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electionsvia Slate.fr··9 min de lecture

Personnalités citées :Emmanuel MacronRaphaël GlucksmannJean-Luc MélenchonFrançois HollandeOlivier FaureJordan BardellaMarine Le PenGabriel Attal
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Le contexte

Le paysage politique français est marqué par une recomposition des forces de gauche, notamment avec le Parti socialiste et Place publique. Raphaël Glucksmann, figure montante, cherche à s'imposer dans ce contexte, alors que des élections législatives anticipées se profilent après la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron.

Ce qu'il faut retenir

Raphaël Glucksmann a obtenu 13,83% des voix aux élections européennes de 2024, mais la dissolution de l'Assemblée nationale a conduit à une nouvelle union de gauche pour les législatives. Les sondages pour la présidentielle de 2027 le placent entre 10 et 16% des intentions de vote, souvent devant Jean-Luc Mélenchon. Glucksmann refuse de participer à une primaire de gauche, ce qui pourrait lui coûter cher. Le Parti socialiste avance un projet politique indépendant, ce qui complique la situation pour Glucksmann.

Ce que ça change

La dynamique actuelle pourrait redéfinir les alliances à gauche et influencer les résultats des prochaines élections. Glucksmann doit naviguer entre les attentes de son électorat et les ambitions du Parti socialiste, tout en se positionnant face à des figures montantes du centre. Cette situation pourrait affecter la répartition des voix et la stratégie des partis lors des élections à venir.

L'article complet

Source originale sur slate.fr

Hugo Romani – Édité par Émile Vaizand – 13 mai 2026 à 6h55

Le 9 juin 2024 devait être sa victoire. Raphaël Glucksmann venait de ressusciter ce que l'on pensait être un astre mort. Sous son égide, le Parti socialiste (PS), allié à sa formation politique Place publique (PP), récoltait 13,83% des voix aux élections européennes . La tête de liste PS-Place publique obtenait surtout une victoire personnelle sur La France insoumise (LFI, 9,89%) et pouvait ambitionner de s'installer au cœur de la gauche.

Mais la dissolution de l'Assemblée nationale, prononcée par le président Emmanuel Macron le soir même des résultats du scrutin européen, a fait fondre cet espoir, forçant une nouvelle union de gauche (le Nouveau Front populaire, NFP) en vue des législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet 2024. «Cet événement a empêché Raphaël Glucksmann de prendre le contrôle d'un bloc social-démocrate. La campagne des législatives a revitalisé le Parti socialiste» , retrace le politologue Roland Cayrol.

Après avoir un temps hésité, Place publique a rejoint la coalition de gauche dans la campagne des législatives, tout en l'amendant sur des sujets internationaux , notamment vis-à-vis du soutien à l'Ukraine. Mais en interne, plusieurs membres du parti fondé en 2018 ont dénoncé un manque d'entrain et ont fini par quitter Place publique .

Raphaël Glucksmann, 46 ans, poursuit, lui, une ascension personnelle. Sondé autour de 10 à 14% des intentions de vote pour l'élection présidentielle de 2027, voire jusqu'à 16% selon les différentes options, le député européen devance souvent Jean-Luc Mélenchon (LFI), sauf dans le dernier sondage Toluna Harris Interactive pour RTL et M6 , mené à la fin du mois d'avril. Mais il fait mieux que les autres options testées côté PS, comme Olivier Faure (autour de 4 à 5%) ou François Hollande (environ 8 à 9%).

Parfois même, dans des scénarios sans Édouard Philippe (Horizons) au premier tour, les sondages le placent au deuxième rang, loin derrière Jordan Bardella ou Marine Le Pen, puis battu au second tour par le ou la candidat·e du Rassemblement national (RN). Le dernier baromètre de popularité de l'observatoire de la politique nationale mené par l'institut Ipsos confirme cette tendance. Avec 19% d'opinions favorables en avril 2026 , le candidat putatif de Place publique arrive en tête à gauche, juste devant François Ruffin (18%).

Raphaël Glucksmann tente donc d'instaurer l'idée d'un duel avec Jean-Luc Mélenchon, à la ligne politique bien différente. Dans cette optique, l'essayiste refuse de participer à une primaire . Mais ce choix stratégique pourrait lui coûter cher.

Raphaël Glucksmann sur le plateau de l'émission «Bonjour! La matinale TF1», dans laquelle il s'exprime sur la question de la primaire de gauche pour la prochaine présidentielle, le 23 avril 2026.

