François-Xavier Bellamy était l'invité de "Tout est politique", jeudi 21 mai, sur franceinfo. Le vice-président des Républicains et député européen a répondu aux questions de Sonia Chironi et de Nathalie Saint-Cricq sur les nouvelles aides annoncées par le gouvernement pour faire face à la hausse des prix des carburants.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Sonia Chironi : Le Premier ministre a annoncé ce soir une série de mesures pour remédier à la crise des carburants. Il avait promis de changer d'échelle. On retient de nouvelles aides pour les secteurs les plus en difficulté : l'agriculture, la pêche, les transports. On retient également le doublement de l'indemnité pour les grands rouleurs, pour les Français les plus modestes, et de la prime carburant. C'est cette prime qui peut être versée par les entreprises exonérées de charges sociales. Elle pourra aller jusqu'à 600 euros. Que pensez-vous de ces annonces ?
François-Xavier Bellamy : Ce qui ressort de cette conférence de presse, c'est d'abord tout ce que le Premier ministre ne peut pas faire. Et il n'est pas d'ailleurs à blâmer pour cela. Il hérite simplement d'une situation de déficit massif de nos comptes publics et de dettes majeures accumulées depuis des années, qui fait qu'en réalité, aujourd'hui, l'État ne peut pas assumer le soutien qu'il devrait pouvoir apporter aux Français, mais dont il n'a pas les moyens. Et c'est, d'une certaine manière, une façon de toucher du doigt ce que signifie être un pays surendetté. Pendant très longtemps, on nous a expliqué que la dette n'était pas un problème quand les taux étaient bas, et nous qui étions dans l'opposition au macronisme, nous étions regardés avec une forme de condescendance par ceux qui étaient au pouvoir et qui nous disaient : "quand l'argent ne coûte rien, cela serait absurde de ne pas s'endetter" . La vérité est que la dette se paye toujours. Même si les taux étaient bas, l'ampleur de la dette accumulée, en particulier ces dix dernières années, pèse aujourd'hui de tout son poids pour empêcher l'Etat d'agir. Si l'Etat devait baisser la fiscalité sur les carburants pour tous les Français, il ajouterait à la crise des carburants une crise de la dette, ce qu'il ne peut pas se permettre.
Nathalie Saint-Cricq : Considérez-vous que la philosophie est la bonne, c’est-à-dire de privilégier les aides ciblées et l'électrification ?
Bien sûr, il faudra électrifier nos usages, il faudra se passer le plus possible des énergies fossiles. Mais aujourd'hui, ce n'est pas une stratégie ce que propose le Premier ministre. C'est juste une manière d'habiller le fait que, dos au mur, l'État agit comme il peut, sans en avoir les moyens. Est-ce que c'est une bonne philosophie de ne pas aider tout le monde ? Ce n'est pas une philosophie, c'est juste une contrainte. C'est juste qu'on ne peut pas faire autrement.
Mais le fait d'aider les plus modestes, ceux qui ont le moins les moyens d'amortir ça, c'est quand même une philosophie...
On a un emballement des prix des carburants qui ne pèsent pas seulement sur les plus modestes, qui pèsent sur les classes moyennes, qui pèsent sur tous les Français qui travaillent et qui aujourd'hui contribuent par leurs efforts à la vie de la nation, mais qui ne reçoivent jamais le retour de leur travail, le retour de leur soutien. Je pense aujourd'hui à tous les Français qui se demandent s'ils partiront en vacances cet été, je pense aux Français qui sont en grande difficulté pour aller simplement travailler, et ces derniers ne sont pas aujourd'hui nécessairement visés par les mesures qui vont aider en particulier les plus précaires. Le fait de ne pas pouvoir aider tout le monde, ça n'est pas un choix, c'est juste une contrainte.
C'est une contrainte qui est héritée notamment du choix qui avait été fait il y a quelques années, de baisser la fiscalité sur les carburants, ce qui a coûté des milliards au budget français. Alors vous n'êtes pas au Parlement français, mais Les Républicains étaient pour à l'époque. Ça a coûté extrêmement cher et ça explique aussi la situation dans laquelle on est aujourd'hui.
Si on le pouvait, il faudrait aider tous les Français. En fait, d'autres pays européens à nos frontières le font.
Ce que je veux dire, c'est qu'on l'a fait et aujourd'hui on le paye.
Parce qu'on le pouvait, et maintenant on ne le peut plus. Et on ne le peut plus parce qu'on n'a pas seulement répondu à des crises par des mesures massives qui étaient nécessaires pour faire face à leurs conséquences. On a dépensé sans compter dans des moments où l'économie mondiale était bien plus favorable et où on aurait pu faire l'effort de se désendetter, ce qui aurait permis d'avoir aujourd'hui les réserves nécessaires pour agir. Et vous parliez de souveraineté à l'instant, la vérité, c'est que c'est en effet un enjeu de souveraineté. Aujourd'hui, notre État ne peut plus prendre des décisions souveraines parce que son destin est dans les mains de ses créanciers et c'est de cette situation qu'il faudra sortir. Mais ça, ça supposera des réformes majeures, ça supposera des efforts très importants et c'est ce que nous avons le devoir de porter pour l'élection présidentielle.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
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