Aller au contenu principal
Toute l'actualité
securitevia Challenges··5 min de lecture

Une bonne idée pour la sécurité routière ou un pari risqué : faut-il autoriser la conduite accompagnée dès 14 ans ?

Personnalités citées :Patrick Mirouse
PartagerXLinkedInWhatsAppEmail

Le contexte

L'apprentissage anticipé de la conduite (AAC) est en vigueur en France depuis les années 1980. Actuellement, la formation débute à 15 ans, mais des études suggèrent que commencer dès 14 ans pourrait améliorer la sécurité routière. Le débat sur l'âge de début de la conduite accompagnée est donc d'actualité, avec des arguments pour et contre cette précocité.

Ce qu'il faut retenir

Des études montrent que commencer l'apprentissage de la conduite à 14 ans pourrait réduire l'accidentalité et améliorer les chances de réussite au permis. Patrick Mirouse, président du Groupe ECF, soutient que l'automatisation précoce des gestes techniques aide à la concentration sur la sécurité routière. Cependant, des chercheurs soulignent que l'immaturité neurologique des adolescents pourrait limiter leur capacité à anticiper les dangers sans un accompagnateur adulte expérimenté.

Ce que ça change

L'éventuelle autorisation de la conduite accompagnée dès 14 ans pourrait transformer la formation des jeunes conducteurs en France. Cela pourrait également influencer les politiques de sécurité routière et la structure des programmes d'apprentissage, en intégrant des méthodes éprouvées d'autres pays.

L'article complet

Source originale sur challenges.fr

Parce qu’un cerveau est plus malléable lorsqu’il est jeune, le taux de réussite au permis de conduire est nettement plus élevé chez ceux qui démarrent leur apprentissage dès 15 ans. De surcroît, leur accidentalité est plus faible. Une étude suggère que ces chiffres seraient meilleurs encore si la formation démarrait dès 14 ans.

L’apprentissage anticipé de la conduite (AAC, mieux connu sous l’appellation de conduite accompagnée) est en usage en France depuis la fin des années 1980. Sa popularité auprès des parents comme des élèves ne s’explique pas seulement parce qu’il augmente les chances de réussite à l’examen de conduite (taux de réussite de 75 % contre 55,9 % pour les candidats qui ont suivi la formation traditionnelle) : les jeunes conducteurs qui en bénéficient sont impliqués dans 20 % à 30 % de moins d’accidents de la route, lors de la première année de détention du permis de conduire.

Pour Patrick Mirouse, président du Groupe ECF, premier réseau d’écoles de conduite en France, la cause ne fait pas mystère : « L’automatisation précoce des gestes techniques que requiert la maîtrise du véhicule et la manipulation des commandes libèrent des ressources cognitives que le conducteur peut consacrer à la surveillance de l’environnement routier. » En clair, plus jeune est l’apprenti conducteur, plus vite il acquiert ces automatismes qui lui permettent de se concentrer sur l’anticipation du danger.

De nombreuses études réalisées des deux côtés de l’Atlantique confirment que c’est en s’exposant à la plus grande variété de situations de conduite que l’apprenti développe sa perception des risques. Il semblerait donc logique de vouloir anticiper davantage l’apprentissage de la conduite, par exemple en l’autorisant dès l’âge de 14 ans, au lieu de 15 ans à l’heure actuelle (depuis la réforme de 2014). Cela permettrait a priori de former des automobilistes plus prudents.

Toutefois les travaux menés au sein du LEEM (Laboratoire d’Études pour l’Éducation à la Mobilité ) par Jean-Pascal Assailly, Marie-Axelle Granié, Vincent Boccara, Christine Vidal-Gomel et Sylvain Lassarre mettent en lumière le fait que « l’immaturité neurologique du système de contrôle cognitif — dont le développement se poursuit jusqu’au début de l’âge adulte, entre 20 et 25 ans — impose des contraintes structurelles que la formation technique, aussi excellente soit-elle, ne peut seule surmonter ». Comprenez que sans un accompagnateur plus mature que lui, l’adolescent n’est pas physiologiquement capable d’anticiper le danger aussi bien qu’un adulte. Il lui manque à la fois la maîtrise et le discernement pour maîtriser totalement ses impulsions.

Dit en des termes plus scientifiques, un déséquilibre existe entre le cortex préfrontal, siège du contrôle des impulsions, et le système limbique, à l’origine de la recherche de récompense et de sensations. « Ce déséquilibre explique la prise de risque même chez des adolescents techniquement compétents », observent les chercheurs. La présence d’un adulte à sa droite aide l’apprenti à « réguler ses émotions et à structurer son attention », pour « inhiber ses comportements impulsifs et anticiper les risques ». Voilà donc établie l’importance du rôle de maman et de papa.

