Depuis le début de l’affaire Lyhanna, l’exécutif assure que ce drame résulte de « défaillances individuelles » et non d’une « crise systémique ». Faux, répondent tous les magistrats que nous avons contactés. Une étude du ministère achevée à l’été 2024, et passée sous silence depuis, affirme qu’il faudrait doubler le nombre de juges pour faire face.
En moins de deux semaines, le drame est devenu une affaire d’État, un séisme dans la société dont les secousses ne faiblissent pas. Depuis la disparition de Lyhanna, 11 ans, le 29 mai dans le Gers, et surtout la révélation des antécédents judiciaires de son meurtrier présumé, Jérôme Barella, 41 ans, objet de plusieurs plaintes pour viols, la colère de la population s’est doublée de questions pressantes : comment a-t-on pu en arriver là ? Qui est responsable de ce fiasco ?
Face à ces interrogations légitimes, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a multiplié les interventions médiatiques – jusqu’à en perdre sa voix –, avec un objectif à peine voilé, qui frise l’indécence : tenter de se dédouaner de toute responsabilité en renvoyant celle-ci vers les magistrats en général – coupables, selon lui, de n’avoir pas suivi ses instructions –, et vers ceux du parquet d’Auch en particulier – qui auraient (mal) traité la dernière plainte visant Jérôme Barella, en août 2025.
Le 4 juin, le garde des Sceaux s’est dit ainsi « terrifié par ce dysfonctionnement », avant de promettre le lendemain, au 20 heures de TF1, « des sanctions » contre les fonctionnaires susceptibles d’avoir commis « des défaillances et des fautes professionnelles » .
Affaire Lyhanna : comment Emmanuel Macron et Gérald Darmanin ont laissé s’aggraver la pénurie de magistrats dans la justice française
