Laurent Sagalovitsch – 1er juin 2026 à 19h55
Comme beaucoup, j'ai passé la fin du mois de mai dans un état comateux, la faute à cette satanée vague de chaleur et ces températures anormalement élevées pour la saison. Le corps a souffert, le mental encore plus. Et bien que disposant de volets automatiques, j'ai évolué dans une atmosphère assez chaude pour empêcher le cerveau de fonctionner normalement. Les nuits ont été pénibles à vivre, la fatigue ressentie s'est accumulée au fil des jours et si ce ne fut pas la fin du monde, j'en ai été assez affecté pour ne pas l'oublier de sitôt.
Je ne possède pas de climatisation et, pour tout un tas de raisons, n'entends pas en installer une de sitôt. Ce qui ne m'empêche pas de trouver lunaires les débats à son sujet. Pour des millions de personnes en souffrance, notamment nos aînés, la climatisation doit devenir une réalité bien tangible. Quand je vois qu'aujourd'hui encore, nos hôpitaux, nos maisons de retraite ou nos écoles n'en disposent pas, les bras m'en tombent.
Comment est-il possible que dans un pays avancé comme la France , la climatisation ne soit pas offerte à des populations, par nature, fragilisées? Par quelle aberration peut-on laisser des malades –oui, des malades cloués sur un lit d'hôpital– endurer non seulement les souffrances liées à leur état de santé, mais de plus affronter des températures qui sont comme un défi pour leur corps? Il faut ne jamais avoir séjourné dans un hôpital pour ne pas réaliser l'extraordinaire difficulté à subir à la fois les conséquences de sa maladie et une chambre baignée de chaleur.
Le peu d'énergie qu'il reste au malade, il doit l'employer pour lutter contre les effets de la chaleur; et dans cet état où la fatigue exerce sans relâche son empire, d'une manière mécanique, sa condition s'aggrave. Il n'existe aucune raison valable de priver les hôpitaux des bienfaits de la climatisation. Pas plus que les maisons de retraite . C'est non seulement une question de bon sens, mais aussi de morale. Une société qui laisse ses malades subir pareil accablement est une société perdue à elle-même, si foncièrement égoïste qu'elle finit par ressembler à une société barbare et cruelle.
Tout comme faciliter l'accès aux transports publics pour les personnes handicapées, climatiser nos établissements de santé devrait être la priorité numéro un de tout gouvernement, peu importe sa couleur politique. La chose est tout aussi vraie pour nos écoles et nos collèges. Laisser des classes entières sans climatisation , parfois même sans volets, sans rideaux, sans même un ventilateur, exposées à des températures dépassant les trente degrés, relève d'une attitude pas loin d'être criminelle. Faudra-t-il donc attendre le décès d'un collégien ou d'un professeur pour que les pouvoirs publics prennent conscience de la gravité du problème?
Le réchauffement climatique est une vérité scientifique. Les vagues de chaleur sont vouées à se répéter à des cadences de plus en plus élevées. Il n'y aura pas de bonnes surprises en la matière. Le climat se détériore et se détériorera plus nous avancerons dans le siècle. Au nom de quelle absurdité allons-nous continuer ainsi à bouder la climatisation quand il s'agit de nos malades, de nos aînés, de nos enfants?
Les tenants de l' écologie qui vous expliquent doctement que la climatisation a pour effet de réchauffer encore un peu plus la planète sont probablement dans le vrai. Mais pour autant, est-ce une raison suffisante pour laisser crever les gens à petit feu? Va-t-on aussi interdire le transfert d'organes par hélicoptère parce que ces derniers polluent encore un peu plus l'atmosphère? L'idéologie, même basée sur des vérités scientifiques, s'arrête là où commence la mise en danger d'autrui. Je ne dis pas qu'il faut généraliser la climatisation à chacun ou l'employer à tout-va, mais l'installer dès lors que les questions de santé et de bien-être sont en jeu.
Je me demande si, dans cette obstination à ne pas recourir à la climatisation , il n'existerait pas une dimension cocardière, de cet orgueil très français qui refuserait par principe d'agir comme le reste du monde? Outre les considérations économiques par ailleurs bien réelles, par-delà les aspects écologiques, n'y aurait-il pas chez nos dirigeants et même dans une partie de la population une sorte de résistance idéologique liée à notre caractère national?
Comme si recourir à la clim' ferait de nous l'équivalent de ces gros bouseux d'Américains. Après tout, nous sommes la France, le soleil de l'univers, et si ce dernier s'entend à nous réchauffer de trop, nous lui opposerons notre calme et notre aplomb légendaire qui ont fait de nous la reine des nations. Sinon, comment expliquer pareille léthargie? Doit-on trouver l'explication dans le fait que nos administrations et autres ministères jouissent des bienfaits liés à la climatisation sans se douter qu'ils sont bien les seuls à en profiter? Ou bien d'avoir trop attendu, les sommes à dépenser sont telles qu'elles découragent les moindres initiatives?
Il y a en tout cas urgence. On le sait, ces vagues de chaleur seront de plus en plus précoces et de plus en plus violentes. Et non, ce ne sont pas les méthodes préconisées, la végétalisation des sols , l'adaptation des territoires, la préservation de la biodiversité, qui changeront à elles seules la donne, du moins pas à court ou moyen terme.
Les grandes villes ne vont pas devenir par un coup de baguette magique des jungles verdoyantes où il fait bon vivre. On ne va pas non plus raser tous les bâtiments anciens pour en installer de nouveaux capables de répondre aux défis climatiques. Toutes ces préconisations sont essentielles, impératives même, mais s'inscrivent dans le temps long des politiques publiques. Aucun pays au monde ne fera l'économie de la climatisation. Ou alors, il le fera au détriment des plus fragiles. Un choix de société qui interroge, non?
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