Les socialistes ambitionnent, en effet, de revenir au pouvoir, après leurs bons résultats aux municipales . Des candidats potentiels, tels que François Hollande, tentent une approche médiatique, comme l'ancien président de la République l'a fait dans les colonnes de Marianne à la mi-avril . Le PS avance même un projet politique indépendant , sans avoir consulté Raphaël Glucksmann. «Le Parti socialiste veut montrer une véritable différence idéologique , remarque Roland Cayrol. Ces propositions constituent un point de rupture par rapport à celles du parti de Raphaël Glucksmann, plus modérées et plus en phase paradoxalement avec les volontés des électeurs socialistes.»

Dans l'équipe du potentiel candidat de Place publique, la réaction reste mesurée. «Il est évident que nous partageons de nombreux points évoqués par le Parti socialiste, notamment sur la question de la liberté. Mais nous souhaitons, en ce qui nous concerne, aller plus loin que de simples propositions, pour bâtir quelque chose de plus ambitieux: un destin pour la France» , affirme Sarah Pigeaud, la coordinatrice du projet politique de PP. Une manière de faire entendre sa différence et de tenter de couper l'herbe sous le pied des socialistes sans trop en dévoiler.

Pour cause, une candidature du PS serait une très mauvaise nouvelle pour l'élu européen. Sans ce bassin d'élus, il apparaîtrait très compliqué d'obtenir les 500 signatures nécessaires pour se présenter. D'autant plus que la principale ville détenue par Place publique, Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), a été perdue lors des élections municipales de mars 2026, avec le revers d'Hervé Guihard , élu maire en 2020 et battu par Victor Bonnot (Horizons). «Cette défaite le démontre bien, pour l'instant le parti n'est pas encore enraciné» , commente le politologue Roland Cayrol.

Quid de l'hypothèse de soutenir une candidature PS et donc se retirer? Dans les rangs de Place publique, contactée par nos soins, la question «n'est pas à l'ordre du jour» , répond Zoé Reyners, attachée de presse de Raphaël Glucksmann . «Il n'y a à ce jour pas d'accord avec les socialistes, mais il y a une volonté d'avancer avec une ligne incarnée par notre formation» , ajoute-t-elle. Une candidature n'est pas encore déclarée, mais elle se précise de plus en plus.

N'étant pas issu d'une famille politique clairement établie dans le paysage français, Raphaël Glucksmann est également accusé par la gauche radicale d'entretenir le flou sur son identité politique . D'aucuns, notamment chez les Insoumis, le renvoient à son passé. Éphémère sympathisant d'Alternative libérale (un parti de centre droit, dont il ne partageait d'ailleurs pas toutes les propositions, selon l'intéressé lui-même ), il a également été accusé – à tort selon lui – d'avoir soutenu Nicolas Sarkozy en 2007.

. @rglucks1 (Place publique-Parti socialiste) : "Je ne suis pas un militant sarkozyste, il faut arrêter avec cette fakenews qui me poursuit !" #Questionspol #Europeennes2019 pic.twitter.com/gQMdHRiRdC

La gauche radicale tend à l'exclure de son giron et une partie des électeurs est du même avis. Selon le dernier baromètre de popularité d'Ipsos, Raphaël Glucksmann est aussi peu populaire auprès des sympathisants LFI qu'Édouard Philippe (13%). Parallèlement, il est nettement plus apprécié auprès des électeurs de Renaissance (24%).

Car à défaut de mobiliser la France des clochers ou celle des blocs, l'ex-journaliste séduit celle «qui va bien». Aux élections européennes de 2024, il est arrivé premier chez les cadres (20%), chez les plus hauts diplômés (18%), deuxième chez les électeurs gagnant plus de 3.000 euros par mois (16%). La typologie des votants s'approchait bien plus de celle de la liste de Valérie Hayer (Renaissance) que de celle de Manon Aubry (LFI), deux des autres têtes de liste du scrutin. Elle ressemblait également à leur candidat: l'eurodéputé a séduit la gauche aisée, intellectuelle et parisienne –il est arrivé nettement en tête à Paris .

«C'est cohérent avec la sociologie des électeurs socialistes , précise Roland Cayrol. Même si tout un pan du Parti socialiste veut rester ancré dans la gauche, voire même dans une idée de rupture, son électorat est plus modéré. Il correspond à celui séduit par Raphaël Glucksmann aux européennes et s'apparente donc davantage à celui des macronistes que des Insoumis.»

