Andréa Bescond tire la sonnette d’alarme. Ce jeudi 28 mai, la réalisatrice française , connue notamment pour son film Les Chatouilles (César de la meilleure adaptation, en 2019), a pris la parole sur Instagram, où elle a directement interpellé Gérald Darmanin sur le projet de loi contesté visant à réformer l’ASE.
« Tu viens de nouveau de rajouter un amendement sur le texte de loi examiné aujourd’hui au Sénat concernant l’accompagnement automatique par un.e avocat.e des enfants , écrit la metteuse en scène. Avant d’ajouter : Si ce texte est validé, il pourrait entrer en vigueur immédiatement. Ces milliers d’enfants ne peuvent pas attendre les présidentielles. »
Elle martèle : « C’est une urgence. Le traitement des enfants de l’ASE, c’est une urgence. L’inceste, c’est une urgence. La pédocriminalité, c’est une urgence. La pédopornographie, c’est une urgence. La prostitution des mineures, c’est une urgence. »
Alors que le garde des Sceaux a appelé, la veille, à une prise de conscience collective « pour que les enfants soient entendus » en plein scandale des violences sexuelles dans le périscolaire à Paris, il est reproché à ce dernier d’avoir transmis plusieurs idées aux Sénateurs, qui débattent du nouveau texte sur la protection de l’enfance.
Ce jeudi, ils doivent notamment réfléchir à la proposition de rendre obligatoire l’accès à un avocat pour les enfants placés dans le cadre de leur parcours juridique. « Une super proposition de loi adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale », mais qui a connu quelques « dingueries » en arrivant au Sénat, ironise Nicole Ferroni sur Instagram.
L’humoriste pointe du doigt certaines incohérences, comme la possibilité de mettre en place ce système dans seulement quelques régions de France, ou de le rendre possible aux seuls enfants âgés de plus de 7 ans. « Eh ouais… Parce que les moins de 7 ans, comme ils sont déjà vulnérables, on a qu’à les laisser seuls », déplore-t-elle, non sans sarcasme.
« Là, tu as envie de dire : cher Sénat, que vous n’arriviez pas à améliorer des lois, on vous l’accorde, allez. Mais que quand une proposition de loi arrive chez vous, qu’elle est bien, qu’elle est nickel, et que vous vous permettez de la dégrader… J’ai envie de dire “non”. La prochaine fois, touche à rien », lance l’actrice.
La Protection de l’enfance suit près de 400 000 jeunes, dont 225 000 éloignés de leur famille d’origine, en hausse de 50 % depuis 2010, selon l’AFP. Avec le scandale provoqué par la révélation de violences sexuelles dans le périscolaire à Paris, le texte s’est élargi au contrôle des intervenants auprès des enfants, et plus largement aux personnes vulnérables.
Ce mercredi, de nouvelles pistes ont été proposées par le gouvernement, dont des contrôles systématiques des antécédents pour tous les encadrants - professionnels ou bénévoles - dans les accueils périscolaires et de loisirs. Ceux ayant eu des comportements inappropriés seraient désormais inscrits sur une liste noire.
De son côté, le projet de réforme de l’ASE, au sein duquel il est aussi question d’une meilleure protection des enfants victimes d’inceste ou d’une réglementation pour favoriser l’accueil en famille, ne fait pas l’unanimité chez les acteurs du secteur, comme en témoigne le message d’Andréa Bescond (également partagé par Alexandra Lamy sur Instagram).
Le texte « n’est pas à la hauteur des besoins des enfants » , estime à l’AFP la députée socialiste Isabelle Santiago, autrice d’un rapport choc sur les défaillances de la Protection de l’enfance. Il « manque les deux piliers nécessaires pour refonder la Protection de l’enfance : l’attractivité des métiers et des taux d’encadrement des enfants » .
Dans un communiqué commun avec l’Unicef, la Cnape et le Gepso, qui gèrent des établissements de l’ASE, ont fustigé un projet de loi « anecdotique face à la crise du secteur » . L’association Face à l’inceste le juge « trop peu ambitieux pour répondre à l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants » . Et le Conseil économique, social et environnemental espère qu’il se traduise « en actes concrets » .
En janvier déjà, un collectif de personnalités s’était élevé contre « l’inaction » de l’État, rappelant que le président avait promis en janvier 2021 d’ « adapter notre droit pour mieux protéger les enfants victimes d’inceste et de violences sexuelles ». Et ce, alors « qu’il a supprimé le ministère de l’Enfance et dévitalisé la Ciivise », selon eux.