Les chercheurs soulignent toutefois que « le parent de l’adolescent n’est pas un instructeur formé ». Voilà qui explique pourquoi les moniteurs d’auto-école constatent très fréquemment « la transmission involontaire de défauts de conduite » par des accompagnateurs qui n’ont pas su corriger leurs mauvaises habitudes et leurs automatismes dangereux (négligence des angles morts ou non-respect des distances de sécurité, par exemple). Marie-Axelle Granié observe d’ailleurs que la réduction de l’accidentalité après l’AAC est plus forte dans les familles « issues de milieux socioprofessionnels plus stables, dotées de plus de temps disponible, de ressources financières suffisantes (requises pour faire l’acquisition d’un véhicule adapté, avec assurance spécifique) et d’une culture de la prévention plus développée ».

Tout ce qui précède illustre les risques d’une trop grande précocité de la conduite accompagnée. En revanche, les auteurs de l’étude soutiennent qu’entre les premières expériences de mobilité sur trottinette ou scooter et l’obtention du permis B à 17 ans, il existe à 14 ans, avant l’accès à l’AAC fixé aujourd’hui à 15 ans, « une capacité d’apprentissage supérieure, notamment en ce qui concerne la mémoire procédurale et l’automatisation des gestes techniques » qu’il serait regrettable de ne pas exploiter. « C’est précisément à cet âge que les automatismes de conduite peuvent être les mieux ancrés, libérant ainsi des ressources cognitives pour la surveillance de l’environnement routier lors de l’accession à l’autonomie à 18 ans. »

Patrick Mirouse et le Groupe ECF militent depuis 2023 pour l’expérimentation en France d’un système d’apprentissage progressif de la conduite dès l’âge de 14 ans. Son efficacité est établie en Suède comme dans plusieurs États des États-Unis (Dakota du Nord, l’Iowa, le Kansas, le Dakota du Sud, le Montana et l’Idaho). Les règles y sont variables mais on retrouve quelques constantes : outre des limitations de vitesse drastiques, les apprentis conducteurs s’interdisent de conduire hors de certains itinéraires et plages horaires. Ils ne sont pas davantage autorisés à embarquer des passagers de leur âge car il a été démontré que leur présence encourage la prise de risques par effet d’émulation et de mise au défi.

A en croire Patrick Mirouse, rien n’empêche d’importer et d’expérimenter en France ce concept du permis de conduire progressif, « qui est associé à une baisse de 20 % à 40 % des accidents mortels chez les 16-17 ans ». Le Groupe ECF milite ainsi que la France structure « un continuum éducatif de la mobilité dès 14 ans », sorte de « parcours progressif d’apprentissage de la sécurité et du partage de l’espace public » qui intégrerait vélos, engins de déplacement personnel motorisés, voiturettes sans permis et conduite accompagnée.

Dans sa forme actuelle, l’apprentissage anticipé de la conduite (AAC) présente l’avantage de ramener de 35 heures à 28 heures en moyenne le nombre d’heures de conduite en auto-école, avant l’obtention du permis. En conséquence de quoi, le permis revient moins cher si on bénéficie de l’AAC. Par ailleurs, une période probatoire réduite de 3 à 2 ans permet aux jeunes conducteurs d’obtenir plus rapidement leurs 12 points sur leur permis. Autre avantage non négligeable, « les jeunes conducteurs passés par l’AAC présentent une baisse des accidents de l’ordre de 20 % à 30 % lors de la première année de conduite autonome », souligne le Groupe ECF. L’âge du permis ayant été ramené de 18 ans à 17 ans (au 1er janvier 2024), le recours à l’ACC dès 15 ans est de moins en moins fréquent. Abaisser son accessibilité dès l’âge de 14 ans rendrait de l’attrait à l’AAC en rétablissant une différence de 3 ans.

« Sans mon Executive MBA, progresser dans ma carrière aurait pris du temps »

Les Canadair made in France se lancent à l’assaut des airs

Ascension et revers de Frédéric Merlin, l’homme qui a imposé Shein au BHV

Texte extrait depuis l'article original sur challenges.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur challenges.fr.

Newsletter quotidienne · gratuite · sans pub

Le brief politique du matin

L'actu politique française en 3 min, sans pub ni bullshit. Vulgarisations sourcées, articles agrégés des 35 grands médias FR — chaque matin à 7h.

  • Lois du jour vulgarisées (contexte, à retenir, ce que ça change)
  • 5 articles politiques marquants, sourcés
  • Aucune pub, aucune revente, désinscription en 1 clic
Fréquence

Sans publicité. Sans revente. Désinscription en 1 clic.

Le résumé semble incorrect ou orienté ? Signalez-le via le formulaire de contact — Civiqo applique une politique de neutralité stricte : nos règles éditoriales bannissent tout vocabulaire évaluatif et toute affirmation non sourcée.