Dans les rangs de l'élu au Parlement européen, la volonté n'est pas de «s'adresser uniquement aux électeurs de gauche, car cela ne suffit pas à gagner, ni même à être présent au second tour» , mais plutôt «d'aller au-delà des clivages politiques pour parler à tout le monde» , nous informe son attachée de presse. Une posture au-dessus de la mêlée qui rappelle un certain ex-candidat devenu président de la République en 2017 .

La meilleure illustration demeure les positions internationales de Raphaël Glucksmann. Résolument proeuropéen, ardent thuriféraire de la défense commune de l'Union européenne ( UE ), défenseur de l' OTAN … Ses préconisations sur les affaires étrangères peuvent se confondre avec celles du président de la République. «Place publique et Raphaël Glucksmann ne sont pas dans une opposition de principe à Emmanuel Macron, mais dans une démarche de sincérité» , explique l'équipe du social-démocrate.

Le député européen défend même parfois des idées plus dures. En février 2024, il appelait, par exemple, à ce que la France «passe en mode économie de guerre» pour soutenir davantage l'Ukraine face à la Russie. Cette posture pro-occidentale le place à nouveau en opposition frontale avec celle «non alignée» du parti rival de gauche, LFI.

Le clivage se retrouve également sur le conflit israélo-palestinien. Là où Jean-Luc Mélenchon soutient qu'il y a (eu) un génocide dans la bande de Gaza, son opposant préfère éviter ce terme, parlant de «carnage» . Une précision terminologique mais clairement importante du point de vue du droit international.

Extrait d'une interview de Raphaël Glucksmann dans l'émission politique dominicale «Le Grand Jury», diffusée sur RTL, le 7 avril 2024.

«Raphaël Glucksmann a construit son identité politique et son programme des européennes en grande partie autour des questions internationales. Cet enjeu prend de plus en plus de place dans les préoccupations des électorats, mais ne constitue pas encore le cœur de l'élection présidentielle» , constate Roland Cayrol.

Ainsi, si l'identité politique de Place publique est plutôt claire du point de vue des affaires étrangères, elle est plus sibylline sur les questions de politique intérieure. Si le site web du parti présente bien des esquisses de propositions , ses représentants préfèrent parler de «premières ébauches d'idées» que de réel programme.

Accusé encore une fois par LFI d'être prolibéral, le projet de Place publique propose des mesures de nature sociale comme l'augmentation du smic à 1.600 euros net , le retour de la priorité des accords de branche sur les accords d'entreprise ou l'abrogation de la réforme des retraites de 2023.

En revanche, des mesures à fort marqueur de gauche, présentes dans le programme du NFP , sont absentes du projet: pas de volonté de blocage des prix (mais un plafonnement, ce qui permettrait davantage de flexibilité) ou d'indexation des salaires sur l'inflation dans cette première ébauche. Toutefois, contactée par nos soins, la coordinatrice du programme politique de Place publique affirme «travailler en précision pour éviter les effets de bord, mais aussi les stratégies d'évitement de l'impôt» . Si aucune mention directe n'est faite de l'impôt de solidarité sur la fortune ( ISF ), un rétablissement dans une version «améliorée» n'est pas exclu, avertit Sarah Pigeaud.

Le premier projet présenté par Place publique s'inscrit davantage dans une social-démocratie moderne que dans une logique de rupture. Avec la force électorale des Insoumis et le nouveau programme plus ambitieux du Parti socialiste, les chances de grignoter des parts électorales de ce côté de l'échiquier politique s'amenuisent.

Raphaël Glucksmann pourrait alors décider de regarder vers sa droite… Mais une autre jeune figure, installée au centre et anciennement issue des rangs socialistes pourrait bien lui barrer la route: Gabriel Attal. Le secrétaire général de Renaissance et ancien Premier ministre (janvier-septembre 2024) n'est lui non plus pas encore officiellement déclaré candidat , mais en affirmant «penser savoir comment présider la France» , comme il l'a déclaré dans une interview accordée à l'hebdomadaire Le Point le 15 avril , il a ouvert une brèche.

Gabriel Attal est lui aussi profondément proeuropéen et libéral avec une touche sociale. Son entrée dans la campagne présidentielle pourrait réduire l'étau autour du cofondateur de Place publique. Les intentions de vote autour des 15-16% risqueraient alors de fondre comme neige au soleil. «L'orientation de la campagne de Raphaël Glucksmann dépendra notamment de l'identité de son concurrent du bloc central » , note Roland Cayrol.

Tout l'enjeu pour Raphaël Glucksmann se trouve ici: trancher le dilemme qui secoue la gauche française depuis quarante ans. S'ancrer définitivement dans le camp social-libéral, comm…

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