès en déconnexion de la macronie mené depuis 2017.
Et si le message d'un candidat qui ne veut pas se cantonner aux déplacements en Île-de-France n'était pas assez clair, le trentenaire participera à la transhumance de troupeaux de vaches dans l'Aubrac ce samedi.
Direction pour Gabriel Attal les pâturages d'altitude. Il suivra les éleveurs et leurs attelages, couronnés de fleurs pour l'occasion, et qui passeront les beaux jours là où l'air est plus pur.
Le choix de Gabriel Attal montre cependant que la candidature reste "un moment solennel, un choix qui révèle la personnalité de celui qui est candidat", analyse la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina. "Rater ce moment-là, ça imprime déjà quelque chose", souligne encore la maître de conférence en droit public à l'université de Rouen.
Autant dire que pour Gabriel Attal, au sens de la communication aiguisée mais parfois moquée , rien n'a été laissé au hasard. Avec un modèle dans la tête, celui de Jacques Chirac. Et pour cause: en 1995, quand le patron du RPR l'emporte, sa victoire a des allures de miracle . Pendant des mois, c'est le Premier ministre d'alors Édouard Balladur, qui fait la course en tête dans les sondages, avant de finalement échouer dès le premier tour.
De quoi donner de l'espoir au patron de Renaissance, pour l'instant en difficulté face à Édouard Philippe. Dans un sondage Elabe pour BFMTV , il récolte 11,5%, loin de pouvoir se qualifier au second tour contrairement à son prédécesseur à Matignon.
Et pourtant Jacques Chirac à l'époque avait choisi de se déclarer d'une façon très conventionnelle dans un entretien à La Voix du Nord. C'est même lui, qui, en relisant l'interview, avait ajouté au crayon qu'il était candidat, avant de la faxer aux journalistes du quotidien régional.
Ce déplacement vient aussi couronner plusieurs semaines de campagne très active. Avec le choix cette fois-ci des classiques du genre: la sortie d'un livre , une tournée des librairies de l'Hexagone et une série de meetings sous l'appellation "Nuit de la République". Le tout sera tout couronné par le journal télévisé ce samedi soir sur TF1.
Un appel à 500 élus locaux en faveur de sa candidature a été publié le week-end dernier dans La Tribune dimanche quelques jours après que le parti lui demande officiellement de se déclarer.
En attendant, la méthode choisie par le candidat macroniste suscite des moqueries dans le camp d'Édouard Philippe. "Renaissance n'arrivera pas à faire croire qu'il est le parti des élus locaux, ça ne correspond ni à son histoire, ni à la réalité", a critiqué mercredi son codirecteur de campagne d'Édouard Philippe, Christophe Béchu, sur Public Sénat .
Édouard Philippe a été le premier à se déclarer candidat pour la présidentielle dans une interview au Point à l'été 2025. Les deux hommes ont plus largement choisi des stratégies très différentes . Là où l'édile normand se fait relativement rare et ne dévoilera son programme, qu'il promet "massif", qu'à l'automne, Gabriel Attal compte mener une campagne "permanente" comme l'explique son entourage avec déplacements très réguliers et multiples propositions dans le débat.
Le patron de Renaissance devrait mettre dans l'air plusieurs idées pour 2027 lors de son grand meeting programmé à Paris le 30 mai , loin de l'Aveyron donc.
