Il y a un an quasiment jour pour jour, Donald Trump quittait avec perte et fracas la table du G7 au Canada. Ce lundi 15 juin 2026, c'est à Évian (Haute-Savoie), au bord du lac Léman, que s'est ouverte la réunion des chefs d’État ou de gouvernement du groupe des Sept (Allemagne, Royaume-Uni, Canada, États-Unis, France, Italie et Japon). L'imprévisible président américain y est évidemment présent.
Selon le programme officiel du G7 d’Évian, Donald Trump a été accueilli en personne par Emmanuel Macron à 16h45, accueil dont il est le seul chef d’État convié à la réunion à bénéficier. Après quoi, les deux présidents ont eu un entretien privé.
Les tentatives de séduction du président français ne se limitent pas à ce préambule intimiste au sommet et Emmanuel Macron a bien l’intention de garder le président américain jusqu’au bout du G7, avant de le recevoir à l'ombre des ors du château de Versailles.
Ces derniers temps, le locataire de l’ Élysée joue l’équilibriste avec son homologue américain. S’il s’est longtemps affiché comme l'interlocuteur privilégié de Donald Trump côté européen, il montre désormais son opposition, tout en continuant à ménager un président imprévisible. Sur les sujets qui les occuperont, Emmanuel Macron l’assure, "nous aurons une discussion respectueuse mais ferme". Mais selon Romuald Sciora, la fermeté ne suffit pas. "Donald Trump ne respecte que la force", martèle le chercheur.
Au menu des discussions: le tout récent accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran; la réouverture du détroit d’Ormuz , dont la sécurisation pourrait être opérée avec la France et le Royaume-Uni; Emmanuel Macron espère décrocher de Donald Trump une posture plus à l'écoute de Kiev, et moins de Vladimir Poutine , pour mettre fin à la guerre en Ukraine; mais aussi les déséquilibres macroéconomiques mondiaux.
Surtout, au G7 d'Évian, "l'Europe a des atouts", souligne Romuald Sciora. "Donald Trump est demandeur d'aide de la part des Européens dans le détroit d'Ormuz ce qui pourrait lui faire faire quelques concessions, notamment sur le dossier ukrainien", avance le chercheur.
Mais le président américain ne cesse d'humilier Emmanuel Macron. Ce lundi matin encore, dans le New York Post , le président des États-Unis a affirmé avoir demandé à Emmanuel Macron "de ne pas taxer les entreprises américaines". "S’ils le font, je n’aurai pas d’autre choix que d’imposer une taxe de 100 % sur tous les champagnes et tous les vins en provenance de France", a menacé Donald Trump.
Le même jour, en réponse aux nombreuses attaques de son homologue américain, le président français a quant à lui affirmé, au 13 Heures de TF1, ne pas être "rancunier".
Après le G7, mercredi 17 juin, c’est au château de Versailles que sera reçu, en grande pompe, le président américain. Sous couvert des 250 ans de l’indépendance des États-Unis - c’est à Versailles que fut, en 1783, signé le traité consacrant l’indépendance américaine - Donald Trump recevra les honneurs avec, entre autres, tapis rouge, feu d’artifice, visite de la galerie des Glaces.
"C'est un dîner pour célébrer les 250 ans de l'indépendance américaine" dans laquelle "la France a joué un rôle", justifie Emmanuel Macron, tout en précisant qu'il n'ira pas aux États-Unis le 4 juillet. Et d’ajouter: "c'est bien [que les États-Unis] se replongent dans l'ADN de leur histoire".
Pour Romuald Sciora, il s'agit pourtant là d'une "erreur". "Inviter Donald Trump à Versailles c'est un peu tiré par les cheveux", ajoute le spécialiste qui voit dans cette réception une "opération séduction" et une forme de "vassalisation" d’Emmanuel Macron vis-à-vis de son homologue américain.
Selon ce spécialiste des États-Unis, la stratégie du président français n’est pas nouvelle. La première rencontre officielle entre les deux hommes s’était déroulée en 2017. À l’époque, Emmanuel Macron avait, volontairement, joué la partition du jeune président face à l’Américain paternaliste. "C’était très bien senti par le président français qui avait acquis une certaine affection de Donald Trump", rembobine Romuald Sciora.
"Il faut évidemment très bien le recevoir, mais pas à ce point-là", tempère Romuald Sciora qui aurait préféré un dîner à l'Élysée, à une réception à Versailles.
De son côté, sur France Inter , Alice Rufo , ministre déléguée auprès des Armées et des Anciens combattants, a plaidé ce lundi matin en faveur de la réception versaillaise. "Versailles est un outil diplomatique majeur", justifie-t-elle en affirmant qu’il s’agit là de "célébrer une histoire commune", de "courtoisie" qui n’empêche "jamais la franchise et la clarté dans la défense de notre intérêt".
