La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, quitte le palais de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 20 mai 2026. - Ludovic MARIN
Un déjeuner qui met mal à l'aise. Ce mercredi 27 mai, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a été sommée par Sébastien Lecornu de s'expliquer sur sa présence à un déjeuner auquel était invitée l'une des propagandistes russes en France, Xenia Fedorova.
Par la voix de son entourage, auprès de BFMTV, Annie Genevard a fait savoir qu’il s’agissait d’un "déjeuner privé" dont "les noms problématiques avaient été cachés". La ministre a par ailleurs assuré ne pas les avoir vus sur place parmi la centaine de personnes présentes, n’étant restée que 45 minutes.
"Il n’y a ni geste politique, ni de volonté quelconque", a encore affirmé son entourage auprès de BFMTV, précisant que la ministre a surtout échangé avec des acteurs économiques.
Selon les révélations du Monde , cet événement d'importance organisé par l’Institut de l’espérance - cercle de réflexion créé en avril 2025 par Vincent Bolloré - a convié autour de la table jeudi dernier des personnalités de marque au siège de Vivendi dans le 8e arrondissement de Paris.
Parmi la centaine d'invités présents figuraient la ministre de l'Agriculture, un conseiller de Jordan Bardella, mais aussi un évêque, des gradés médaillés ou encore des proches du milliardaire Vincent Bolloré.
C'est après ces révélations que le Premier ministre a appelé personnellement ce mercredi sa ministre Annie Genevard, comme l'a révélé France Inter. Le nom de Xenia Fedorova en est pour quelque chose. L’ex-dirigeante de Russia Today France - chaîne de propagande interdite de diffusion depuis 2022 dans l’Union européenne - est une personnalité bien connue des médias Bolloré.
Elle apparaît tous les jeudis dans l’émission "L’Heure Inter" sur CNews et publie en 2025 Bannie aux éditions Fayard, emblème de groupe Vivendi. Dans cet ouvrage, elle accuse notamment l'État français de chercher à la "museler", rapporte Le Monde et regrette que la guerre en Ukraine soit "présentée à l’international" comme une agression de Moscou.
À l'issue du Conseil des ministres, mercredi, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a affirmé que la participation d'Annie Genevard à ce déjeuner avait été faite "à titre personnel" et ne transmettait aucun "message politique particulier".
"Annie Genevard est libre de participer à un déjeuner ou à un dîner avec qui elle souhaite, naturellement quand elle le fait à titre personnel", a commenté Maud Bregeon.
Concernant le discours de Xenia Fedorova sur la guerre en Ukraine, la porte-parole du gouvernement s'est montrée claire: "C'est la Russie qui a envahi l'Ukraine, déclenché cette guerre et l'entretient depuis plusieurs années maintenant et certainement l'inverse. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle (Annie Genevard, NDLR) partage ce point de vue, sinon elle ne serait pas au gouvernement", a insisté Maud Bregeon.
À moins d'un an de l'élection présidentielle, la présence d'Annie Genevard à ce déjeuner a tout de même suscité des réactions dans le débat public. "D'ici l'élection présidentielle, il faut avoir de la vigilance sur tout ce qui peut nous associer à des initiatives d'union des droites", glisse un ministre à BFMTV.
