Gabriel Attal ? Présent. Les figures du macronisme qui ont fait route avec lui depuis l’élection d’Emmanuel Macron ? Plutôt absentes. L’ancien chef du gouvernement tient, ce samedi 30 ans, son premier meeting de candidat à la présidentielle au parc des Expositions à Paris. L’évènement aura figure de test, chez les militants mais pas seulement, pour mesurer l’engouement autour de sa candidature.
Être en capacité de se prévaloir du soutien de personnalités fortes, aussi capables de manœuvrer en coulisses qu’identifiées et appréciées des Français, est un avantage pour tout candidat à la présidentielle. En meeting, ces « poids lourds » sont même placés au premier rang, preuve de l’importance de leur présence. Gabriel Attal pourra compter sur une partie de ses troupes : Prisca Thevenot identifiée comme sa première porte-voix, les maires et ex-ministres Franck Riester (Coulommiers) et Antoine Armand (Annecy). Les députés Paul Midy, Pieyre-Alexandre Anglade sont aussi cités. Il lui faudra en revanche faire sans un certain nombre de personnalités parmi les plus identifiées de Renaissance.
Quarante-huit heures avant le rendez-vous, c’est Aurore Bergé qui a décliné. « À ce stade, je n’irai pas au meeting de Gabriel » , pas plus qu’à celui d’Édouard Philippe prévu le 5 juillet, a-t-elle déclaré sur Public Sénat. La ministre déléguée à l’Égalité hommes-femmes s’aligne sur la position de Yaël Braun-Pivet et d’Élisabeth Borne. D’autres prennent davantage de pincettes. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon se disait encore indécise une semaine plus tôt. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin esquive la question. Mais les deux disent leur souhait de voir se rassembler « la droite et le centre » et fustigent les aventures individuelles. Autant de petites balles perdues en direction de Gabriel Attal.
Le candidat doit faire face à de nombreux obstacles , à commencer par la candidature d’Édouard Philippe. Si l’ancien Premier ministre a lancé son parti et cultive sa différence avec Emmanuel Macron, les deux hommes partagent une idéologie similaire - en témoignent les votes communs au Parlement ou les alliances aux municipales. Alors que le maire du Havre est mieux placé que le chef de Renaissance dans les intentions de vote ( un sondage pour M6/RTL parue le 29 mai lui donne 4 points d’avance sur Gabriel Attal, dans la configuration où les deux se maintiendraient au premier tour), certains membres de Renaissance sont tentés de faire de lui le « candidat unique de la droite et du centre ». Dont Gérald Darmanin. Maud Bregeon assume, elle, de ne pas vouloir « rentrer dans une écurie trop tôt. »
S’y ajoute, pour Gabriel Attal, la difficulté à faire cohabiter tous les courants qui irriguent le macronisme : aile gauche et aile droite, micropartis… Dès la fin du premier quinquennat, ces sensibilités se sont affrontées, souvent à fleurets mouchetés, parfois de façon plus fracassante avec les départs de personnalités classées plus à gauche . La campagne municipale et les psychodrames autour du soutien à Rachida Dati au premier tour en ont été une nouvelle illustration. Le groupe vit mal et ce n’est pas Élisabeth Borne qui dira le contraire.
Début mai, l’ancienne Première ministre a claqué la porte de la direction du parti, justifiée par des désaccords avec Gabriel Attal. « Renaissance, ce n’est pas un parti, c’est l’agence de com de Gabriel Attal » , avait-elle déjà cinglé en janvier dans La Tribune Dimanche . Elle critique la méthode, d’autres prennent leurs distances sur le fond. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon s’est par exemple fermement opposée à la proposition de Gabriel Attal d’ouvrir le débat sur la GPA. Gérald Darmanin ne se positionne pas non plus sur le même créneau que son chef de parti : il le définit comme un « social-démocrate progressiste » et rappelle que lui « n’est pas de gauche » mais « de droite sociale. » Pas de quoi faciliter un soutien franc.
Choisir, c’est renoncer. Apporter un soutien net à Gabriel Attal, c’est faire une croix sur ses propres ambitions présidentielles. Gérald Darmanin ne répond jamais « non » lorsqu’on lui demande s’il est candidat. « J’ai choisi de rester au gouvernement pour être utile jusqu’au bout aux Français. J’agis. Cependant, il va se passer beaucoup de choses d’ici un an. Je prendrai ma décision en fonction du seul intérêt de mon pays » disait-il dans le Journal du Dimanche une semaine jour pour jour avant le meeting de Gabriel Attal. Aurore Bergé fait de même.
Face à ce qui ressemble de plus en plus à des prises de distances, Gabriel Attal fait l’autruche. Invité de France Inter le 26 mai, il a joué l’indignation. « Qui n’est pas un poids lourd dans ceux qui me soutiennent ? », a-t-il tonné, avant de faire l’éloge de Franck Riester « élu et réélu maire et député à Coulommiers, une ville où le Rassemblement national fait des scores stratosphériques. » Avant de minimiser. « Je ne suis pas le gardien du temple de ceux qui ont gouverné le pays ces dix dernières années. Et je ne compte pas faire l’élection de 2027 avec 100 % des mêmes personnes qu’en 2017. Il faut aussi renouveler les visages » , a-t-il évacué, visiblement agacé. Le numéro 1 du parti met en avant la présence de membres de la société civile.
En face, Édouard Philippe savoure discrètement. Selon RTL , il a adressé en début de semaine un courrier aux députés Renaissance pour les inviter à son meeting du 5 juillet : « Votre présence comptera : elle dira votre volonté de ne pas rester spectateur de la recomposition en cours, mais de contribuer au rassemblement dont la France a besoin. » Auprès du HuffPost , l’ancien ministre et député des Français de l’Étranger Marc Ferracci confie qu’il sera au meeting de Gabriel Attal : « C ’est un meeting de mon parti, je ne suis pas pour la politique de la chaise vide. » Mais, ajoute-t-il, « je serai aussi au meeting d’Édouard Philippe. Je serai là pour délivrer un message : je veux faire en sorte qu’ils se parlent du fond. Ma présence n’est pas automatiquement assortie d’un soutien. »
