En quelques jours seulement, Lyhanna, retrouvée morte le 4 juin dans un silo à grains du Gers, est devenue l’ “étendard de toutes les victimes que l’État français n’écoute pas”, souligne le média suisse Le Temps . En ce 12 juin, alors que les obsèques de la jeune fille se déroulaient à Fleurance “dans la plus stricte intimité” , la dénonciation des manquements du système judiciaire français se poursuit à l’étranger.
“Sept signalements de violences sexuelles, sans aucune répercussion”, résume l’hebdomadaire allemand Die Zeit , faisant allusion aux antécédents connus, mais ignorés, de Jérôme Barella, principal suspect dans cette affaire de viol et de meurtre sur mineure. “Comment affirmer que la société change de regard sur les violences sexuelles quand il ne sert à rien de porter plainte et d’insister pour qu’un récidiviste soit mis hors d’état de nuire ?” cingle, de son côté, Paul Ackermann dans Le Temps .
Jérôme Barella, mis en examen pour “enlèvement et séquestration”, est aujourd’hui incarcéré au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan (Landes). Le Premier ministre, Sébastien Lecornu a, lui, annoncé une “loi globale contre les violences sexuelles et sexistes”, informe le quotidien autrichien Der Standard. Quant au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, après avoir “présenté ses excuses à la famille de Lyhanna ‘au nom de la justice’ lors d’une interview télévisée”, il “a demandé aux procureurs généraux de reprendre les 70 000 plaintes pour viols et agressions sexuelles sur mineurs encore en cours de traitement” d’ici au 14 juillet, rappelle Die Zeit .
Mais les médias étrangers refusent de s’en contenter. En 2021, Emmanuel Macron avait promis “aux victimes de violences sexuelles [sur mineur] qu’elles ne seraient ‘plus jamais seules’ ”, souligne Die Zeit . La Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) a certes été créée mais, “sur ses 82 préconisations, seule la moitié environ ont débouché sur un travail parlementaire”.
Force est de constater que, jusqu’ici, “c’est surtout le narcotrafic qui était dans le viseur du gouvernement”, déplore l’hebdomadaire allemand. “La France a construit des prisons en un temps record pour lutter contre les dealers et le crime organisé” et, pendant ce temps, les voix des enfants ont été laissées de côté.
Au-delà du fait que la promesse de Gérald Darmanin soit “difficilement tenable” dans les délais annoncés, elle signifie surtout que “jusqu’à 70 000 agresseurs, parmi lesquels de dangereux criminels, des pédophiles actifs et des multirécidivistes, circulent librement dans la nature”, s’alarme Stefan Brändle dans Der Standard. Et d’ajouter :
Une chose est sûre : le dossier est loin d’être clos. L’affaire Lyhanna pourrait d’ailleurs prendre un nouveau tournant dans les prochains jours, après les dernières révélations du Monde, faites le 11 juin . D’après les journalistes, l’activité en ligne de Jérôme Barella avait inquiété jusqu’aux États-Unis. Le National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC), un organisme américain de référence dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux mineurs, aurait fait part de ses craintes le concernant aux autorités judiciaires françaises, sans que cela ne mène pour autant à l’ouverture d’une enquête.
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