Invitée des "4 Vérités" ce lundi 18 mai, Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des anciens combattants, est revenue sur la relance des relations entre la France et l’Algérie, dans un contexte diplomatique encore marqué par plusieurs tensions. Elle a également évoqué la question de la coopération sécuritaire entre les deux pays, ainsi que la position du porte-avions Charles de Gaulle, actuellement déployé en mer Rouge.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Gilles Bornstein : Gérald Darmanin est à Alger. La libération de Christophe Gleize est-elle désormais un préalable à la poursuite de l'amélioration des relations entre la France et l'Algérie ?
Alice Rufo : Il n'y a pas de préalables, de préconditions. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. Nous avons lancé une nouvelle méthode, au fond, après quand même des années très difficiles entre la France et l'Algérie. Je crois que l'ancien ministre de l'Intérieur assume cette posture qui, pour nous, n'a pas donné les résultats attendus. Nous avons donc entrepris une nouvelle méthode, avec la visite du ministre de l'Intérieur, la mienne modestement, puis celle du garde des Sceaux. Et nous espérons qu'elle donnera des résultats.
Concernant Boualem Sansal, pour sa libération, l'Allemagne faisait office de tiers de confiance entre la France et l'Algérie. Concernant notre confrère Christophe Gleize, négocie-t-on directement ? Il n'y a pas d'autre pays impliqué ?
Lorsque nous avons des entretiens, nous en parlons. D'ailleurs, nous ne le cachons pas. Que d'autres pays en parlent, c'est bienvenu, tant mieux. L'Algérie a développé de nombreuses relations avec les pays européens, avec l'Allemagne, avec l'Italie. Vous avez raison de le souligner.
Mais pour Christophe Gleize, on négocie directement ? La France et l'Algérie négocient ?
En réalité, il n'y a pas de négociation au sens strict. Le fait est que nous demandons son retour rapide en France, voilà. Par ailleurs, il existe un cadre de coopération que nous relançons. J'entendais encore ce matin la famille de Christophe Gleize, et je trouve que leurs propos sont d'abord très dignes et très responsables, en évoquant le fait que la sortie de cette crise aiguë est, au fond, favorable à la situation de Christophe Gleize. Et je le crois.
Vous parlez d'un cadre de coopération. Est-ce que, dans ce cadre, le garde des Sceaux va demander à son homologue algérien de l'aide concernant un certain nombre de personnes impliquées dans la DZ Mafia ?
Il y a un dialogue qui est engagé avec l'Algérie, à la suite de cette visite, sur le narcotrafic. Lorsque je m'y suis rendue, j'ai rencontré le chef d'état-major des armées, le président algérien. La coopération sécuritaire, si vous voulez, sous tous ses angles renseignement, défense, mais aussi intérieur et judiciaire doit reprendre, car elle relève de notre intérêt commun.
On vous a vue avec le président algérien, que vous avez rencontré longuement. On sait le président Macron, pour sa dernière année de mandat, soucieux de remettre à flot les relations franco-algériennes. Avez-vous senti un président algérien lui aussi soucieux d'améliorer la relation avec la France, ancienne puissance coloniale ?
Oui, je crois que les deux présidents sont extrêmement conscients de la responsabilité commune qu'ils ont de respecter les intérêts de leurs deux pays. Il est dans l'intérêt de la France comme de l'Algérie d'entretenir de bonnes relations.
Mais avez-vous senti le président Tebboune sur ce point ?
Il y a, de toute évidence, une reprise du dialogue assez intense. Vous avez la visite de Gérald Darmanin, et également celle de l'homologue de Laurent Nuñez, qui va venir à Paris. Je pense que la méthode, des deux côtés, est soutenue. Il existe donc un accord sur la méthode de reprise de ce dialogue fonctionnel, exigeant par moments parce que nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout mais fonctionnel. Le constat est que les années de rupture n'ont pas produit d'effets et ne vont pas dans le sens de l'intérêt de nos deux pays.
Nous allons regarder une carte et parcourir quelques milliers de kilomètres vers l'est. Voici la carte où se trouve le Charles de Gaulle.
Le Charles de Gaulle est en mer Rouge. Il n'a pas passé le détroit, il a traversé le canal de Suez, et progresse vers la mer d'Arabie. Je vais maintenant vous expliquer pourquoi il n'est pas utile de donner en permanence la localisation précise du Charles de Gaulle. Pour au moins deux raisons. D'abord, parce qu'il revient au chef d'état-major des armées et au chef des armées de communiquer sur cette localisation, pour des raisons de sécurité et de signalement stratégique essentielles.
Ensuite, parce que je ne souhaite pas que cela puisse être mal interprété. Nous sommes dans une période où circulent énormément d'informations dans la région, et il ne faut pas déformer la position de la France. Par moments, lorsque l'on annonce que le Charles de Gaulle a passé le canal de Suez, cela peut donner l'impression que nous participons à une action offensive. Or, c'est faux.
Alors dites-nous, à quoi va-t-il servir ?
Il sert déjà. En réalité, lorsqu'on dispose d'un moyen comme le groupe aéronaval avec le Charles de Gaulle et les moyens qui l'accompagnent on dispose de capacités d'appréciation autonome de la situation en zone. C'est un outil extrêmement important pour la France, qui lui donne une capacité d'analyse de ce qui se passe.
Deuxième élément : c'est une posture crédible. Lorsque la France affirme diplomatiquement qu'elle est prête à agir pour le respect de la liberté de circulation maritime, elle appuie cette position par des moyens militaires crédibles, qui ne relèvent pas d'une action offensive ni d'une reprise de force au détroit d'Ormuz.
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