Respecter la libération de la parole des femmes sans aller à l’encontre de la présomption d’innocence. Le cas de Patrick Bruel , accusé par plusieurs femmes de viols et d’agressions sexuelles et qui continue de se produire en tant qu’artiste, a obligé ce mardi 19 mai la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon à marcher sur un fil, en se rattrapant aux branches du « cadre légal ».
Patrick Bruel est visé par quatre plaintes pour viols en France et une enquête judiciaire en Belgique pour agression sexuelle . L’homme de 67 ans conteste l’ensemble des faits et se produit actuellement au théâtre à Paris. Il doit entamer le 16 juin une tournée qui le mènera dans de nombreuses villes françaises, en Suisse, en Belgique et au Canada.
Le maintien de ce programme choque les associations féministes qui soutiennent une pétition réclamant l’annulation des concerts ; elle a déjà été signée par plus de 20 000 personnes ce mardi à la mi-journée. Invitée de l’émission Télématin sur France 2 ce 19 mai, Maud Bregeon a rappelé, « en tant que porte-parole du gouvernement » que « ce n’est pas aux ministres de traiter cette affaire mais à la justice. » « Ce n’est pas à moi de dire » si Patrick Bruel devrait se mettre en retrait, a-t-elle poursuivi, renvoyant au « cadre légal selon lequel il a le droit de continuer à se produire. » Ensuite, « chacun est libre d’y aller ou pas. Tout simplement »
À titre personnel, la porte-parole du gouvernement a cependant confié qu’elle « ne croit pas » qu’elle se rendrait à une représentation du chanteur et comédien. « J’entends dans les témoignages qui ont été relatés des comportements et des faits qui bien évidemment peuvent interroger et qui peuvent choquer. Mon rôle, ce n’est pas de dire si ce qui est dit aujourd’hui est vrai ou pas, c’est de dire que d’une part, la justice doit pouvoir faire son travail sereinement et d’autre part on doit continuer à porter, dans la parole publique, des messages extrêmement clairs qui encouragent les femmes à parler même des dizaines d’années après, même si c’est difficile. »
« On doit œuvrer à un système, politique, médiatique et judiciaire, qui permet aux femmes victimes de violences sexistes et sexuelles de s’exprimer, de le dire sur la place publique et d’être entendues par la justice », a-t-elle insisté.
Alors qu’Emmanuel Macron a fait de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles le « pilier » de son premier quinquennat, l’attitude des responsables politiques vis-à-vis des auteurs présumés de violences est scrutée. En décembre 2025, Brigitte Macron avait outré une partie de l’opinion en assistant à un spectacle de l’humoriste Ary Abittan, accusé de viol avant que la justice ne prononce un non-lieu. L’épouse du chef de l’État avait alors qualifié des militantes venues perturber le spectacle de « sales connes » , une déclaration qui avait « blessé » et poussé la plaignante à sortir du silence .
